82. Derniers siècles romains, avec Claire Sotinel

Émission en partenariat avec Chemins d’histoire, podcast de Luc Daireaux, enregistrée dans les studios de Radio Clype (réalisation Margot Leutard).

L’invitée : Claire Sotinel, professeure d’histoire à l’université Paris-est-Créteil

Rome, la fin d'un empire - <p><span style="font-size:12px">En 212, l’empereur Caracalla accorde la citoyenneté romaine à tous les habitants libres de l’Empire. Cette mesure couronne une évolution séculaire vers un empire politiquement unifié et culturellement universel.</span></p> <p><span style="font-size:12px">Près de trois siècles plus tard, l’avènement du roi ostrogoth Théodoric marque la fin d’un processus au terme duquel les provinces occidentales et l’Italie elle-même ont échappé à l’administration impériale. En Orient, Constantinople est la capitale d’un Empire romain désormais byzantin.</span></p> <p><span style="font-size:12px">La période qui se déploie dans cet ouvrage est le cadre d’impressionnantes transformations : la fin d’une société d’ordres, l’implantation de populations exogènes, la déconstruction politique de l’Empire, la diffusion du christianisme devenu religion impériale, la vitalité maintenue d’une culture latine qui produit les grandes œuvres d’Ammien Marcelin ou de saint Augustin…</span></p> <p><span style="font-size:12px">L’Antiquité tardive est aujourd’hui le sujet de vifs débats entre les historiens, certains tenant au « déclin de la civilisation » et d’autres évoquant la notion moins pessimiste de transition. Nourri des études les plus neuves, ce livre restitue, loin des clichés et des idées reçues, toute la richesse et la complexité de ces années tourmentées : il interroge la notion de crise qui se révèle d’une singulière fécondité, notamment par l’inventivité mise en œuvre pour maintenir, voire renforcer l’unité de l’Empire confronté aux pires menaces intérieures et extérieures.</span></p> <p><span style="font-size:12px">En plus de 650 pages richement illustrées, Claire Sotinel, spécialiste de l’Antiquité tardive, retrace, au plus près des événements, la longue histoire, entièrement revisitée, de cette fin de l’Empire romain qui ne fut pas une agonie mais bien plutôt une effervescente recomposition politique, économique, sociale et culturelle.</span></p>

Le livre : Rome, la fin d’un empire, de Caracalla à Théodoric (212 à la fin du Ve siècle), Paris, Belin, collection « Mondes anciens », 2019.

La discussion :

  • Quels choix pour ce troisième volume consacré à Rome dans la série « Mondes anciens » ? (1’45)
  • L’édit de Caracalla en 212, point de départ de l’ouvrage, et transformation profonde du monde romain (5’05)
  • La réussite même de l’empire, qui l’amène à se transformer et prépare les conditions de sa disparition (6’30)
  • Les choix iconographiques de l’ouvrage, et la double lecture qu’ils permettent (8’45)
  • Le poids d’une question historiographique ancienne, liée à l’idée de « déclin » et de « décadence » (11’50)
  • Des visions concurrentes de la fin de l’antiquité suivant le champ de l’histoire étudié : transition culturelle avec Peter Brown ou Henri-Irénée Marrou, chute brutale avec Bryan Ward-Perkins… (16’05)
  • La question des transitions économiques entre Antiquité et Moyen âge (21’50)
  • Comment penser la christianisation du monde antique, passage d’une religion civique à « une religion de la personne et de la communauté » (23’45)
  • La « crise du IIIe siècle » en lien avec des reconfigurations géopolitiques majeures (26’50)
  • La difficulté à lire l’Histoire Auguste, seule source narrative suivie pour cette période (30′)
  • Héliogabale / Antonin le jeune, prototype des personnages dont l’histoire est simplifiée par cette source (33’25)
  • Les difficultés rencontrées à l’époque de Valérien et de Gallien (34’45)
  • La réinvention de l’empire à l’époque de la tétrarchie (36’45)
  • Une idée reçue à effacer dans l’historiographie : le « partage » de l’empire entre Orient et Occident après Théodose (41’25)
  • La conversion de Constantin, et les interprétations que l’on peut en donner ; son établissement d’un « langage impérial de neutralité religieuse » (44’30)
  • Le règne de Julien et les contradictions de sa politique religieuse (50’00)
  • La complexité des rapports aux barbares, à la fin de la période, et la nécessité d’en percevoir la diversité (53’35)
  • La fin de l’empire romain, fin d’un modèle politique, mais « ce n’est pas la fin du monde » (58’30)

