77. Faire l’histoire médiévale du “Saint Suaire”, avec Nicolas Sarzeaud

L’invité : Nicolas Sarzeaud, médiéviste, doctorant à l’EHESS

Négatif de la photographie du suaire prise en 1898 par Secondo Pia

L’objet : le suaire conservé à Turin, et les controverses qu’il alimente

La discussion :

  • Le statut et la façon de nommer l’objet connu comme « suaire de Turin », et les problèmes de qualification que cela pose : suaire, linceul, relique, drap, image, « saint suaire »… ?
  • L’existence d’une « discipline » propre à l’étude de cet objet, la « sindonologie », qui vise à prouver que le suaire est authentiquement celui qui entourait le Christ, avec des méthodes para- ou pseudo-scientifiques
  • La page wikipédia du suaire de Turin, reflet de cette tension entre partisans de l’authenticité, et chercheurs attachés à la datation établie au XIVe siècle
  • Un débat paradoxal : l’objet est très bien connu, beaucoup plus que beaucoup d’autres artefacts du Moyen âge, et très peu « mystérieux » en réalité
  • Le nombre étonnant des reliques du Christ au Moyen âge : environ 80 suaires !
  • Un débat dont les données se nouent à la toute fin du XIXe siècle, à travers les photographies du suaire par Secondo Pia qui ont assuré sa popularité, en tant que « négatif » de l’image du Christ, à un moment déterminant pour l’histoire des images
  • La remise en cause de l’authenticité du suaire par Ulysse Chevalier au début du XXe siècle, avec les outils de la critique documentaire, et les violents débats que cela suscite
  • Les stratégies discursives des « sindonologues » pour étayer l’idée de l’authenticité du suaire
  • Pour « remédiévaliser » le suaire, tour d’horizon des sources contemporaines du XIVe siècle, et des premiers conflits qui entourent l’objet
  • Des conflits qui impliquent le roi de France et la papauté
  • La valeur de l’objet et les litiges qui continuent de l’entourer au XVe siècle
  • Comment inscrire le suaire dans un questionnement plus général sur les reliques médiévales ?

Bibliographie (établie par Nicolas Sarzeaud) :

Pour les italianophones, l’ouvrage le plus complet sur l’histoire du saint Suaire depuis le xive siècle est celui d’Andrea Nicolotti, Storia e leggende di una reliquia controversata, Turin, Einaudi, 2015. Il a aussi produit plusieurs autres livres sur les théories sindonologiques, notamment en anglais From the Mandylion of Edessa to the Shroud of Turin. The Metamorphosis and Manipulation of a Legend, Leyde, Brill, 2014.

En français, les références sont plus anciennes mais on peut lire la très belle réflexion d’Odile Cellier sur l’histoire du saint Suaire et sa place dans le catholicisme contemporain, Le Signe du linceul, Paris, Cerf, 1992. Une synthèse en ligne ancienne mais de très bonne qualité a été publiée par l’archiviste André Perret, « Essai sur l’histoire du Saint Suaire du XIVe au XVIe siècle. De Lirey (Aube) à Chambéry », Mémoires de l’Académie Des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Savoie, IV, 1960, p.49-121 :

L’étude du saint Suaire dans une perspective d’histoire sociale est récente et en pleine expansion. On peut citer pour l’époque moderne un ouvrage italien de Paolo Cozzo, La geografia celeste dei duchi di Savoia. Religione, devozioni e sacralità in uno stato di età moderna, Bologne, Mulino, 2006 et la publication d’un colloque récent : Paolo Cozzo, Andrea Merlotti, Andrea Nicolotti (dir.), The Shroud at Court. History, Usages, Places and Images of a Dynastic Relic, Leyde, Brill, 2019

Pour se pencher sur un autre suaire à l’œuvre au Moyen Âge, celui de Cadouin-Toulouse a été remarquablement étudié par Michelle Fournié dans plusieurs articles, notamment celui-ci : «Les miracles du suaire de Cadouin-Toulouse et la folie de Charles VI », Revue d’Histoire de l’Église de France, t. 99, Paris, 2013, p. 25-52.  A l’heure de l’enregistrement du podcast se tenait un colloque sur la Sainte-Coiffe de Cahors, autre suaire méridional, dont on attend la publication.

Sur la question de la position de l’historien face aux croyances, Jean-Claude Schmitt a écrit des articles fondamentaux, notamment « Les “superstitions” », dans Jacques Le Goff et René Rémond (dir.), Histoire de la France religieuse, tome I, Des dieux de la Gaule à la papauté d’Avignon, Paris, Éditions du Seuil, 1988, p. 425 ou encore « ‘Religion populaire’ et culture folklorique (note critique) », Annales, 31e année, n°5, 1976, p.941-953. Un merveilleux exemple de cette démarche au travail est Le saint lévrier. Guinefort, guérisseur d’enfants depuis le XIIIe siècle, Paris, Flammarion, 2004 (1ère éd. 1979).

