167. Revoir ‘Gladiator’, avec Vivien Barrière et Clément Salviani

Les invités : Vivien Barrière, maître de conférences à Cergy Université ; Clément Salviani, doctorant à Paris-I et ATER à l’université Bordeaux-Montaigne

Le film : Gladiator, de Ridley Scott (2000)

La discussion :

  • Le rapport de nos invités à ce grand film épique (1’30)
  • Présentation du film, du projet, de son succès (4’05)
  • La séquence d’ouverture : les guerres aux frontières de Marc-Aurèle contre les barbares (5’50)
  • La représentation stéréotypée des barbares (7’05)
  • La première bataille : une façon de faire la guerre qui n’a rien de romain (9’10)
  • L’introduction de Maximus, « parfait » chef militaire (11’40)
  • Une vision plutôt simplifiée de Marc-Aurèle, et l’idée fausse de velléités « républicaines » (13’25)
  • La représentation de l’empereur Commode et l’interprétation de Joaquin Phoenix, tributaire d’un portrait déformé transmis par des sources sénatoriales (16’40)
  • Le règne de Commode (associé au pouvoir du vivant de son père), plus long et plus complexe que le film ne le suggère (20’30)
  • Le rapport aux dieux et à l’au-delà, de Maximus, laissant de côté la religion publique de Rome (23’25)
  • La succession impériale, l’empereur assassiné : un enjeu récurrent ? (28’)
  • La mort de Commode, et la façon dont le film reprend le péplum La chute de l’empire romain de 1964 (30’30)
  • L’évasion de Maximus (32’) et son long trajet vers l’Espagne, permettant de voir une géographie imaginaire de l’empire romain (33’), avec l’idée (impossible) d’une ascension sociale du personnage principal (34’)
  • Maximus, un nouveau Cincinnatus ? (35’)
  • L’Afrique du nord romaine entre réalisme et clichés orientalisants (36’40)
  • Comment Maximus a-t-il été doublé par les envoyés de Commode ? (38’)
  • La représentation de la gladiature, et les différents types de spectacles (40’)
  • Les lieux de la gladiature, à Rome et dans l’empire (44’)
  • Quel degré de violence de la gladiature par rapport à ce que montre le film ? (46’15)
  • Le geste, peu attesté dans l’antiquité, du pouce levé ou baissé (48’20), repris par le peintre Gérôme dans un tableau inspirant les choix esthétiques du film (49’)
  • Un morceau de bravoure du film : la mise en scène de la bataille de Zama (52’)
  • La façon dont Gladiator filme la guerre (56’)
  • La thématique de la décadence romaine, et la question historiographique de la fin de l’empire (57’20)
  • Que dit le film politiquement ? (1’02’00)
  • La référence aux Gracques (1’06’00)
  • L’onomastique un peu fantaisiste du film (1’07’30)
  • La restitution intéressante du Colisée (1’10’00)
  • Quel sens donner à la scène la plus fameuse : « are you not entertained ? » (1’11’15)
  • Quels moments préférés ou marquants dans le film (1’14’00)

Les références citées dans le podcast :

  • Claire Sotinel, Rome, la fin d’un empire, Paris, Belin, 2019.
  • Kyle Harper, Comment l’empire romain s’est effondré. Le climat, les maladies et la chute de Rome, Paris, La Découverte, 2019.
  • Benoît Rossignol, Marc-Aurèle, Paris, Perrin, 2020.
  • John Scheid, Infographie de la Rome antique, Paris, Passés composés, 2020.

166. Les barbares : histoire et images, avec Bruno Dumézil

L’invité : Bruno Dumézil, professeur à Sorbonne Université

L’ouvrage : Barbares, Paris, PUF, « Quadrige », 2020.

La discussion :

