35. Contraception interdite dans la France des années 1950, avec Danièle Voldman et Annette Wieviorka

Les invitées : Danièle Voldman et Annette Wieviorka, directrices de recherche au CNRS

Le livre : Tristes grossesses. L’affaire des époux Bac (1953-1956), Paris, Seuil, 2019.

La discussion : présentation rapide de l’affaire des époux Bac (1:00) et des origines de cette recherche ; le contexte des années 1950 et d’un drame familial lié à une forme de misère sociale (6:10) ; un « drame du Baby-Boom » (Annette Wieviorka) ; retour sur la loi de 1920 qui interdisait la contraception et sa « propagande » et renforce la répression de l’avortement (11:55) ; les failles des pratiques contraceptives à l’époque (14:05) ; les avancées d’autres pays en la matière, et le parcours de la gynécologue Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé (16:00) ;  des procès qui révèlent une justice plutôt équilibrée, et soucieuse de ne pas dédouaner le mari de ses responsabilités (18:45) ; le parcours carcéral des époux (21:25) ; un arrière-plan à l’affaire : le catholicisme encore enraciné dans la France des années 1950 (23:05) ; la convergence conservatrice en matière de contraception du monde médical, de l’Église catholique, mais aussi du parti communiste (25:50) ; le rôle du journaliste Jacques Derogy au sein du petit cercle qui commence à militer en faveur de la contraception, et à porter l’affaire sur la place publique dans les pages de Libération en 1955 (28:15) ; la naissance de l’association Maternité heureuse dans la foulée (31:00) ; les ressemblances et différences entre les contextes de cette affaire et de la loi Veil sur l’IVG en 1975 (34:15) ; le parcours de l’enquête et les difficultés liées aux sources parfois introuvables et aux dérogations pour consulter les archives (37:00) ; la dimension personnelle du travail et le fait d’avoir en partie vécu à la même période que cette affaire (42:55) ; l’écho du  film d’Henri Verneuil avec cette enquête (45:15).

Le conseil de film : Des gens sans importance d’Henri Verneuil (1956)

 

 

33. Naissance de l’imprimerie à Venise, avec Catherine Kikuchi

L’invitée : Catherine Kikuchi, maîtresse de conférences à l’université de Versailles-Saint-Quentin en Yvelines, contributrice du site Actuel Moyen âge

Le livre : La Venise des Livres, 1469-1530, Champ Vallon, 2018.

La discussion : une démarche de recherche qui part de la question des imprimeurs allemands à Venise (1’45) ; la diffusion de l’imprimerie de l’Allemagne rhénane vers Venise au XVe siècle, difficile à retracer (2’45) ; l’espionnage industriel d’un Nicolas Jenson (4’15) ; la nécessité de déconstruire la notion englobante d’« imprimeur » pour approcher ce groupe social et sa complexité (5’30), un métier qui à l’origine n’est pas dans le cadre d’une corporation, posant la question des possibles mobilités sociales (7’40), l’usage des sources et en particulier des colophons, ces marques distinctives à la fin des livres (9’10), la méthode prosopographique, le corpus, et les résultats de l’enquête sur le plan des origines : un monde du livre marqué par la présence d’étrangers (10’10), les enjeux identitaires du fait de se dire « Allemand » ou « Italien » dans le contexte de l’humanisme européen (11′), les liens entre imprimeurs allemands et marchands dans le cadre notamment du Fondaco dei Tedeschi (12’40), la « condition d’incertitude » (S. Cerruti) des étrangers à la fin du Moyen âge (14′), le lectorat de Venise et le marché du livre tel que les sources le dessinent (15’30), les ressemblances et différences avec les livres moins coûteux imprimés à Paris (16′), le livre comme objet de luxe, mais qui devient moins cher et plus accessible au cours de la période (17’25), les spécificités de l’imprimerie comme activité économique, et les gros investissements en capital que cela nécessite, ainsi que la fragilité qui en découle (19’05), les stratégies d’enracinement et de transmission familiales des entreprises (22’40), l’articulation entre tensions (voire violences) et solidarités au sein du groupe (24’15), ce que dit le monde du livre des pouvoirs vénitiens (26’50), les multiples langues et alphabets d’impression (grec, cyrillique, glagolitique…) et les situations que cela recouvre (29’30), les traces de ces imprimeurs dans la Venise d’aujourd’hui, leurs sépultures notamment (34′), les éclairages de l’histoire du livre sur les enjeux contemporains (36’30), la place de cette recherche : histoire moderne, médiévale, du « long Moyen âge » ? et pourquoi le terme de « Renaissance » n’y correspond pas ? (37’20)

