55. Páscoa et son procès : une esclave entre Afrique et Brésil au XVIIe siècle, avec Charlotte de Castelnau-L’Estoile

L’invitée : Charlotte de Castelnau-L’Estoile, professeure d’histoire moderne à l’université Paris-Diderot

Le livre : Páscoa et ses deux maris. Une esclave entre Angola, Brésil et Portugal, Paris, PUF, 2019.

La discussion :

  • La vie et la condamnation pour bigamie d’une esclave (1:00), avec sa marge de liberté (“agency”)
  • Un cas trouvé dans les sources inquisitoriales (3:15)
  • L’inquisition portugaise, machine implacable et minutieuse (5:35)
  • Les regards critiques portés par les voyageurs étrangers à l’époque moderne sur la société brésilienne, remarquant la prégnance d’une religiosité baroque et de l’esclavagisme (9:15)
  • La structure de l’empire portugais entre Europe, Afrique et Brésil (10:35)
  • Les spécificités de l’esclavage en Angola, et ce qu’on peut savoir du statut de Páscoa (13:45)
  • L’Angola, dans un entre-deux linguistique et culturel (19:50)
  • La bigamie comme véritable « crime de l’empire » du fait des circulations dans cet espace (22:20)
  • Pourquoi l’Église et l’Inquisition accordent-elles tant d’importance au mariage des esclaves ? (23:35)
  • Les actions et réactions de Páscoa qui fait face à la procédure dirigée contre elle : contre-enquête, réactivation de réseaux, capacité à bâtir une défense et une argumentation (26’35)
  • La contradiction entre conception économique de l’esclavage (comme chose) et le mariage des esclaves (sacrement indissoluble) (28:40)
  • La fin de cette histoire avec le retour de Páscoa au Brésil, et dans sa condition d’esclave (30:35)
  • Les enjeux éthiques et méthodologiques qu’implique l’écriture de cette histoire (33:15)

Les conseils de lecture :
– Le “roman documentaire” de Thorkild Hansen en trois volumes, dont deux traduits (Actes sud): La Côte des esclaves (1990), Les bateaux négriers (1996).
– Gisli Palsson, L’homme qui vola sa liberté. Odyssée d’un esclave, Gaïa éditions, 2018.

 

35. Contraception interdite dans la France des années 1950, avec Danièle Voldman et Annette Wieviorka

Les invitées : Danièle Voldman et Annette Wieviorka, directrices de recherche au CNRS

Le livre : Tristes grossesses. L’affaire des époux Bac (1953-1956), Paris, Seuil, 2019.

La discussion : présentation rapide de l’affaire des époux Bac (1:00) et des origines de cette recherche ; le contexte des années 1950 et d’un drame familial lié à une forme de misère sociale (6:10) ; un « drame du Baby-Boom » (Annette Wieviorka) ; retour sur la loi de 1920 qui interdisait la contraception et sa « propagande » et renforce la répression de l’avortement (11:55) ; les failles des pratiques contraceptives à l’époque (14:05) ; les avancées d’autres pays en la matière, et le parcours de la gynécologue Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé (16:00) ;  des procès qui révèlent une justice plutôt équilibrée, et soucieuse de ne pas dédouaner le mari de ses responsabilités (18:45) ; le parcours carcéral des époux (21:25) ; un arrière-plan à l’affaire : le catholicisme encore enraciné dans la France des années 1950 (23:05) ; la convergence conservatrice en matière de contraception du monde médical, de l’Église catholique, mais aussi du parti communiste (25:50) ; le rôle du journaliste Jacques Derogy au sein du petit cercle qui commence à militer en faveur de la contraception, et à porter l’affaire sur la place publique dans les pages de Libération en 1955 (28:15) ; la naissance de l’association Maternité heureuse dans la foulée (31:00) ; les ressemblances et différences entre les contextes de cette affaire et de la loi Veil sur l’IVG en 1975 (34:15) ; le parcours de l’enquête et les difficultés liées aux sources parfois introuvables et aux dérogations pour consulter les archives (37:00) ; la dimension personnelle du travail et le fait d’avoir en partie vécu à la même période que cette affaire (42:55) ; l’écho du  film d’Henri Verneuil avec cette enquête (45:15).

Le conseil de film : Des gens sans importance d’Henri Verneuil (1956)

 

 

17. Condamner à mort au Moyen âge, avec Claude Gauvard

L’invitée : Claude Gauvard, Professeur émérite d’histoire du Moyen Âge à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne.