Les références évoquées dans le podcast (par ordre alphabétique)

  • Peter Brown, Le monde de l’Antiquité tardive, de Marc Aurèle à Mahomet, Bruxelles, éd. de l’Université de Bruxelles, 2011.
  • André Chastagnol, L’évolution politique, sociale et économique du monde romain, de Dioclétien à Julien : la mise en place du régime du Bas-Empire, 284-363, Paris, SEDES, 3e éd., 1997.
  • François Chausson, Stemmata aurea : Constantin, Justine, Théodose. Revendications généalogiques et idéologie impériale au IVe siècle, Rome, Erma di Bretschneider, 2007.
  • Michel Christol, Les Règnes de Valérien et de Gallien (253-268) : travaux d’ensemble, questions chronologiques, Berlin, W. de Gruyter, 1975.
  • Andrea Giardina, « Esplosione di tardoantico », Studi Storici, vol. 40, n°1 (janv.-mars 1999), pp. 157-180.
  • Peter Heather, Rome et les barbares. Histoire nouvelle de la chute d’un empire, Paris, Alma, 2017.
  • François Jacques, Les cités de l’occident romain, Paris, Les Belles Lettres, 1990.
  • Claude Lepelley (dir.), La fin de la cité antique et le début de la cité médiévale de la fin du IIIe siècle à l’avènement de Charlemagne, Bari, Edipuglia, 1996.
  • J.H.W.G. Liebeschuetz, The decline and fall of the Roman city, Oxford, Oxford University Press, 2001
  • Henri-Irénée Marrou, Décadence romaine ou Antiquité tardive  ? iiie-vie siècle, Paris, Seuil, 1977.
  • Bryan Ward-Perkins, La chute de Rome. Fin d’une civilisation, Paris, Alma, 2014

 

71. Écrire la biographie de Charles de Gaulle, avec Julian Jackson

L’invité: Julian Jackson, professeur à Queen Mary college, LondresLe livre: De Gaulle. Une certaine idée de la France, Paris, Seuil, 2019.

La discussion:

  • les origines de ce travail sur De Gaulle
  • comment écrire une telle biographie, et quel type d’écriture biographique choisir, avec quelles archives
  • la confrontation aux sources et aux écrits de De Gaulle en particulier, et la nécessité à la fois d’en  déconstruire le mythe et de le prendre en compte
  • De Gaulle, un intellectuel marqué par de multiples influences, dont Péguy et Bergson mais aussi Gustave Le Bon
  • “on a trop tendance à arrondir les angles de De Gaulle en France”
  • Des rapports compliqués entre De Gaulle et Pétain, “mort en 1925” selon lui, et dont il n’est pas sous l’emprise en 1940
  • les difficultés immenses de la France libre naissante en 1940, et les facteurs expliquant le succès gaullien
  • relativiser les effets du ralliement des résistants de l’intérieur (du CNR) en 1943 dans le succès obtenu sur Giraud
  • extrait audio: discours du 23 octobre 1941 (fusillés de Nantes et Châteaubriand)
  • l’extrême froideur manifestée par De Gaulle envers les résistants de l’intérieur, et plus largement, sa personnalité si étrange devenue un outil politique
  • les ambiguïtés vis-à-vis de l’idée de coup d’état afin de revenir au pouvoir entre 1946 et 1958
  • extrait audio: discours du 23 avril 1961 (“putsch des généraux” à Alger)
  • les paradoxes d’un général qui a incarné l’autorité, après avoir lui-même désobéi en 1940, illustrant la tension entre légalité et légitimité
  • Un De Gaulle aimant faire des éclats mais sachant se montrer pragmatique
  • Le style gaullien en politique extérieure, et son positionnement vis-à-vis de la guerre froide
  • extrait audio: discours du 24 juillet 1967 à Montréal (“Vive le Québec libre”)
  • la surprise au terme de travail : un De Gaulle doté d’une extraordinaire capacité d’écoute