A propos des croyances contemporaines et de la difficulté qu’ont les sciences humaines à se saisir sans préjuger des dévotions du proche, le sociologue Pierre Lagrange donne un point de vue stimulant dans, “Pourquoi les croyances n’intéressent-elles les anthropologues qu’au-delà de deux cents kilomètres ?”, Politix, 2012/4 (n° 100), p. 201-220.

Les autres références citées dans l’émission :

  • Roland Barthes, La chambre claire. Note sur la photographie, Paris, gallimard, 1980.
  • Pierre-Olivier Dittmar, « La mécanique des suaires », 2012
  • Patrick J. Geary, Le vol des reliques au Moyen âge : furta sacra, Paris, Aubier, 1993.
  • Andrea Nicolotti, Il processo negato. Un inedito parere della Santa Sede sull’autenticità della Sindone, Rome, Viella, 2015.
  • Catherine Vincent, Fiat Lux. Lumière et luminaires dans la vie religieuse du XIIIe au XVe siècle, Paris, Cerf, 2004.

76. Relire Le Fromage et les vers de Carlo Ginzburg, avec Marie Lezowski et David Dominé-Cohn

Les invité-e-s : Marie Lezowski (maîtresse de conférences en histoire moderne à l’université d’Angers), David Dominé-Cohn (professeur d’histoire et doctorant en histoire médiévale)

Le livre : Carlo Ginzburg, Le Fromage et les vers. L’univers d’un meunier au XVIe siècle, Paris, Aubier, 1980 [1976].

La discussion :

  • Résumé du livre : le procès d’inquisition de Domenico Scandella, dit Menocchio, un meunier à la cosmogonie originale et contredisant les enseignements de l’Église (1’45)
  • La forme originale de l’ouvrage, personnelle, éclatée, suivant la logique du dossier d’inquisition (4’45)
  • La thèse forte de Ginzburg sur les idées de Menocchio nées du croisement entre l’imprimerie et un fond de croyances paysannes (6’50)
  • Comment ce livre est devenu un classique de l’historiographie, et comment les invité-e-s ont rencontré le livre (8’10)
  • Le contexte d’écriture du livre, et la figure de Carlo Ginzburg (11’30)
  • Une attention, à travers Menocchio, aux dominés et aux persécutés (14’20)
  • La remise en cause partielle de l’histoire des « mentalités » (17’00)
  • L’influence de Marc Bloch sur Carlo Ginzburg (18’20)
  • Une idéalisation du monde paysan chez l’auteur (20’)
  • La méthode philologique de Carlo Ginzburg, et sa lecture très particulière des sources inquisitoriales (21’50)
  • Le travail de Carlo Ginzburg sur les écarts entre questions des inquisiteurs et réponses de Menocchio (25’35)
  • Les rapports entre Menocchio et ses voisins de village ou son auditoire, en lien avec le rôle social d’un meunier (29’15)
  • Comment un meunier du Frioul sait-il lire ? Quels livres, et comment les lit-il ? (31’45)
  • Présentation de la microstoria, les liens qu’elle fait entre « cas » et contexte, sa capacité à « prendre au sérieux l’anomalie » (35’10)
  • Menocchio, un personnage dont les conceptions religieuses propres entrent en résonance avec des thèmes issus de la Réforme protestante (38’15)
  • La mise en scène narrative opérée par Carlo Ginzburg, qui a songé écrire ce livre à la façon des Exercices de style de Queneau (39’45)
  • Quel regard porter aujourd’hui sur le cas Menocchio ? (41’40)
  • Un rapprochement entre Menocchio, et Louis-François Pinagot, ce sabotier de l’Orne étudié par Alain Corbin ? (43’)
  • Un livre admirable mais dont les conclusions sur un « substrat oral » d’une culture paysanne sont fragiles (43’45)
  • La postérité du livre, pour l’étude des croyances « hors normes » (46’30)

Les conseils de lecture :

  • Samir Boumediene, La colonisation du savoir. Une histoire des plantes médicinales du « Nouveau Monde » (1492-1750), Vaulx-en-Velin, Éditions des Mondes à faire, 2016.
  • Carlo Ginzburg, « Signes, traces, pistes : racines d’un paradigme de l’indice », Le Débat, 6, 1980, p. 3-44.

Les références bibliographiques (par ordre alphabétique) :

  • Patrick Boucheron, « Préface », Le Fromage et les vers, Paris, Flammarion, coll. Champs, 2018.
  • Jean Boutier et Philippe Boutry, « L’invention historiographique. Autour du dossier Menocchio », Enquête, 3, 1996, mis en ligne le 11 juillet 2013.
  • Alain Corbin, Le monde retrouvé de Louis-François Pinagot, sur les traces d’un inconnu, 1798-1876, Paris, Flammarion, 1998
  • Andrea Del Col, ed., Domenico Scandella detto Menocchio : i processi dell’Inquisizione (1583-1599), Pordenone, Edizioni Biblioteca dell’Immagine, 1990.
  • Lucien Febvre, Le Problème de l’Incroyance au XVIe siècle. La Religion de Rabelais, Paris, Albin Michel, coll. « L’évolution de l’Humanité », 1942 ; Autour de l’Heptaméron. Amour sacré, Amour profane, Paris, Gallimard, 1944.
  • Carlo Ginzburg, Les Batailles nocturnes, Lagrasse, Verdier, 1980 [1966] ; Le fil et les traces. Vrai faux fictif, Lagrasse, Verdier, 2010 [2006].
  • Emmanuel Le Roy Ladurie, Le Carnaval de Romans. De la Chandeleur au mercredi des Cendres : 1579-1580, Paris, Gallimard, 1979.
  • Robert Muchembled, La Sorcière au village, XVe-XVIIIe siècle, Paris, Gallimard, 1979.
  • Jacques Revel (dir.), Jeux d’échelles. La micro-analyse à l’expérience, Paris, Gallimard et Le Seuil, coll. Hautes Études, 1996
  • Martin Rueff, « L’historien et les noms propres », Critique, 2011/6-7 (n° 769-770), p. 514-532.