Le livre : Condamner à mort au Moyen âge, Paris, PUF, 2018.La discussion : un livre écrit entre passé et présent, avec en tête les questionnements contemporains sur la peine de mort (1:30), la condamnation, préoccupation importante pour les hommes et les femmes du Moyen âge,pour les juges comme pour le peuple (2:40), les difficultés de quantification liées aux sources (4:50), le nécessaire décodage des textes et des images faisant allusion à la peine capitale et aux supplices (6:40) , la tension entre principes punitifs hérités du droit romain et valorisation de la miséricorde dans une société  chrétienne (7:44), le pouvoir de gracier du roi, “coup de génie” (9:45), la volonté de réguler la violence et de limiter les exécutions par des transactions et compositions (10:29), une justice militaire (déjà) plus sévère (11:45), la figure du bourreau, moins marginale qu’on ne l’a dit (13:20), une grammaire des exécutions (pendaison, noyade…) différente suivant le genre, les crimes ou la réputation (14:50), la difficulté d’interpréter certains rituels (17:00), la “male mort”, peine la plus infamante, ici-bas et dans l’au-delà (17:44), la tension entre justice ordinaire et condamnations spectaculaires voulues par la justice royale (pour trahison, hérésie…) (19:50), la notion de “crime énorme” qui permet cet accroissement du champ de la justice royale (22:50), le caractère non linéaire de cette évolution vers un “monopole de la violence physique légitime” par le roi, avec les résistances des justices urbaines (24:35),la place et la participation du peuple, et l’idée de son “consentement” aux condamnations (27:10), la stigmatisation de criminels marginaux, lépreux, aux “enfances mauvaises” (28:30), une évolution comparable dans les autres espaces et États de l’occident médiéval (31:45).

Les références citées dans l’émission:
Association française pour l’histoire de la justice
– sur la torture au Moyen âge: travaux de Faustine Harang
– sur la justice militaire médiévale: travaux de Loïc Cazaux
– sur les valets de ville et crieurs : Nicolas Offenstadt, En place publique: Jean de Gascogne, crieur du XVe siècle, Paris, Stock, 2013.
– sur la justice de l’Angleterre médiévale : Barbara Hanawalt, Crime and Conflict in English Communities, 1300-1348, Cambridge (MA), Harvard University Press, 1979.
– sur celle des villes italiennes : Andrea Zorzi, “Aspects de la justice criminelle dans les villes italiennes à la fin du Moyen âge“, Déviance et société, 15, 1991, p. 439-454.

Le conseil de lecture : les discours de Jaurès, les écrits de Michelet

 

14. La torture dans la justice médiévale, avec Faustine Harang

 L’invitée : Faustine Harang, docteure en histoire, enseignante en lycée

Le livre : La torture au Moyen âge. Parlement de Paris, XIVe-XVe siècles, Paris, PUF, coll. « Le nœud gordien », 2017La discussion : présentation du livre (1’), la difficulté de trouver la torture dans les sources judiciaires de la fin du Moyen âge (2’30), le vocabulaire médiéval de la torture et la notion de « question » (6’15), les fondements juridiques de la torture en droit romain (7’30), contrairement aux idées reçues, la torture normée et mesurée (9’20), la difficile quantification des cas de torture et les ordres de grandeur numériques plausibles (11’20), l’évolution des pratiques judiciaires et les rapports plus complexes qu’il n’y paraît entre ordalie/jugement de Dieu et torture (14’), le parallèle entre torture et confession qui se met en place à partir du XIIIe siècle (16’10), la torture et les conceptions médiévales de la douleur, du corps souffrant, de l’âme (18’55), l’identité de ceux qui subissent la torture : marginaux, mal famés ? (20’10),  la torture comme instrument de la raison d’État, visible dans les grands procès du XIVe siècle (21’45), les doutes des juges médiévaux devant l’efficacité de la torture, et le développement de leur « intime conviction » (23’20), la centralité de l’aveu dans les procédures judiciaires françaises, un héritage médiéval ? (26’35), la difficulté, du point de vue de l’écriture historique, de travailler sur un objet impliquant violences et souffrances (27’35), les remises en question de la torture à l’époque moderne (28’40), la réflexion sur l’histoire médiévale nourrie par l’histoire contemporaine, celle de la torture en guerre d’Algérie notamment (29’50).

Les références citées dans le podcast :
Émission de la Fabrique de l’histoire sur la justice médiévale
-Claude Gauvard, « De grace especial ». Crime, État et Société en France à la fin du Moyen Age, Paris, Publications de la Sorbonne, 1991
– Raphaëlle Branche, La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie, Paris, Gallimard, coll. « Folio histoire », 2e éd., 2016 [2001].

Le conseil de lecture : Henri Alleg, La question, Paris, Éditions de minuit, 1958