Le conseil de lecture: Richard Evans, Eric Hobsbawm, A life in history

65. Bibliothèque idéale et participative (2) : Temps modernes

Second épisode d’une série réalisée grâce aux contributions des auditrices et des auditeurs du podcast, qui ont envoyé un bref éloge d’un livre d’histoire les ayant marqués. Dans ce deuxième volet est évoquée dans sa diversité ce qu’on a coutume d’appeler l’époque moderne : les Espagnols au “nouveau monde”, l’esclavage aux Antilles, la Fronde, les guerres de religion, l’affaire Calas…

Vous pouvez écouter la première émission portant sur l’histoire antique et médiévale, et la troisième sur l’époque contemporaine et l’historiographie.

Les livres conseillés:

  • Bartolomé et Lucile Bennassar, 1492, Un monde  nouveau ?, Paris, Perrin, 1991 (par Stéphane Descazeaux)
  • Bernal Diaz del Castillo, Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle-Espagne, Paris, La Découverte, 2009 (par Marc Jégou)
  • Nathan Wachtel, La vision des vaincus. Les Indiens du Pérou devant la conquête espagnole, 1530-1570 (par André Loez)
  • Frédéric Régent, La France et ses esclaves, de la colonisation aux abolitions (1620-1848), Paris, Grasset, 2007 (par Muriel Descas-Ravoteur)
  • Tyler Anbinder, La cité des rêves. New York, une histoire de 400 ans, Paris, Fayard, 2018 (par tolosamedia2)
  • Mike Dash, L’archipel des hérétiques. La terrifiante histoire des naufragés du Batavia, Paris, JC Lattès, 2002  (par Vincent Truffier-Blanc)
  • Robert Mandrou, Introduction à la France moderne 1500-1640, Paris, Albin Michel, 2e éd. 1998 (par Olivier Jandot)
  • Arlette Jouanna, Le devoir de révolte. La noblesse française et la gestation de l’État moderne, 1559-1661, Paris, Fayard, 1989 (par Fabien Lévy)
  • Janine Garrison, L’Affaire Calas, miroir des passions françaises, Paris, Fayard, 2004 (par Julie Duprat)
  • Lucien Bély, La société des princes, Paris, Fayard, 1999 (par Noémie Arnaud)
  • Sophie Vergnes, Les Frondeuses. Une révolte au féminin (1643-1661), Seyssel, Champ Vallon, 2013 (par Clara Coudon)
  • Edmond Dziembowski, La guerre de sept ans, Paris, Perrin, 2015 (par Gwendal Piégais)

 

64. Bibliothèque idéale et participative (1) : Mondes anciens

Premier épisode d’une série réalisée grâce aux contributions des auditrices et des auditeurs du podcast, qui ont envoyé un bref éloge d’un livre d’histoire les ayant marqués. Dans ce premier volet sont évoqués les mondes anciens de l’Afrique, de la Méditerranée, ou encore de l’Europe médiévale. Merci pour ces envois!

Le second volet porte sur les temps modernes (du XVIe au XVIIIe siècle), le troisième sur l’époque contemporaine et l’historiographie.

Les livres présentés :

– François-Xavier Fauvelle, L’Afrique ancienne, de l’Acacus au Zimbabwe, Paris, Belin, 2018 (par Anthony Guyon)

– Pierre Vidal-Naquet, Le chasseur noir, formes de pensée et formes de société dans le monde grec, Paris, F. Maspero, 1981, rééd. La Découverte, 2005 (par Cadensia)

– Yann Le Bohec, Histoire des guerres romaines, Paris, Tallandier, 2017 (par Gildas le Quentrec)

– Johann Chapoutot, Le national-socialisme et l’Antiquité, Paris, PUF, 2008 (par Krokogyptienne)

– Karol Modzelewski, L’Europe des barbares. Germains et Slaves face aux héritiers de Rome, Paris,  Aubier, 2006 (par Emilie Mitsakis)

– Anders Winroth, Au temps des Vikings, Paris, La découverte, 2018 (par Ragenold)

– Jacques Dalarun, Dieu changea de sexe, pour ainsi dire. La religion faite femme, XIe-XVe siècle, Paris, Fayard, 2008 (par Noémie Marijon).