75. Numismatique antique, avec Anthony Hostein

L’invité : Anthony Hostein, directeur d’études à l’EPHE

Antonio de Pereda y Salgado, Vanitas (1634). Vienne, Kunsthistorisches Museum.

Le thème : la numismatique, son histoire, ses apports à l’étude de l’antiquité

La discussion :

  • Comment est née la numismatique comme discipline, bien avant d’autres branches du savoir historique, à partir de la Renaissance (1’30)
  • Commentaire de tableaux : vanité de Salgado (3’40)
  • L’autonomisation de la numismatique sur le plan savant, avec son vocabulaire (« droit », « revers »), sous l’impulsion de Joseph Hilarius Eckhel en particulier (5’30)
  • Les liens maintenus, et parfois ambigus, entre numismatique savante et marchande (11’20)
  • Le fléau des détectoristes qui font disparaître les données (13’30)
  • La rocambolesque affaire du « trésor de Lava », ces monnaies trouvées près d’Ajaccio (16’45)
  • Les effets des conflits et troubles géopolitiques (au Proche-Orient notamment) sur les fouilles et le marché des monnaies, comme le site de Doura-Europos, « perdu pour la science » (21′)
  • Les origines de la monnaie, instrument territorialisé, qui sert seulement dans un second temps à des échanges (23′)
  • La complexité des opérations de datation des monnaies, et d’estimation des ordres de grandeur monétaires (27′)
  • Le regard des numismates sur les débats sur l’économie antique, entre « primitivistes » et « modernistes », et sur l’iconographie (29’55)
  • Les enseignements de la numismatique sur les rapports entre les hommes et les dieux (33’40)
  • Le médaillon de Ticinum frappé sous Constantin en 315, le premier comportant un symbole chrétien, et son contexte (37’10)
  • Relativiser la fonction de « propagande » de la monnaie (42′)
  • Le tournant fondamental du numérique pour les numismates, permettant de constituer des bases de données (43′)
  • Les défis interprétatifs et horizons de recherche en numismatique : construire des corpus, comprendre des monnaies singulières comme celle qui comporte une vache dans un arbre… (49’15)
  • Encore des progrès à faire dans la communication entre numismates, historiens, archéologues !

Les références citées et conseillées dans l’émission :

Quelques noms d’illustres précurseurs (avant le XIXe siècle)

Guillaume Budé [1467-1540], De asse et partibus eius (1515) ; Andrea Fulvio [c. 1470-1527], Illustrium imagines (1517) ; Hubert Goltzius [1526-1583] ; Charles Patin [1633-1693], Histoire des médailles (1695) ; Joseph Pellerin [1684-1782], vend en 1776 ses 32499 monnaies grecques au roi ; Joseph Hilarius Eckhel [1737-1798], Doctrina Numorum Veterum, 8 vol. (1792-1798)

Choix d’ouvrages en français

  • Amandry (M.) dir., Dictionnaire de numismatique, Paris : Larousse, 2001.
  • Morrisson (C.), La numismatique, Paris : QSJ ? n°2638, 1992.
  • Amandry (M.) dir., La monnaie antique [concerne la monnaie grecque et romaine, rien sur les monnaies celtiques], Paris : Ellipses, 2017.

Choix de sites internet

– Monnaies hellénistiques

Monnayages des rois de Macédoine

Monnayages des Lagides d’Egypte

Monnayages des Séleucides

– Monnaies romaines

Monnayages républicains : Roman Republican Coinage (RRC) en ligne : cf. projet « CRRO – Coinage of the Roman Republic Online »

Monnayages impériaux : Roman Imperial Coinage (RIC) en ligne : cf. projet « OCRE – Online Coins of the Roman Empire »

Monnayages provinciaux (émis pour l’essentiel par les cités de l’Empire) : Roman Provincial Coinage (RPC) en ligne : cf. projet « RPC – Roman Provincial Coinage » sur le site de l’Ashmolean Museum d’Oxford

Sites des principaux musées dans le monde

American Numismatic Society, New York

Cabinet des médailles, Bibliothèque Nationale, Paris [les collections sont en partie accessibles sur le catalogue Gallica de la BNF]

Bodemuseum, Münzkabinett, Berlin

KunsthistorischesMuseum, Vienne

The British Museum

The Ashmolean Museum

La législation en matière de découvertes monétaires

Ministère de la culture

HAPPAH (association de lutte contre le pillage du patrimoine)