  • Une histoire et un dictionnaire du concept de « barbare » (1’)
  • Une définition presque impossible, mais des traits récurrents servant à concevoir l’Autre comme « barbare » (2’20)
  • Attila de Delacroix sur la couverture de l’ouvrage, disant l’importance de l’image des barbares (4’)
  • Les noms de peuples barbares, et ce qu’ils recouvrent, parfois plus complexe (5’25)
  • Les peuples semi-imaginaires comme les Scythes, et les stéréotypes repris des siècles durant (6’50)
  • Les auteurs ayant évoqué les barbares, et l’ambiguïté de leurs textes (8’)
  • L’altérité des barbares : marqueurs physiques (9’25)
  • L’altérité des barbares : marqueurs alimentaires (11’)
  • La présence de l’archéologie qui compense et complète les biais des sources textuelles (12’15)
  • La transmission d’acquis historiographiques ayant remodelé notre compréhension des « barbares » (14’)
  • Comment penser aujourd’hui ce qu’on a nommé les « grandes invasions » ? (16’20)
  • Les notices consacrées aux historiens dans l’ouvrage (18’20)
  • Croyances et cultes des barbares, et des zones de contact / frontières (20’)
  • Comment accorder une place aux femmes dans un tel dictionnaire ?  (21’45)
  • Les ouvertures vers les « barbares » d’autres aires géographiques, en Chine, au Japon… et là où cela n’existe pas (23’45)
  • Rome et la Chine aux deux extrémités de l’Eurasie faisant face à des peuples nomades (25’40)
  • Des « barbares de rechange » à la période moderne ? (26’45)
  • La place donnée à la culture de masse : cinéma, littérature, jeu vidéo (28’45)
  • Est-ce qu’on s’intéresse toujours aux barbares pour de bonnes raisons ? (31’15)
  • Regrets ou ajouts par rapport à la première édition du livre (33’30)
  • Les notices les plus originales (34’45)
  • La volonté de varier les modes d’exposition du savoir et de ne pas cloisonner histoire savante et histoire diffusée auprès du grand public (36’30)
  • Conseils de lecture : Conan le barbare de Rober Howard, Tolkien, Narnia de C. S. Lewis

82. Derniers siècles romains, avec Claire Sotinel

Émission en partenariat avec Chemins d’histoire, podcast de Luc Daireaux, enregistrée dans les studios de Radio Clype (réalisation Margot Leutard).

L’invitée : Claire Sotinel, professeure d’histoire à l’université Paris-est-Créteil

Rome, la fin d'un empire - <p><span style="font-size:12px">En 212, l’empereur Caracalla accorde la citoyenneté romaine à tous les habitants libres de l’Empire. Cette mesure couronne une évolution séculaire vers un empire politiquement unifié et culturellement universel.</span></p> <p><span style="font-size:12px">Près de trois siècles plus tard, l’avènement du roi ostrogoth Théodoric marque la fin d’un processus au terme duquel les provinces occidentales et l’Italie elle-même ont échappé à l’administration impériale. En Orient, Constantinople est la capitale d’un Empire romain désormais byzantin.</span></p> <p><span style="font-size:12px">La période qui se déploie dans cet ouvrage est le cadre d’impressionnantes transformations : la fin d’une société d’ordres, l’implantation de populations exogènes, la déconstruction politique de l’Empire, la diffusion du christianisme devenu religion impériale, la vitalité maintenue d’une culture latine qui produit les grandes œuvres d’Ammien Marcelin ou de saint Augustin…</span></p> <p><span style="font-size:12px">L’Antiquité tardive est aujourd’hui le sujet de vifs débats entre les historiens, certains tenant au « déclin de la civilisation » et d’autres évoquant la notion moins pessimiste de transition. Nourri des études les plus neuves, ce livre restitue, loin des clichés et des idées reçues, toute la richesse et la complexité de ces années tourmentées : il interroge la notion de crise qui se révèle d’une singulière fécondité, notamment par l’inventivité mise en œuvre pour maintenir, voire renforcer l’unité de l’Empire confronté aux pires menaces intérieures et extérieures.</span></p> <p><span style="font-size:12px">En plus de 650 pages richement illustrées, Claire Sotinel, spécialiste de l’Antiquité tardive, retrace, au plus près des événements, la longue histoire, entièrement revisitée, de cette fin de l’Empire romain qui ne fut pas une agonie mais bien plutôt une effervescente recomposition politique, économique, sociale et culturelle.</span></p>

Le livre : Rome, la fin d’un empire, de Caracalla à Théodoric (212 à la fin du Ve siècle), Paris, Belin, collection « Mondes anciens », 2019.

La discussion :

  • Quels choix pour ce troisième volume consacré à Rome dans la série « Mondes anciens » ? (1’45)
  • L’édit de Caracalla en 212, point de départ de l’ouvrage, et transformation profonde du monde romain (5’05)
  • La réussite même de l’empire, qui l’amène à se transformer et prépare les conditions de sa disparition (6’30)
  • Les choix iconographiques de l’ouvrage, et la double lecture qu’ils permettent (8’45)
  • Le poids d’une question historiographique ancienne, liée à l’idée de « déclin » et de « décadence » (11’50)
  • Des visions concurrentes de la fin de l’antiquité suivant le champ de l’histoire étudié : transition culturelle avec Peter Brown ou Henri-Irénée Marrou, chute brutale avec Bryan Ward-Perkins… (16’05)
  • La question des transitions économiques entre Antiquité et Moyen âge (21’50)
  • Comment penser la christianisation du monde antique, passage d’une religion civique à « une religion de la personne et de la communauté » (23’45)
  • La « crise du IIIe siècle » en lien avec des reconfigurations géopolitiques majeures (26’50)
  • La difficulté à lire l’Histoire Auguste, seule source narrative suivie pour cette période (30′)
  • Héliogabale / Antonin le jeune, prototype des personnages dont l’histoire est simplifiée par cette source (33’25)
  • Les difficultés rencontrées à l’époque de Valérien et de Gallien (34’45)
  • La réinvention de l’empire à l’époque de la tétrarchie (36’45)
  • Une idée reçue à effacer dans l’historiographie : le « partage » de l’empire entre Orient et Occident après Théodose (41’25)
  • La conversion de Constantin, et les interprétations que l’on peut en donner ; son établissement d’un « langage impérial de neutralité religieuse » (44’30)
  • Le règne de Julien et les contradictions de sa politique religieuse (50’00)
  • La complexité des rapports aux barbares, à la fin de la période, et la nécessité d’en percevoir la diversité (53’35)
  • La fin de l’empire romain, fin d’un modèle politique, mais « ce n’est pas la fin du monde » (58’30)