 

 

61. La Chine de 1842 à 1949 (programme de khâgne 2020), avec Pierre Grosser

L’invité : Pierre Grosser, professeur agrégé à Sciences Po, chercheur en histoire des relations internationales

Le thème : La Chine entre 1842 et 1949, nouvelle question au programme des ENS (Ulm et Lyon)

Lettre de cadrage du programme (site de l’ENS de Lyon)

La discussion :

  • Des bornes chronologiques assez classiques pour ce programme (1′)
  • Une lettre de cadrage des ENS qui insiste sur les interventions impérialistes et la dimension exogène de l’histoire chinoise (2’15)
  • L’idée d’une Chine qui n’est pas seulement dans la « réaction » vis-à-vis de l’étranger (3’10)
  • Les catastrophes humaines subies par la Chine dans la seconde moitié du XIXe siècle (4’20)
  • La révolte des Taiping, moment clef de l’histoire chinoise au XIXe siècle, ses origines et ses prolongements (5’30)
  • La place de la Première Guerre mondiale dans l’histoire et l’historiographie de la Chine (7’35)
  • Le « mouvement du 4 mai » 1919 et sa place dans l’avènement d’une modernité intellectuelle chinoise (8’50)
  • Quelle périodisation donner de cette période d’un siècle ? le tournant de 1895 et de la défaite face au Japon ; l’importance donnée à 1945 (10’15).
  • Les relectures actuelles du conflit entre nationalistes et communistes (14’15).
  • Les questions territoriales et identitaires (Mandchous, Tibet, Xinjiang…) (16’00)
  • L’incorporation de la Chine au système économique mondial et son évolution (18’00)
  • L’industrialisation de la Chine et les rapports entre impérialistes étrangers et bourgeoisie chinoise (19’25)
  • L’historiographie du communisme chinois, relue au prisme des archives soviétiques (21’20)
  • Conseils de lecture (23’30)

Les conseils de lecture :

En français :

– Lucien Bianco, Les origines de la révolution chinoise, 1915-1949, Paris, Gallimard, « Folio histoire », 4e éd. augmentée, 2007.
– John Fairbank Merle Goldman, Histoire de la Chine, des origines à nos jours, Paris, Tallandier, « Texto », 2019.
– Yves Chevrier, La Chine moderne, Paris, PUF, « Que-sais-je », 1983.
– Pierre Grosser, L’Histoire du monde se fait en Asie. Une autre vision du XXe siècle, Paris, Odile Jacob, 2017.
– Christian Henriot, Shanghai 1927-1937 : élites locales et modernisation dans la Chine nationaliste, Paris, éd. de l’EHESS, 1991.
– Marie-Claire Bergère, Sun-Yat-Sen, Paris, Fayard, 1994 ; Capitalisme et capitalistes en Chine XIXe-XXIe siècles, Paris, Perrin, 2007.
– Alain Roux, Chiang Kaï-shek : Le grand rival de Mao, Paris, Payot, 2016.

En anglais :

– Robert Bickers, Out of China: How the Chinese ended the Era of Western Domination, Londres, Allen Lane, 2017.
– Rana Mitter, Modern China. A very short introduction, Oxford University Press, 2008.
– Klaus Mühlhahn, Making China Modern: From the Great Qing to Xi Jinping, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2019.
– Patrick Fuliang Shan, Yuan Shikai: A Reappraisal, Vancouver, The University of British Columbia Press, 2018.
– Jeffrey N. Wasserstrom, The Oxford Illustrated History of Modern China, Oxford, OUP, 2016.
– Odd Arne Westad, Restless Empire: China and the World Since 1750, Londres, Basic Books, 2012.