 

74. Méditerranée médiévale et festival “Secousse 1099”, avec Florian Besson et Iris Pupella-Noguès

Les invité-e-s : Florian Besson (médiéviste, co-animateur du site Actuel Moyen âge) et Iris Pupella-Noguès (cofondatrice de la Boîte à histoire)

L’événement : Festival « Secousse 1099 » organisé le 28 septembre 2019 à Paris

La discussion :

  • Les origines du festival « Secousse 1099 » (1′)
  • La forme du festival, avec une dimension ludique et participative (4′)
  • Les problèmes posés par un festival sur la Première croisade, événement a priori moins ludique et émancipateur que 1848, objet de la première édition du festival (7′)
  • L’importance de faire entendre une parole historienne sur des événements pouvant être « brûlants » comme les croisades (9’20)
  • La Méditerranée médiévale, au cœur de débats et de l’enseignement (programme de 2nde, concours d’agrégation interne), avec le risque d’y projeter sans recul les identités ou affrontements religieux contemporains (11’45)
  • La controverse ayant entouré la parution du livre de Sylvain Gouguenheim, Aristote au Mont Saint-Michel, en 2008, et ce qu’elle révèle des usages idéologiques de la Méditerranée médiévale (14’40)
  • À l’inverse, la lecture critique qu’on adopte désormais envers l’idée d’une « tolérance » ou convivencia entre communautés confessionnelles au Moyen âge (18’45)
  • Les différentes strates historiographiques concernant la Méditerranée médiévale, et les paradigmes successifs de son étude, de Pirenne à Braudel et après (21’40)
  • Le rôle du livre d’Amin Maalouf, Les croisades vues par les Arabes, paru en 1983 (26’10)
  • Les apports de l’archéologie, mis en valeur au festival « Secousse 1099 » (30′)
  • Une suggestion de documents permettant d’illustrer en cours de 2nde la notion de transferts culturels : les traités d’optique arabes (33′)
  • La mise en scène des croisades dans le cinéma, au prisme du médiévalisme (33’40)

Les conseils de lecture :

  • John Tolan, Mahomet l’européen: Histoire des représentations du Prophète en Occident, Paris, Albin Michel, 2018.
  • Gérard Noiriel, Le venin dans la plume. Édouard Drumont, Éric Zemmour et la part sombre de la République, Paris, La Découverte, 2019.
  • Dennis Lehane, Un pays à l’aube, Paris, Rivages, 2008.

La bibliographie et les références citées dans le podcast (par ordre chronologique) :

  • Henri Pirenne, Mahomet et Charlemagne, préface de Bruno Dumézil, Paris, Tallandier, 2005 [1937].
  • Fernand Braudel, La Méditerranée et le Monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, Paris, Armand Colin, 1949.
  • Joshua Prawer, Histoire du Royaume latin de Jérusalem, 2 vol., Paris, éd. du CNRS, 1970.
  • Jonathan Riley-Smith, Les Croisades, Paris, Pygmalion, 1990.
  • Amin Maalouf, Les croisades vues par les Arabes, Paris, J.-C. Lattès, 1983.
  • David Nirenberg, Violence et minorités au Moyen Âge, trad. de l’anglais par Nicole Genet, préf. de Claude Gauvard, Paris, PUF, coll. « Le nœud gordien », 2001.
  • Sylvain Gouguenheim, Aristote au Mont-Saint-Michel. Les racines grecques de l’Europe chrétienne, Paris, Seuil, 2008 [compte-rendu par Blaise Dufal]
  • Anneliese Nef, Conquérir et gouverner la Sicile islamique aux XIe et XIIe siècles (B.E.F.A.R.), Rome, 2011.
  • Claire Soussen, Judei Nostri. Juifs et chrétiens dans la Couronne d’Aragon à la fin du Moyen Âge, Toulouse, Méridiennes, 2011.
  • Christophe Cailleaux, « Chrétiens, juifs et musulmans dans l’Espagne médiévale. La convivencia et autres mythes historiographiques », Cahiers de la Méditerranée [En ligne], 86 | 2013, mis en ligne le 15 décembre 2013, consulté le 24 septembre 2019. URL :
  • Florian Besson et al., Chrétiens, juifs et musulmans – Pouvoirs et minorités dans l’espace méditerranéen – XIe-XVe siècles, Neuilly, Atlande, 2018.
  • Collectif, Actuel Moyen âge, l’aventure continue, Paris, Arkhê, 2019.

72. Fantômes d’ancien régime, avec Caroline Callard

L’invitée : Caroline Callard, directrice d’études à l’EHESS

Le livre : Le temps des fantômes. Spectralités de l’âge moderne (XVIe-XVIIe siècle), Paris, Fayard, 2019.