Les références évoquées dans le podcast (par ordre alphabétique)

  • Peter Brown, Le monde de l’Antiquité tardive, de Marc Aurèle à Mahomet, Bruxelles, éd. de l’Université de Bruxelles, 2011.
  • André Chastagnol, L’évolution politique, sociale et économique du monde romain, de Dioclétien à Julien : la mise en place du régime du Bas-Empire, 284-363, Paris, SEDES, 3e éd., 1997.
  • François Chausson, Stemmata aurea : Constantin, Justine, Théodose. Revendications généalogiques et idéologie impériale au IVe siècle, Rome, Erma di Bretschneider, 2007.
  • Michel Christol, Les Règnes de Valérien et de Gallien (253-268) : travaux d’ensemble, questions chronologiques, Berlin, W. de Gruyter, 1975.
  • Andrea Giardina, « Esplosione di tardoantico », Studi Storici, vol. 40, n°1 (janv.-mars 1999), pp. 157-180.
  • Peter Heather, Rome et les barbares. Histoire nouvelle de la chute d’un empire, Paris, Alma, 2017.
  • François Jacques, Les cités de l’occident romain, Paris, Les Belles Lettres, 1990.
  • Claude Lepelley (dir.), La fin de la cité antique et le début de la cité médiévale de la fin du IIIe siècle à l’avènement de Charlemagne, Bari, Edipuglia, 1996.
  • J.H.W.G. Liebeschuetz, The decline and fall of the Roman city, Oxford, Oxford University Press, 2001
  • Henri-Irénée Marrou, Décadence romaine ou Antiquité tardive  ? iiie-vie siècle, Paris, Seuil, 1977.
  • Bryan Ward-Perkins, La chute de Rome. Fin d’une civilisation, Paris, Alma, 2014

 

75. Numismatique antique, avec Anthony Hostein

L’invité : Anthony Hostein, directeur d’études à l’EPHE

Antonio de Pereda y Salgado, Vanitas (1634). Vienne, Kunsthistorisches Museum.

Le thème : la numismatique, son histoire, ses apports à l’étude de l’antiquité

La discussion :

  • Comment est née la numismatique comme discipline, bien avant d’autres branches du savoir historique, à partir de la Renaissance (1’30)
  • Commentaire de tableaux : vanité de Salgado (3’40)
  • L’autonomisation de la numismatique sur le plan savant, avec son vocabulaire (« droit », « revers »), sous l’impulsion de Joseph Hilarius Eckhel en particulier (5’30)
  • Les liens maintenus, et parfois ambigus, entre numismatique savante et marchande (11’20)
  • Le fléau des détectoristes qui font disparaître les données (13’30)
  • La rocambolesque affaire du « trésor de Lava », ces monnaies trouvées près d’Ajaccio (16’45)
  • Les effets des conflits et troubles géopolitiques (au Proche-Orient notamment) sur les fouilles et le marché des monnaies, comme le site de Doura-Europos, « perdu pour la science » (21′)
  • Les origines de la monnaie, instrument territorialisé, qui sert seulement dans un second temps à des échanges (23′)
  • La complexité des opérations de datation des monnaies, et d’estimation des ordres de grandeur monétaires (27′)
  • Le regard des numismates sur les débats sur l’économie antique, entre « primitivistes » et « modernistes », et sur l’iconographie (29’55)
  • Les enseignements de la numismatique sur les rapports entre les hommes et les dieux (33’40)
  • Le médaillon de Ticinum frappé sous Constantin en 315, le premier comportant un symbole chrétien, et son contexte (37’10)
  • Relativiser la fonction de « propagande » de la monnaie (42′)
  • Le tournant fondamental du numérique pour les numismates, permettant de constituer des bases de données (43′)
  • Les défis interprétatifs et horizons de recherche en numismatique : construire des corpus, comprendre des monnaies singulières comme celle qui comporte une vache dans un arbre… (49’15)
  • Encore des progrès à faire dans la communication entre numismates, historiens, archéologues !