Approfondissement bibliographique :

– Paul A. Cohen, « Nineteenth-Century China : The Evolution of American Historical Approaches », In : Michael Szonyi (ed.) A Companion to Chinese History, Oxford, John Wiley, 2017
– Hans Van de Ven, China at War. Triumph and Tragedy in the emergence of the New China, 1937-1952, Londres, Profile Book, 2017
– Q. Edward Wang, « The Chinese Historiography of the May Fourth Movement, 1990s to the Present », Twentieth Century China, 2019, n°44(2).
– Ding Yizhuang et Mark Elliott, « How to write Chinese history in the XXIst Century. The Impact of the « New Qing History » studies and Chinese responses », Chinese Studies in History, 2018, n°51(1).

57. Historiographie de l’État à l’époque moderne, avec Igor Moullier

L’invité : Igor Moullier, maître de conférences à l’ENS de Lyon

Le thème : l’affirmation de l’État en France à l’époque moderne / le modèle britannique au XVIIIe siècle (nouveaux programmes de Seconde)

La discussion :

  • Le regard que porte un moderniste sur le retour de l’histoire moderne, sous une forme plutôt traditionnelle, dans les programmes du lycée (1:15)
  • L’absolutisme, une notion moins évidente et plus discutée que par le passé (2:50)
  • Les relectures du règne de Louis XIV, notamment dans l’historiographie anglophone (6:00)
  • À quoi ressemble l’État moderne, en termes d’effectifs, encore limités ? (7:45)
  • La place qui reste centrale de la noblesse et d’autres acteurs sociaux même dans une monarchie dite « absolue » (9 :40)
  • La guerre au cœur des dynamiques d’affirmation de l’État au XVIIe siècle, et depuis la fin du Moyen âge (11:00)
  • L’impôt comme fil directeur possible d’une partie du programme de Seconde (12:30)
  • Les relectures de l’histoire britannique, aujourd’hui démythifiée par l’historiographie qui souligne les tensions qui précèdent et accompagnent l’avènement du parlementarisme (16:00)
  • Les enjeux des complexes révolutions britanniques du XVIIe siècle (19:15)
  • Les textes et pratiques du parlementarisme britannique (22:45)
  • Les circulations idéologiques à l’encontre de l’idée d’un “modèle” britannique simplement diffusé (26:25)
  • Les rapports entre États monarchiques et Églises en France et en Grande-Bretagne (27:15)
  • Les approches historiques qui ont réfléchi à la dimension spatiale de l’État, à sa maîtrise du territoire (30:25)
  • Une analyse de l’Habeas corpus de 1679 (33:30)

Les références citées dans le podcast:

  • John Brewer, The Sinews of Power. War, Money and the English State, 1688-1783, Londres, Unwin Hyman, rééd. Routledge, 1994
  • Pierre Goubert, Louis XIV et vingt millions de Français, Paris, Fayard, 1966.
  • Renaud Morieux, Une mer pour deux royaumes, La Manche, une frontière franco-anglaise (XVIIe – XVIIIe siècle), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008
  • Daniel Nordman, Frontières de France. De l’espace au territoire, XVIe-XIXe siècles, Paris, Gallimard, Bibliothèque des histoires, 1999

Les conseils de lecture :
Fanny Cosandey et Robert Descimon, L’Absolutisme en France. Histoire et historiographie, Paris, Seuil, « Points Histoire »/ »L’histoire en débats », 2002
– James Collins, La monarchie républicaine. État et société dans la France moderne, Odile Jacob, 2016.

37. Revoir Le Dernier métro, avec Alya Aglan

L’invitée : Alya Aglan, professeure à l’université Paris-I

Le film : Le dernier métro, de François Truffaut (1980)