La discussion :

  • L’origine de ce travail, et le pullulement des fantômes à l’époque moderne qu’il permet de saisir (1:00)
  • Une enquête au croisement de plusieurs fils historiographiques : histoire de la mort, anthropologie historique des revenants, sociologie pragmatique du surnaturel (3:50)
  • Quelles traces documentaires des fantômes ? Plus facile à trouver dans les imprimés que dans les archives… (6:20)
  • Un vocabulaire pour désigner les fantômes qui n’est pas stabilisé, malgré des efforts de nomenclature (9:50)
  • Une grande variété d’apparences visuelles pour les fantômes hors de tout code de représentation aux XVIe-XVIIe siècles (11:40)
  • Extrait audio commenté : Hamlet, I, 4 (interprétation de Jean Marais)
  • Historiciser le rapport aux fantômes dans une « conjoncture panique » des XVIe-XVIIe siècles (17:30)
  • Les fantômes saisis au prisme du droit, à travers les histoires de maisons hantées (et de rupture de bail) en particulier (18:45)
  • Comment établir une distinction entre rapports médiévaux aux spectres et usages dans la première modernité ? (21:45)
  • La présence genrée des fantômes, lisible dans une apparition à Dole en 1628, dans un contexte pourtant de chasse aux sorcières (27:05)
  • Des fantômes qui agissent et interagissent avec les vivants, sans que la question de la croyance ne soit forcément centrale pour les comprendre (32:00)
  • Les différents registres de la croyance, de la crédulité, du scepticisme et de l’incrédulité (35:20)
  • Le rôle politique des fantômes à travers celui de Concini , tué en 1617 (39:35)

Les références citées dans l’émission :

  • Kathryn A. Edwards and Susie Speakman Sutch (éd.), Leonarde’s ghost. Popular piety and The appearance of a spirit in 1628, (Sixteenth Century Essays & Studies, 82.), Kirksville, Missouri, Truman State University Press, 2008.
  • Jean Bazin, Des clous dans la Joconde, Toulouse, Anacharsis, 2008.
  • Caroline Callard, Le Prince et la République. Histoire, pouvoir et société dans la Florence des Médicis, au XVIIe siècle, Paris, PUPS, 2007.
  • Elisabeth Claverie, Les guerres de la Vierge. Une anthropologie des apparitions, Paris, Gallimard, 2003
  • Colin Dayan, The law is a white dog, Princeton U.P., 2011.
  • Jean-Pascal Gay, Le dernier théologien ? Théophile Raynaud : histoire d’une obsolescence, Beauchesne, collection Théologie historique, n° 127, 2018.
  • Carlo Ginzburg, Les batailles nocturnes, Sorcellerie et rituels agraires en Frioul, XVIe-XVIIe siècles, Lagrasse, Editions Verdier, 1980.
  • Stephen Greenblatt, Shakespearean Negotiations. The Circulation of Social Energy in Renaissance England, University of California Press, 1989.
  • Hamlet in Purgatory, Princeton University Press
  • Sasha Handley, Visions of an Unseen World: Ghost Beliefs and Ghost Stories in Eighteenth-Century England. Pickering & Chatto, 2007.
  • Jean-Claude Schmitt, Les revenants. Les vivants et les morts dans la société médiévale, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des Histoires », 1994.
  • Natalie Zemon Davis, « Ghosts, Kin and Progeny: Some Features of Family Life in Early Modern France », Daedalus 106:2 (printemps 1977), p. 87-114.

Les conseils de lecture :

  • Vinciane Despret, Au bonheur des morts. Récits de ceux qui restent, Paris, La Découverte, coll. « Les Empêcheurs de penser en rond », 2015
  • Manuel Vilas, Ordesa, éditions du sous-sol, 2019.
  • Guillaume Cuchet, Les Voix d’outre-tombe. Tables tournantes, spiritisme et société au XIXe siècle, Paris, Éditions du Seuil, coll. « L’Univers historique », 2012

Illustrations :

La descente du Marquis d’Ancre aux Enfers, son combat et son rencontre avec Maistre Guillaume ensemble le dialogue avec la Galligaya, & de Misoquin esprit follet, qui luy emeine son Mary. La rencontre dudict Esprit avec l’Ange Gardien de Monsieur le Prince, Paris, Abraham Saugrain, 1617, p. 15.

Daniel Rabel (1578-1637), album du Ballet du Chasteau de Bicêtre (1632), Seconde et première entrées des fantômes, aquarelle, encre brune, plume (dessin), 28,5×44 cm (Louvre, cabinet des Estampes)

 

 

68. Pouvoir et religion dans le monde romain (218 av. J-C / 235 ap. J-C, question d’agrégation 2020), avec Meriem Sebaï

L’invitée: Meriem Sebaï, maître de conférences à l’université Paris-I

Préparatifs d’un sacrifice à Mars. Bas-relief dit de Domitius Ahenobarbus, fin du IIe s. av. J.-C., Musée du Louvre.

Le thème : nouvelle question au programme de l’agrégation d’histoire pour 2020 : « Religion et pouvoir dans le monde romain de 218 avant notre ère à 235 de notre ère »
Consulter l’émission portant sur la question d’histoire médiévale.

Avertissement : l’entretien, réalisé à titre individuel, et les conseils donnés, ne reflètent pas une position officielle du jury de l’agrégation externe d’histoire.