Les références citées dans le podcast :
Claire Lemercier et Emmanuelle Picard, « Quelle approche prosopographique ? »
– Philippe Braunstein, Les Allemands à Venise (1380-1520), Rome, École française de Rome, 2016.
– Simona Cerruti, Étrangers. Étude d’une condition d’incertitude dans une société d’Ancien Régime, Paris, Bayard, 2012
– Martin Lowry, Le monde d’Alde Manuce. Imprimeurs, hommes d’affaires et intellectuels dans la Venise de la renaissance, Évreux, Cercle de la Librairie, 1989.

Le conseil de lecture : Henri-Jean Martin et Lucien Febvre, L’apparition du livre, 1957

32. Le « Maitron », un monument de l’histoire sociale désormais en libre accès, avec Paul Boulland

L’invité : Paul Boulland, ingénieur de recherches au CNRS, Centre d’Histoire Sociale du XXe siècle.

L’événement : le site et dictionnaire Maitron passe en libre accès !

La discussion : présentation du Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier (0’50) ; la journée Maitron du 5 décembre 2018 et la mise en ligne en libre accès du site et du dictionnaire (1’50) ; la vie, le travail et le militantisme (principalement au PCF) de Jean Maitron (4’00) ; la genèse du projet de dictionnaire dans les années 1950 (8’40), et sa dimension initiale d’histoire mondiale ; autour du « Maitron » et de la revue Le mouvement social, l’entrée de l’histoire sociale et ouvrière à l’université dans les années 1960-1970 (10’35) ; un dictionnaire qui fait se rencontrer univers militant et histoire scientifique (13’) ; la « dignification » (Bernard Pudal) du monde ouvrier qui en résulte ; les archives et sources plus denses du XXe siècle et notamment du PCF (19’30) ; l’élargissement du Maitron à d’autres thèmes et corpus, par professions ou moments (cheminots, fusillés de la 2e GM…) ; la place des femmes dans le Maitron, en partie tributaire de leur (in)visibilité dans les sources policières et militantes (25’) ; le passage du dictionnaire papier au CD-Rom puis au site internet (27’15) ; les questions d’indexation et de métadonnées (28’00) ; les usages à venir du Maitron pour les chercheurs-ses et enseignant-e-s du secondaire (31’45) ; un outil historiographique avec la présence de beaucoup d’historien-ne-s dans le Maitron, ainsi que d’artistes (33’35) ; un dictionnaire ouvert et encore en voie d’enrichissement , au-delà de la date butoir de 1968 (34’) ;

Les conseils de lecture :

Javier Cercas, L’imposteur, Arles, Actes sud, 2015
Michelle Perrot, Mélancolie ouvrière, Paris, Grasset, 2012. Biographie de Lucie Baud sur le Maitron.
Paul Boulland, Des vies en rouge. Militants, cadres et dirigeants du PCF (1944-1981), Éditions de l’Atelier, 2016

29. Revoir La Grande Illusion, avec Evelyne Gayme

L’invitée : Evelyne Gayme, professeur en lycée, docteure en histoire avec une thèse sur les prisonniers de guerre

Le film : La Grande Illusion, de Jean Renoir (1937)

 

 

 

 

 