La discussion : résumé du film ; la réception du film : succès public et professionnel, mais une relative tiédeur critique ; un film plus personnel qu’il n’y paraît au premier abord ; un tournage à charnière de plusieurs séquences mémorielles : mode rétro et « retour du refoulé » de Vichy et en particulier des persécutions contre les juifs ; les sources et références du film de Truffaut ; les thèmes du film (secret, claustration, compromis des personnages) ; la situation historique du film censé se dérouler en septembre 1942 ; les types incarnés par les différents personnages, dont la figure du critique de théâtre collaborationniste et antisémite Daxiat ; le tournant de novembre 1942 (invasion de la zone libre) mis en scène dans le film ; les éléments matériels de la vie sous l’occupation (pénurie, marché noir…) ; la mise en scène du collaborationnisme à travers Je suis partout ; l’intensité de la vie culturelle sous l’occupation ; le personnage joué par Richard Bohringer et sa présence dans la scène de traque des résistants ; l’omniprésence des discours antisémites dans le film et les questions d’identité mises en scène dans le film ; la difficulté des choix personnels et des compromis durant la période.

Les références citées dans le podcast :
– Pièces, films, émissions

Ernst Lubitsch, To be or not to be (1942)
Jean Renoir, This land is mine (1943)
Jean Renoir, Carola et les cabotins (1957)
Marcel Ophuls, Le chagrin et la pitié (1971)
Jean-Pierre Melville, L’armée des ombres (19969)

Livres (par ordre chronologique) :
Sacha Guitry, Quatre ans d’occupations, Paris, L’Elan, 1947.
René Rémond (dir.), Le gouvernement de Vichy, Paris, Presses de la FNSP, 1972.
Robert Paxton, La France de Vichy, Paris, Seuil, 1973.
Henry Rousso, Le syndrome de Vichy, Paris, Seuil, 1987.
Antoine De Baecque et Serge Toubiana, François Truffaut, Paris, Gallimard, 1996.
Jean-Michel Frodon, « Le Dernier métro : an Underground Golden Coach », in Dudley Andrew, Anne Gillain, A companion to François Truffaut, Oxford, Wiley-Blackwell, 2013
Laurent Joly, Dénoncer les juifs sous l’occupation, Paris, CNRS éditions, 2017.
Jacques Semelin, La survie des juifs en France 1940-1944, Paris, CNRS éditions, 2018.

 

 

25. Soldats indiens de la Grande Guerre, avec Claude Markovits

L’invité : Claude Markovits, directeur de recherche émérite au CNRS

Le livre : De l’Indus à la Somme. Les Indiens en France pendant la Grande Guerre, Paris, éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2018.
La discussion : les origines de l’armée recrutée aux Indes britanniques, ses missions avant la Grande Guerre, son recrutement en fonction des « races martiales » (0’45) ; l’envoi d’une partie de ces troupes sur le front ouest lorsque débute la Première Guerre mondiale, en lien avec les pertes du corps expéditionnaire britannique (3’30) ; le nombre d’hommes envoyés et le rythme de leur arrivée (5’30) ; le déficit historiographique sur cette question (6’20) ; les réactions de l’Allemagne à cet emploi de troupes coloniales, condamnant un usage « non civilisé » de la guerre (7’45) ; la source de l’étude : le contrôle postal, et ses spécificités pour ces troupes qui n’écrivent pas en anglais (8’45) ; les peurs des dirigeants britanniques quant à la subversion pouvant viser ces troupes, par des révolutionnaires indiens ou sous l’effet de l’appel au « Jihad » des Ottomans (9’35) ; la création précoce d’un bureau de censure pour les soldats indiens (11’20) ; un autre filtre de la source : les scribes qui ont rédigé les courriers de soldats très majoritairement illettrés (11’55) ; le groupe des censeurs et traducteurs (14’25) ; le choc et la sidération des soldats indiens devant une guerre d’un type nouveau, et les raisons de leur ténacité, dont le sens de l’honneur (16’15) ; la rencontre entre Indiens et Français, et pour ces derniers un rendez-vous manqué (19’45) ; un recours à l’exotisme dans la presse française (22’20) ; à l’inverse, un « occidentalisme » dans les lettres des soldats confrontés à l’occident, en débutant par l’analyse intellectuelle de cette catégorie (en partie symétrique de l’« orientalisme ») (23’10) ; les aspects valorisés du séjour en France de ces soldats, liés principalement à la place des femmes dans la société, qui les stupéfie (25’50) ; des épisodes de rencontres sexuelles ou amoureuses (28’45) ; des aspects dévalorisés ou rejetés, en lien avec les questions religieuses notamment (32’30) ; la postérité modeste de cette expérience (34’40), et ses mises en mémoire différenciées en Inde et au Pakistan (36’00).