La discussion :

  • Une question d’histoire religieuse reflétant une historiographie à maturité (1’00)
  • Le sens du cadre chronologique donné pour le programme, avec l’importance de la date de 212 à la fin de la période (3’05)
  • Une question qui n’est pas centrée sur la christianisation de l’empire (6’45)
  • La césure de la période augustéenne (7’45) et la notion de « culte impérial » (8’30)
  • La tension entre nouveautés religieuses et retour aux traditions à Rome (10’10)
  • La spécificité du vocabulaire romain en matière de cultes, centrés sur des pratiques (11’45)
  • Le cadre géographique de la question, dont la définition n’est pas  entièrement nette (15’15)
  • L’arrivée à Rome de cultes et de divinités venues d’ailleurs (17’00)
  • Des tensions et réticences envers ces nouveautés comme lors des Bacchanales (20’30)
  • Les effets religieux des guerres civiles (21’30)
  • Les rapports entre Rome et les monothéismes (23’10)
  • La place de John Scheid et de ses travaux dans l’historiographie de la question (24’35)
  • Quelles sources aborder pour se confronter à la question ? (29’30)
  • Conseils de lecture (33’)

Les conseils de lecture :
– John Scheid, La religion des Romains, Paris, Armand Colin, « Cursus », 3e éd., 2017.
– John Scheid, Religion et piété à Rome, Paris, Albin Michel, 2001.
– François Jacques et John Scheid, Rome et l’intégration de l’Empire. 44 av. J.-C- 260 ap. J.-C., Tome 1. Les structures de l’empire romain, Paris, PUF, « Nouvelle clio » 1990
– William Van Andringa, Quotidien des dieux et des hommes : la vie religieuse dans les cités du Vésuve à l’époque romaine, Rome, École française de Rome, 2009.
– Audrey Bertrand, La religion publique des colonies dans l’Italie républicaine et impériale (Italie médio-adriatique, IIIe s. av. n.è.-IIe s. de n.è.), Rome, École française de Rome, 2015
– Yann Berthelet, Gouverner avec les dieux. Autorité, auspices et pouvoir, sous la République romaine et sous Auguste, Belles Lettres, collection « Mondes anciens », Paris, 2015

67. Écrit, pouvoirs et société en occident XIIe-XIVe s. (question d’agrégation 2020), avec Antoine Destemberg

L’invité : Antoine Destemberg, maître de conférences à l’université d’Artois

Charte de Philippe Auguste, 1203, commentée en ligne sur le site THELEME

Le thème : nouvelle question au programme de l’agrégation d’histoire et du CAPES d’histoire-géographie pour 2020 : « écrit, pouvoirs et société en occident début XIIe fin XIVe (France, Angleterre, péninsule italienne, péninsule ibérique) »
Consulter l’émission portant sur la question d’histoire antique.

Avertissement : l’entretien, réalisé à titre individuel, et les conseils donnés, ne reflètent pas une position officielle du jury de l’agrégation externe d’histoire.

La discussion :

  • Une histoire à la fois sociale, culturelle et politique de l’écrit, qui a connu de forts renouvellements (1’45)
  • La coupure entre lettrés et illettrés désormais relativisée suite aux travaux de Jack Goody notamment (3’01)
  • Le lien entre accroissement du recours à l’écrit et affirmation des pouvoirs (5’40)
  • La perte des archives de Philipe Auguste à la bataille de Fréteval (1194) comme marqueur d’une prise de conscience d’une importance de l’écrit pour le pouvoir royal (7’40)
  • L’importance du droit et de l’outil juridique s’insérant dans les relations sociales à partir du XIIe s. (9’10)
  • Le recours de l’Église et des pouvoirs laïcs à des professionnels de l’écrit souvent formés dans les universités et les écoles (11’40)
  • Des compétences scripturaires encore rares dans une « société du manuscrit » (14’15)
  • Les différents types d’écoles qui ouvrent l’accès à l’écrit (15’20)
  • Différentes cultures de l’écrit dans les différents espaces géographiques au programme ? (17’15)
  • L’impossibilité de quantifier le recours à l’écrit, même si on réévalue à la hausse la proportion de la population urbaine lettrée (20’50)
  • L’accès au texte sacré de la Bible comme enjeu de pouvoir au Moyen âge (22’10)
  • L’écrit hagiographique comme enjeu, à travers l’exemple de François d’Assise (24’45)
  • Quelle périodisation pour cette question ? Pour la « révolution de l’écrit », l’essor de l’écrit pratique, du papier ? (27’)
  • Conseils de lecture (33’)

Les références citées et les lectures suggérées :

Manuels généraux et par espaces géographiques
– Histoire de France (collection Belin, volumes de Florian Mazel, Jean-Christophe Cassard, Boris Bove)
– Franck Collard, Pouvoirs et culture politique dans la France médiévale (Ve-XVe siècle), Paris, Hachette, « Carré histoire », 1999.
– Philippe Contamine, Histoire de la France politique, Paris, Seuil, coll. »Points », 2006.
– Jean-Pierre Delumeau et Isabelle Heullant-Donat, L’Italie au Moyen âge, Ve-XVe siècle, Paris, Hachette, « Carré histoire », 2000.
– François Menant, L’Italie des communes, 1100-1350, Paris, Belin, 2005.
– Denis Menjot, Les Espagnes médiévales, 409-1474, Paris, Hachette, « Carré histoire », 1996.
– Jean-Philippe Genet, Les îles britanniques au Moyen âge, Paris, Hachette, « Carré histoire », 2005.