La discussion :
les origines du scénario, entre souvenirs de la Grande Guerre, récits du général Pinsard, et expériences du frère du coscénariste Charles Spaak (1’20) ; les accusations de plagiat lors de la sortie du film (4’25) ; le contexte de sortie (4’50) : la France et l’Europe de 1937 ; la politisation de Renoir à l’époque du Front Populaire ; la réception compliquée du film à l’étranger dans les dictatures (6’10) ; un film retiré des écrans durant la Seconde Guerre mondiale (6’50) ; les différentes versions du film et la ressortie compliquée de 1946 (8’35) ; les thèmes du film : rapprochements et cloisonnements entre les êtres et les pays (9’40) ; un passage en revue des différents personnages (10’15) : Maréchal, De Boëldieu, Rosenthal, von Rauffenstein ; les réalités de la captivité militaire, dure et normée (16’45) ; la question des langues de communication et de l’intercompréhension difficile entre personnages (19’10) ; les relations entre geôliers et captifs associant dureté et humanité (22’05) ; les nouvelles (et rumeurs) qui évoquent la guerre (23’30) et le paradoxe d’un film de guerre sans combats ; la mise en scène des rapports sociaux et des repas et discussions (26’45) ; la tension clef du film entre clivages sociaux et clivages nationaux (27’30) ; la séquence du travestissement et la question de l’absence des femmes et du trouble que la guerre provoque dans le genre (28’40) ; le personnage de Rosenthal et le problème de l’antisémitisme qu’il véhicule ou combat (31’40) ; le rapport à la guerre d’un film teinté de pacifisme (35’20) ; l’image complexe des prisonniers dans l’entre-deux-guerres et ensuite (38’35).

Les études sur le film :
– Olivier Curchod, La Grande Illusion, Paris, Armand Colin, 2005
– Julian Jackson, La Grande Illusion, New York, Palgrave Macmillan/British Film Institute, 2009.

Les conseils de visionnage et de lecture (bandes dessinées) :
-Jean Renoir, Le caporal épinglé (1962)
– FOURNIER et KRIS, Plus près de toi, Paris, Dupuis, collection Aire libre, 2017.
– SILLORAY Florent, Le Carnet de Roger, Paris, Editions Sarbacane, 2011.
– TARDI Jacques, Moi René Tardi prisonnier de guerre au Stalag II B, Paris, Casterman, 2012.
– TARDI Jacques, Moi René Tardi prisonnier de guerre au Stalag II B, mon retour en France, Paris, Casterman, 2014.
– RABATÉ Pascal, La Déconfiture, Paris, Futuropolis, 2018.

27. Persécution et survie des juifs sous Vichy, avec Laurent Joly et Jacques Semelin

Les invités : Laurent Joly directeur de recherches au CNRS, Jacques Semelin, directeur de recherches émérite au CERI

Les livres :
– Laurent Joly, L’État contre les juifs. Vichy, les nazis et la persécution antisémite, Paris, Grasset, 2018.
– Jacques Semelin, La survie des juifs en France 1940-1944, Paris, CNRS éditions, 2018.

 

 

 

 

 