Le conseil de lecture : Mulk Raj Anand, Across the Black Waters

23. Le néolithique, avec Jean-Paul Demoule

(voir le second volet de la discussion)

L’invité : Jean-Paul Demoule, professeur émérite de protohistoire européenne à l’Université de Paris I-Panthéon Sorbonne.

Le livre : Les dix millénaires oubliés qui ont fait l’histoire. Quand on inventa l’agriculture, la guerre et les chefs, Paris, Fayard, 2018.
La discussion : l’origine du livre et la volonté d’écrire de façon accessible et thématique sur le néolithique (2’20), la préhistoire et le néolithique en partie “zappés” des programmes scolaires (5’05), les raisons pour lesquelles les millénaires décisifs du néolithique ont été en partie négligés, et l’origine de ce terme (6’30), l’idée de “révolution néolithique” mise en avant notamment par Gordon Childe, et les nuances qu’il faut lui apporter (8’05), la complexité des stades et des passages entre les chasseurs-cueilleurs et les agriculteurs (10’20), une affirmation provocatrice : le mode de vie rural inchangé pour l’essentiel du néolithique jusqu’au XIXe siècle (11’40), la naissance de la métallurgie du fer (14’15), les évolutions et migrations du néolithique liées aux contraintes du nombre et de l’espace (17’35), la tension entre déterminisme et histoire ouverte sur d’autres possibles (20’15), l’installation de la domination masculine au néolithique et la question de son historicité (23’20), une naissance de la guerre au néolithique ? (27’50), l’enseignement du néolithique en Sixième, et les supports à choisir pour en parler (31’45).

Les références citées dans le podcast :
Pascal Semonsut, « La Préhistoire sur les bancs ou au ban de l’école ? Les temps premiers dans les programmes scolaires de la France des années 1940 à 2010 », Revue Historique, 2017/2 (n° 682)
– Présentation de Vere Gordon Childe
– David Graeber, Pour une anthropologie anarchiste, Montréal, Lux Éditeur, 2006
– Françoise Héritier, Masculin, Féminin. La pensée de la différence, Paris, Odile Jacob, 1996.
– Jean Guilaine, Jean Zammit, Le sentier de la guerre. Visages de la violence préhistorique, Paris, Seuil, 2001
– Marylène Patou-Mathis, Préhistoire de la violence et de la guerre, Paris, Odile Jacob, 2013.
– Christophe Darmangeat, « L’art de la guerre en Australie »

16. Hamilton: l’histoire de la Révolution américaine en musique et sur scène

Un mini-documentaire en 6 parties sur la comédie musicale Hamilton, et son rapport à l’histoire, avec quelques petits extraits musicaux.

Lin-Manuel Miranda en vacances au Mexique en 2008, lisant la biographie d’Alexander Hamilton par Ron Chernow qui a inspiré son projet

1) Présentation de “Hamilton” et son succès inouï (0’30)
2) Lin-Manuel Miranda et les origines du projet (2’30), avec son passage à la Maison Blanche en 2009
3) La vie mouvementée d’Alexander Hamilton (6’45)
4) Un spectacle aux choix scéniques et musicaux originaux, avec une dimension politique (12’50)
5) Chez les historiens, enthousiasme et critiques (21′)
6) Leçons finales : l’écart fécond entre spectacle et histoire (30’45)

Parmi les références citées:
présentation en français par Sylvie Bressler
présentation synthétique dans le NYT
portrait de Lin-Manuel Miranda et description du projet dans le New Yorker
-un livre d’histoire interrogeant Hamilton et son succès
commentaire positif par Joseph M. Adelman
-le Founders chic, article de H.W. Brands en 2003 dans The Atlantic
commentaire critique par Lyra Monteiro
commentaire critique par Annette Gordon-Reed
-commentaire par Joanne Freeman
point de vue féministe par Stacy Wolf

Conseil final: Histgeobox pour continuer à réfléchir à l’histoire en musique