Manuels et synthèses permettant d’aborder la question
Jean-Philippe Genet, La mutation de l’éducation et de la culture médiévales. Occident chrétien (XIIe-milieu du XVe siècle), 2 vol., Paris, Seli Arslan, 2000.
– Nathalie Gorochov et Cédric Giraud, Histoire culturelle du Moyen âge en occident, Paris, Hachette, 2019.
– Michel Sot, Anita Guerreau-Jalabert, Jean-Patrice Boudet, Histoire culturelle de la France, t. 1 : Le Moyen âge, Paris, Seuil, coll. « Points », 2005.

Articles
Paul Bertrand, « À propos de la révolution de l’écrit (Xe-XIIIe s.). Considérations inactuelles »
– Pierre Chastang, « L’archéologie du texte médiéval. Autour des travaux récents sur l’écrit au Moyen âge »
– Joseph Morsel, « Ce qu’écrire veut dire au Moyen âge. Observations préliminaires à une étude de la scripturalité médiévale »

Ouvrages spécialisés, approches des sources
Antoine Destemberg, L’honneur des universitaires au Moyen Âge. Étude d’imaginaire social, Paris, PUF, «Le nœud gordien», 2015.
– Paul Bertrand, Les écritures ordinaires : Sociologie d’un temps de révolution documentaire (entre royaume de France et Empire, 1250-1350), Paris, Publications de la Sorbonne, 2015.
– Michael T. Clanchy, From Memory to written record. England 1066-1337, Oxford, Blackwell, 1979.
– Étienne Anheim, Clément VI au travail. Lire, écrire, prêcher au xive siècle, Paris, Publications de la Sorbonne, 2014 (compte-rendu par Marie Lezowski)
– Didier Lett, Un procès de canonisation au Moyen Âge. Essai d’histoire sociale, Paris, Presses Universitaires de France («  Le nœud gordien  »), 2008 (compte-rendu par A. Destemberg)
– Olivier Guyotjeannin, Les sources de l’histoire médiévale, Paris, Le livre de poche, 1998.
– Olivier Guyotjeannin, Jacques Pycke et Benoît-Michel Tock, Diplomatique médiévale, Turnhout, Brepols, 1993, rééd., 2006.

Sites internet :

MENESTREL
Theleme (Techniques pour l’historien médiéviste)
Base des manuscrits enluminés
Le livre médiéval, exposition virtuelle de la BNF

 

64. Bibliothèque idéale et participative (1) : Mondes anciens

Premier épisode d’une série réalisée grâce aux contributions des auditrices et des auditeurs du podcast, qui ont envoyé un bref éloge d’un livre d’histoire les ayant marqués. Dans ce premier volet sont évoqués les mondes anciens de l’Afrique, de la Méditerranée, ou encore de l’Europe médiévale. Merci pour ces envois!

Le second volet porte sur les temps modernes (du XVIe au XVIIIe siècle), le troisième sur l’époque contemporaine et l’historiographie.

Les livres présentés :

– François-Xavier Fauvelle, L’Afrique ancienne, de l’Acacus au Zimbabwe, Paris, Belin, 2018 (par Anthony Guyon)

– Pierre Vidal-Naquet, Le chasseur noir, formes de pensée et formes de société dans le monde grec, Paris, F. Maspero, 1981, rééd. La Découverte, 2005 (par Cadensia)

– Yann Le Bohec, Histoire des guerres romaines, Paris, Tallandier, 2017 (par Gildas le Quentrec)

– Johann Chapoutot, Le national-socialisme et l’Antiquité, Paris, PUF, 2008 (par Krokogyptienne)

– Karol Modzelewski, L’Europe des barbares. Germains et Slaves face aux héritiers de Rome, Paris,  Aubier, 2006 (par Emilie Mitsakis)

– Anders Winroth, Au temps des Vikings, Paris, La découverte, 2018 (par Ragenold)

– Jacques Dalarun, Dieu changea de sexe, pour ainsi dire. La religion faite femme, XIe-XVe siècle, Paris, Fayard, 2008 (par Noémie Marijon).

 

 

59. Revisiter la IIIe République, avec Mathieu Marly

L’invité: Mathieu Marly, chercheur post-doctoral et secrétaire du LabEx EHNE.