La discussion : la situation des deux ouvrages au regard de l’historiographie, et des travaux antérieurs, en particulier de Robert Paxton (2’10), la nécessité de réintroduire l’occupant allemand dans la lecture de la période, notamment pour le statut des juifs d’octobre 1940 (3’30), le rapport de Jacques Sémelin à Paxton mais aussi au livre de Renée Poznanski, pour poser la question des « 75% » de juifs de France n’ayant pas été déportés (4’40), l’importance de travailler sur l’opinion sous l’occupation (7’20), l’attention qu’il faut porter aux contextes changeants de l’occupation, suite aux changements de gouvernements ou d’institutions (7’50), l’attention à prêter également aux anticipations de l’avenir : l’Allemagne va-t-elle gagner la guerre ? (10’10), les enjeux de la géographie spécifique de l’occupation : flux humains liés à la débâcle, multiplicité des zones, dispersion géographique des juifs, trajets villes-campagnes… (11’15), les particularités géographiques, historiques, stratégiques de la France dans l’Europe hitlérienne, qui expliquent partie le chiffre de « 75% » (14’15), les paradoxes de la vie des juifs sous l’occupation, pour certains cachés et clandestins, pour d’autres vivant légalement voire scolarisés comme à Paris, pour beaucoup réfugiés à la campagne (17’20), posant la question de l’attitude des populations : silence passif, complice ? Quel degré d’antisémitisme ? (21’10) Et plus généralement quelles attitudes moyennes de part et d’autre des engagements résistants et collaborateurs explicites ? (22’00) la question de la délation comme point d’entrée pour poser ces questions (23’20), la rafle du Vel d’Hiv, perçue comme un échec par Vichy et les nazis (24’35), et que l’on peut relire en scrutant les marges de manœuvre des policiers qui la mènent et y participent (26’50), l’importance du carriérisme pour comprendre l’attitude nombre de fonctionnaires sous Vichy (29’50), une relecture du degré d’antisémitisme en France, à travers les basculements de l’opinion et d’une partie du clergé à l’été 1942 (30’30), l’importance de la xénophobie comme motif aux politiques de persécution (33’45), l’idée fausse selon laquelle Vichy n’aurait pas fait arrêter des juifs français, même si sa xénophobie a conduit à cibler d’abord les juifs étrangers (36’10), le contre-exemple du Danemark, où l’État comme la société civile ont été davantage protecteurs (41’50), le paradoxe d’une politique antisémite de Vichy définie et appliquée par des dirigeants et fonctionnaires non marqués par la tradition antisémite française d’extrême droite (43’40), la nécessité de porter un regard à la fois nuancé et sans concession sur Vichy (45’20), un contexte contemporain nouveau et délétère, entre rééditions de Maurras ou Céline et succès de Zemmour (47’45).

Les références citées dans le podcast (par ordre de parution) :
Robert Paxton, La France de Vichy, Paris, Seuil, 1973.
– Michael Marrus et Robert Paxton, Vichy et les juifs, Paris, Calmann-Lévy, 2015 (2e éd.) [1981].
– Serge Klarsfeld, Vichy-Auschwitz. Le rôle de Vichy dans la solution finale de la question juive en France, Paris, Fayard, 1983.
– Raul Hilberg, La destruction des Juifs d’Europe, Paris, Fayard, 1988.
– Asher Cohen, Persécutions et sauvetages. Juifs et Français sous l’Occupation et sous Vichy, Paris, Cerf, 1993.
– Pierre Laborie, « 1942 et le sort des Juifs : quel tournant dans l’opinion ? », Annales ESC, 1993, 48-3, p. 655-666.
– Renée Poznanski, Être juif en France pendant la Seconde guerre mondiale, Paris, Hachette, 1994.
– Barbara Lambauer, Otto Abetz et les Français ou l’envers de la Collaboration, Paris, Fayard, 2001.
– Tal Bruttmann, Au bureau des Affaires juives. L’administration française et l’application de la législation antisémite (1940-1944), Paris, La découverte, 2006.
– Nicolas Mariot et Claire Zalc, Face à la persécution. 991 juifs dans la guerre, Paris, Odile Jacob, 2010
– Gael Eismann, Hôtel Majestic. Ordre et sécurité en France occupée, 1940-1944, Paris, Tallandier, 2010.
– Laurent Joly, Dénoncer les juifs sous l’Occupation. Paris 1940-1944, Paris, CNRS éditions, 2017.

Les conseils de lecture :
– Hélène Hoppenot, Journal (1936-1940), Paris, éditions Claire Paulhan, 2015.
– Jacques Sémelin : Françoise Fraenkel, Rien où poser sa tête, Paris, Gallimard, 2015.