Les références citées et conseillées dans l’émission :

Quelques noms d’illustres précurseurs (avant le XIXe siècle)

Guillaume Budé [1467-1540], De asse et partibus eius (1515) ; Andrea Fulvio [c. 1470-1527], Illustrium imagines (1517) ; Hubert Goltzius [1526-1583] ; Charles Patin [1633-1693], Histoire des médailles (1695) ; Joseph Pellerin [1684-1782], vend en 1776 ses 32499 monnaies grecques au roi ; Joseph Hilarius Eckhel [1737-1798], Doctrina Numorum Veterum, 8 vol. (1792-1798)

Choix d’ouvrages en français

  • Amandry (M.) dir., Dictionnaire de numismatique, Paris : Larousse, 2001.
  • Morrisson (C.), La numismatique, Paris : QSJ ? n°2638, 1992.
  • Amandry (M.) dir., La monnaie antique [concerne la monnaie grecque et romaine, rien sur les monnaies celtiques], Paris : Ellipses, 2017.

Choix de sites internet

– Monnaies hellénistiques

Monnayages des rois de Macédoine

Monnayages des Lagides d’Egypte

Monnayages des Séleucides

– Monnaies romaines

Monnayages républicains : Roman Republican Coinage (RRC) en ligne : cf. projet « CRRO – Coinage of the Roman Republic Online »

Monnayages impériaux : Roman Imperial Coinage (RIC) en ligne : cf. projet « OCRE – Online Coins of the Roman Empire »

Monnayages provinciaux (émis pour l’essentiel par les cités de l’Empire) : Roman Provincial Coinage (RPC) en ligne : cf. projet « RPC – Roman Provincial Coinage » sur le site de l’Ashmolean Museum d’Oxford

Sites des principaux musées dans le monde

American Numismatic Society, New York

Cabinet des médailles, Bibliothèque Nationale, Paris [les collections sont en partie accessibles sur le catalogue Gallica de la BNF]

Bodemuseum, Münzkabinett, Berlin

KunsthistorischesMuseum, Vienne

The British Museum

The Ashmolean Museum

La législation en matière de découvertes monétaires

Ministère de la culture

HAPPAH (association de lutte contre le pillage du patrimoine)

 

39. Perte et transmission des textes antiques, avec Florian Barrière

L’invité : Florian Barrière, maître de conférences en langue et littérature latines à l’université de Grenoble-Alpes

La discussion :la proportion des textes antiques perdus / qui ne nous sont pas parvenus (0’45) ; la façon dont on connaît, par traces et « tradition indirecte », les textes dont on ne dispose pas (3’45) ; l’idée, plutôt erronée, d’une destruction ponctuelle et catastrophique, et l’histoire plus compliquée qu’on ne le pense souvent de la bibliothèque d’Alexandrie (5’20) ; les mutations du IIIe siècle, avec notamment le passage du volumen (rouleau) au codex (7’00) ; la transmission des textes due à leur utilité (technique, pédagogique…) pour les contemporains (8’45) ; les effets de la christianisation du monde ancien sur la transmission des œuvres (9’45) ; l’exemple de Cicéron, très parlant pour comprendre le processus de diffusion d’un livre dans l’antiquité (11’25) ; les décalages entre les titres donnés aujourd’hui à certaines œuvres et leurs dénominations contemporaines (13’50) ; les questions d’attribution incertaines pour certains textes et la transmission d’œuvres « mineures » sous un « grand nom » (15’15) ; la copie médiévale et le travail dans les scriptoria des monastères (17’20) ; la copie de textes en parallèle dans le monde latin et à Byzance (19’) ; la naissance au XIXe siècle d’une science de l’édition des textes anciens, l’ecdotique, à travers les travaux de Karl Lachmann en particulier (20’40) ; les liens entre philologie classique et études bibliques (25’50) ; les outils dont disposent aujourd’hui les philologues, l’informatique en particulier (27’) ; le travail qui reste à mener pour éditer des textes, aussi bien méconnus que « grands classiques » (28’55) ; les découvertes qui restent à faire : rouleaux d’Herculanum, sermons d’Augustin, palimpsestes… (32’) ; la dimension à la fois individuelle et collective du travail, facilité par la numérisation de certains manuscrits (36’10).

Le conseil de lecture :
– L. D. Reynolds et N. G. Wilson, D’Homère à Erasme. La transmission des classiques grecs et latins, Paris, Presses du CNRS, 1984