Le thème : le projet républicain 1870-1914 (nouveaux programmes de Première)

La discussion:

  • Une histoire prise dans des « fantasmes nostalgiques »
  • La nuance entre « modèle » et « projet » républicain
  • La tension propre à la IIIe République, entre défense de l’ordre, et défense des libertés
  • Ne pas idéaliser l’acte de vote sous la IIIe République
  • La dimension militaire du régime, qui participe de son modèle genré
  • Une sociabilité politique favorisée par la loi sur les débits de boisson de 1880
  • Les meetings politiques (extrait de la chanson de Mac-Nab, « Le grand métingue du métropolitain », par Marc Ogeret)
  • Un système scolaire à la fois universel et inégalitaire, révélateur des contradictions d’un « habitus national » méritocratique
  • Une histoire de l’échec scolaire qui reste à faire sous la IIIe République
  • Une sphère politique qui reste peu ouverte socialement
  • L’armée comme outil pour discipliner le corps social, à travers notamment ses bagnes coloniaux
  • La loi de 1905 comme révélateur non seulement du conflit religieux mais aussi de formes d’accommodement entre les catholiques et la République
  • L’inscription physique et symbolique de la République dans l’espace, et à travers des cérémonies et rituels
  • Un commentaire de deux documents du début des années 1880 (tableaux d’Alfred Roll et Edouard Detaille, p. 176-177 du manuel Nathan / S. Cote 1e)
  • Le lien entre République et patriotisme
  • L’efficacité du projet républicain visible lors de la mobilisation de 1914

Les références citées dans le podcast :

– Jean-François Chanet, L’École républicaine et les petites patries, préface de Mona Ozouf, Paris, Aubier, 1996
– Christophe Charle, Les élites de la République, 1880-1900, Paris, Fayard, 1987.
– Christophe Charle, La Crise des sociétés impériales. Allemagne, France, Grande-Bretagne (1900-1940). Essai d’histoire sociale comparée, Paris, Seuil, 2001.
– Paula Cossart, Le meeting politique. De la délibération à la manifestation (1868-1939), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2010.
– Alain Garrigou, Histoire sociale du suffrage universel en France (1848-2000), Paris, Seuil, 2002.
– Dominique Kalifa, Biribi. Les bagnes coloniaux de l’armée française, Paris, Perrin, 2009.
– Nicolas Mariot, Bains de foule. Les voyages présidentiels en province, 1888-2002, Belin, coll. « socio-histoires », 2006
– Mathieu Marly, Distinguer et Soumettre. Une histoire sociale de l’armée française (1872-1914), à paraître aux Presses Universitaires de Rennes en août 2019.

Le conseil de lecture :
– Nicolas Mariot, Tous unis dans la tranchée ? 1914-1918, les intellectuels rencontrent le peuple, Éd. du Seuil, coll. « L’Univers historique », 2013.

 

31. Ecclésiastiques en débauche à Paris au XVIIIe siècle, avec Myriam Deniel Ternant

L’invitée : Myriam Deniel Ternant, docteure en histoire, enseignante.

Le livre : Ecclésiastiques en débauche, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2017.

La discussion : les origines du travail, entre représentations littéraires de la sexualité des ecclésiastiques et curiosité pour les mutations religieuses du XVIIIe siècle (1’30), le thème de l’inconduite sexuelle du clergé, qui existe depuis le Moyen âge (5’50), la difficulté d’une mesure diachronique de la « débauche » ou de la « moralisation » du clergé (6’50), le travail mené sur les sources policières parisiennes, et leurs spécificités (8’25), des registres plus ou moins loquaces, au langage inégalement policé (9’20), Paris, observatoire des mœurs et lieu de convergence de clercs d’horizons variés (12’20), les normes de chasteté qui sont censées être observées par le clergé (14’50), une « chasse aux abbés » autour de 1750, aux causes multiples, discutées et compliquées dont le conflit autour du jansénisme (17’30), un arrière-plan troublé par l’attentat de Damiens en 1757 (20’30), le vocabulaire assez vague des rapports d’arrestation et la difficulté d’une étude sérielle (22’15), un corpus où clergé régulier et haut clergé restent peu visibles (23’30), une géographie de la prostitution centrée sur le Palais-Royal, et dont des ecclésiastiques s’échangent les adresses (24’35), un rapport particulier au corps et à la nudité (26’10), des pratiques sexuelles marquées par les attouchements, par la flagellation parfois (27’10), des rapports sexuels avec des prostituées qui alternent avec des pratiques de couple ou de concubinage (29’30), les réactions de la société à ce qui est perçu, parfois, comme déviance ou scandale, et les éléments déclencheurs d’éventuelles poursuites (31’30), les liens entre ces déviances du clergé et la thèse discutée d’une “déchristianisation” au XVIIIe siècle (36’45), la difficulté de mener de front une thèse et l’enseignement dans le secondaire (38′).

Sources et références mentionnées dans le podcast :
– Boyer d’Argens, Thérèse philosophe, in Patrick Wald Lasowski, Romanciers libertins du xviiie siècle, Paris, Gallimard, 2000 [1748].
– Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, Genève, Slatkine Reprints, 1979 [1782]
– Erica-Marie Benabou, La Prostitution et la police des mœurs au xviiie siècle, Paris, Perrin, 1987.
– Robert Muchembled, Les Ripoux des Lumières. Corruption policière et Révolution, Paris, Seuil, 2011.
– Clyde Plumauzille, Prostitution et révolution, Paris, Champ Vallon, 2016.

Les conseils de lecture :
Sylvie Steinberg (dir.), Une histoire des sexualités, Paris, PUF, 2018.
Katrina Kalda, Arithmétique des dieux, Paris, Gallimard, 2013.