22. Histoire populaire de la France, avec Gérard Noiriel

Les intervenants : Gérard Noiriel, directeur d’études à l’EHESS ; Philippe Olivera, historien, enseignant, éditeur (Agone)

Le livre : Une histoire populaire de la France, de Jeanne d’Arc à nos jours, Marseille, Agone, 2018
La discussion : Les origines du livre, au regard du genre « histoire de France » et de l’ouvrage d’Howard Zinn, Histoire populaire des États-Unis (1’00) ; le « populaire » comme catégorie prise dans les relations entre dominés et dominants (5’20) ; l’idée d’écrire pour un public plus large que celui de la profession historienne (7’00) ; l’importance de s’approprier des objets comme l’histoire de France parfois monopolisés par des auteurs réactionnaires (11’20) ; le point de départ de cette histoire et le choix de démarrer à la fin du Moyen âge, en lien avec la construction d’un État monarchique (12’45) ; les singularités de la construction nationale française au regard des exemples britannique et allemand (15’50) ; le choix d’écrire une histoire sociale, et de faire de la question sociale la clef de lecture fondamentale des évolutions, par rapport aux questions identitaires (19’30) ; l’application de cet angle d’approche pour le XVIe siècle : les guerres de religion comme expression d’enjeux sociaux (26’25) ; les césures mises en lumière dans cette histoire de France (30’20) : les années 1750 (32’30), les années 1880 avec la Grande Dépression et les débuts de la IIIe République (34’25), l’attention portée dans le livre aux regards portés sur l’autre (colonisé, domestique, ouvrier, paysan…) et la question de la reconnaissance de l’autre, qui permet de « se rendre étranger à soi-même » (39’50), la capacité à toucher d’autres publics en sortant de ses habitudes historiennes, en travaillant avec des artistes (43’50).

Une évocation plus large du travail de Gérard Noiriel, par Nicolas Offenstadt, est à écouter dans l’épisode 11 du podcast.

19. Sur les traces de la RDA, avec Nicolas Offenstadt

L’invité : Nicolas Offenstadt, maître de conférences (HDR) à l’université Paris-I, membre de l’IHMC

Le livre : Le pays disparu. Sur les traces de la RDA, Paris, Stock, 2018.La discussion : trouver des archives dans des bâtiments abandonnés de l’ex-RDA (2’05), avec ces archives, retrouver une vie de RDA, et ses à-coups, celle de Heidrun (7’05), la nécessité de dépasser une image de la RDA réduite à la dictature et à la répression (11’), de même pour le terme « Ostalgie » qui déforme le rapport au passé, suivant un grand récit valorisant la réunification (14’35), les traces du passé socialiste, valorisées à l’époque de la RDA, et en voie d’effacement (18’45), l’enquête de terrain qui permet de comprendre la disparition de mémoriaux ou de plaques portant cette mémoire (22’10), l’exploration urbaine (Urbex) et ses enjeux pour l’histoire (24’10), les gisements d’objets, dont la biographie peut s’écrire historiquement (29’05), la spécificité du rapport à l’objet dans le passé est-allemand (31’40), le débat sur l’effacement plus ou moins grand du passé et de ses lieux symboliques (34’40), la muséographie spécifique de la RDA et la multitude de petits musées faisant exister ce passé (38’10), l’origine du travail sur la RDA et le goût pour l’histoire des lieux (40’30), les liens à interroger entre passé est-allemand, et montée contemporaine du racisme et de l’extrême-droite dans l’est de l’Allemagne (44’10).

Archives éparpillées dans l’usine chimique abandonnée à Bernsdorf évoquée à 7’40 (cliché NO)

Les références citées dans le podcast :
-Sonia Combe, Une société sous surveillance. Les intellectuels et la Stasi, Paris, Albin Michel, 1999.
-Emmanuel Droit, Vers un homme nouveau ? L’éducation socialiste en RDA (1949-1989), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009.
-Sandrine Kott, Le communisme au quotidien. Les entreprises d’État dans la société est-allemande, Paris, Belin, 2001.
-Bradley Garrett, Explore Everything. Place-Hacking the City, Londres, Verso, 2013.
-Leonie Beiersdorf, Die Doppelte Krise. Ostdeutsche Erinnerungszeichen nach 1989, Berlin, Deutscher Kunstverlag, 2015.

Le conseil de lecture : Eugen Ruge, Quand la lumière décline, 2012.

Usine abandonnée à Bernsdorf

17. Condamner à mort au Moyen âge, avec Claude Gauvard

L’invitée : Claude Gauvard, Professeur émérite d’histoire du Moyen Âge à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne.

Le livre : Condamner à mort au Moyen âge, Paris, PUF, 2018.La discussion : un livre écrit entre passé et présent, avec en tête les questionnements contemporains sur la peine de mort (1:30), la condamnation, préoccupation importante pour les hommes et les femmes du Moyen âge,pour les juges comme pour le peuple (2:40), les difficultés de quantification liées aux sources (4:50), le nécessaire décodage des textes et des images faisant allusion à la peine capitale et aux supplices (6:40) , la tension entre principes punitifs hérités du droit romain et valorisation de la miséricorde dans une société  chrétienne (7:44), le pouvoir de gracier du roi, “coup de génie” (9:45), la volonté de réguler la violence et de limiter les exécutions par des transactions et compositions (10:29), une justice militaire (déjà) plus sévère (11:45), la figure du bourreau, moins marginale qu’on ne l’a dit (13:20), une grammaire des exécutions (pendaison, noyade…) différente suivant le genre, les crimes ou la réputation (14:50), la difficulté d’interpréter certains rituels (17:00), la “male mort”, peine la plus infamante, ici-bas et dans l’au-delà (17:44), la tension entre justice ordinaire et condamnations spectaculaires voulues par la justice royale (pour trahison, hérésie…) (19:50), la notion de “crime énorme” qui permet cet accroissement du champ de la justice royale (22:50), le caractère non linéaire de cette évolution vers un “monopole de la violence physique légitime” par le roi, avec les résistances des justices urbaines (24:35),la place et la participation du peuple, et l’idée de son “consentement” aux condamnations (27:10), la stigmatisation de criminels marginaux, lépreux, aux “enfances mauvaises” (28:30), une évolution comparable dans les autres espaces et États de l’occident médiéval (31:45).

Les références citées dans l’émission:
Association française pour l’histoire de la justice
– sur la torture au Moyen âge: travaux de Faustine Harang
– sur la justice militaire médiévale: travaux de Loïc Cazaux
– sur les valets de ville et crieurs : Nicolas Offenstadt, En place publique: Jean de Gascogne, crieur du XVe siècle, Paris, Stock, 2013.
– sur la justice de l’Angleterre médiévale : Barbara Hanawalt, Crime and Conflict in English Communities, 1300-1348, Cambridge (MA), Harvard University Press, 1979.
– sur celle des villes italiennes : Andrea Zorzi, “Aspects de la justice criminelle dans les villes italiennes à la fin du Moyen âge“, Déviance et société, 15, 1991, p. 439-454.

Le conseil de lecture : les discours de Jaurès, les écrits de Michelet

 

15. Femmes et prostitution durant la Révolution, avec Clyde Plumauzille

L’invitée : Clyde Plumauzille, chargée de recherches au CNRS, membre du LabEx EHNE

Le livre : Prostitution et révolution. Les femmes publiques dans la cité républicaine (1789-1804), Paris, Champ Vallon, 2016.

La discussion : un état des lieux de l’univers prostitutionnel à Paris à la veille de la Révolution, et son cadre légal contraignant (2’), la place spécifique de la prostitution dans les cahiers de doléances (4’45), les caractéristiques sociales des femmes arrêtées comme prostituées sous la Révolution (5’50) et l’importance méthodologique de ne pas réifier la catégorie « prostituées », d’envisager un « continuum de pratiques » (6’50), une filiation historiographique qui n’est pas seulement celle d’Alain Corbin, mais aussi de Jill Harsin, pour en faire une histoire sociale (9’30), l’intégration de l’histoire de la prostitution dans une histoire du travail (10’50), comment combiner une “agency” (capacité d’agir) de ces femmes, avec l’existence de contraintes et de dominations (13’), l’univers social dans lequel évoluent ces femmes, avec des clients / amants / amis / souteneurs (ces derniers assez rares) (14’55), la source très rare que constitue le journal d’Alexandre Brongniart racontant ses relations avec des prostituées (17’30), le Palais-Royal comme lieu central de la prostitution sous la Révolution (18’30), les plaintes des riverains attestant d’une « lutte des places » parmi les classes populaires dans l’espace urbain (20’30), le contrôle policier adossé à une crainte des maladies vénériennes (22’30), le paradoxal silence des législateurs révolutionnaires sur la prostitution, avec une dépénalisation silencieuse (24’35), un tournant hostile à la prostitution et plus largement aux femmes dans l’espace public en 1793 (27’50), une distinction entre droit de cité et droit à la cité qui montre la citoyenneté « diminuée » de femmes désignées comme prostituées, encore vérifiable aujourd’hui (31’), face à ces contraintes, la ressource de l’écriture, pour des femmes incarcérées après la Terreur (33’45).

Les références citées dans le podcast :
Gérard Noiriel, Introduction à la socio-histoire, Paris, La découverte », « Repères », 2006.
– Alain Corbin, Les filles de noce, Misère sexuelle et prostitution (XIXe et XXe siècles), Paris, Aubier Montaigne, 1978.
– Jill Harsin, Policing Prostitution in Nineteenth Century Paris, Princeton, Princeton University Press, 1985
– Arlette Farge, La vie fragile, violences, pouvoirs et solidarités à Paris au XVIIIe siècle, Paris, Hachette, 1986.
– Anne Simonin, Le déshonneur dans la République. Une histoire de l’indignité 1791-1958, Paris, Grasset, 2008.
-Emmanuel Blanchard, La police parisienne et les Algériens (1944-1962), Paris, éd. Nouveau monde, 2011, 448 p.

Le conseil de lecture : Park Mun-wung, Mémoires d’un frêne, d’après une nouvelle de Choi Yong-tak, Rue de l’échiquier, 2018.

 

13. Radio Lorraine cœur d’acier, avec Ingrid Hayes

L’invitée: Ingrid Hayes, maîtresse de conférences à l’Université Paris-X Nanterre

Le livre: Radio Lorraine cœur d’acier, 1979-1980. Les voix de la crise, Presses de Sciences Po, 2018, 348 p.

La discussion: bref historique de “Radio Lorraine cœur d’acier” (1′), les origines de cette recherche (2’15), le contexte très particulier de la fin des années 1970, tournant historique pour le monde ouvrier (4′), “la classe ouvrière n’est plus ce qu’elle n’a jamais été”, expression de Roger Cornu (5’45) le travail sur la source radiophonique, les particularités des archives et du matériau sonore, leurs manques (8′), les dimensions concrètes de la diffusion d’une radio libre alors illégale (11’15), les contradictions d’une radio fondée par la CGT, mais prônant et pratiquant l’ouverture (13’45), extrait audio: lancement de la radio par Marcel Trillat le 17 mars 1979 (14’15), les débats ambigus à l’antenne concernant les pays de l’est (17’15), la tension entre culture ouvrière et culture dominante/légitime à l’antenne (21’15), la place forte et limitée à la fois de la parole ouvrière (24′), l’émergence d’une place spécifique pour les femmes (27’05), extrait audio: débat sur l’accouchement, 5 avril 1979 (29’50), la parole des immigrés et la vocation antiraciste de la radio (32’40), extrait audio: introduction de l’émission “la parole aux immigrés” (33’35), la reprise en main de la radio par la CGT (36’50), les mémoires locales fortes autant que dissonantes de “LCA” (40’20).

Les références citées dans le podcast :
Roger Cornu, “Nostalgie du sociologue.La classe ouvrière n’est plus ce qu’elle n’a jamais été”, in J. Deniot & C. Dutheil (dir.), Métamorphoses ouvrières, t. I, Paris, L’Harmattan, 1995.
Gérard Noiriel, Longwy, Immigrés et prolétaires (1880-1980), Paris, Presses Universitaires de France, collection « Pratiques Théoriques », 1984.
Coffret “un morceau de chiffon rouge” avec extraits à écouter sur le site.

Le conseil de lecture:
Michel Verret, Chevilles ouvrières, Paris, éditions de l’Atelier, 1995.