76. Relire Le Fromage et les vers de Carlo Ginzburg, avec Marie Lezowski et David Dominé-Cohn

Les invité-e-s : Marie Lezowski (maîtresse de conférences en histoire moderne à l’université d’Angers), David Dominé-Cohn (professeur d’histoire et doctorant en histoire médiévale)

Le livre : Carlo Ginzburg, Le Fromage et les vers. L’univers d’un meunier au XVIe siècle, Paris, Aubier, 1980 [1976].

La discussion :

  • Résumé du livre : le procès d’inquisition de Domenico Scandella, dit Menocchio, un meunier à la cosmogonie originale et contredisant les enseignements de l’Église (1’45)
  • La forme originale de l’ouvrage, personnelle, éclatée, suivant la logique du dossier d’inquisition (4’45)
  • La thèse forte de Ginzburg sur les idées de Menocchio nées du croisement entre l’imprimerie et un fond de croyances paysannes (6’50)
  • Comment ce livre est devenu un classique de l’historiographie, et comment les invité-e-s ont rencontré le livre (8’10)
  • Le contexte d’écriture du livre, et la figure de Carlo Ginzburg (11’30)
  • Une attention, à travers Menocchio, aux dominés et aux persécutés (14’20)
  • La remise en cause partielle de l’histoire des « mentalités » (17’00)
  • L’influence de Marc Bloch sur Carlo Ginzburg (18’20)
  • Une idéalisation du monde paysan chez l’auteur (20’)
  • La méthode philologique de Carlo Ginzburg, et sa lecture très particulière des sources inquisitoriales (21’50)
  • Le travail de Carlo Ginzburg sur les écarts entre questions des inquisiteurs et réponses de Menocchio (25’35)
  • Les rapports entre Menocchio et ses voisins de village ou son auditoire, en lien avec le rôle social d’un meunier (29’15)
  • Comment un meunier du Frioul sait-il lire ? Quels livres, et comment les lit-il ? (31’45)
  • Présentation de la microstoria, les liens qu’elle fait entre « cas » et contexte, sa capacité à « prendre au sérieux l’anomalie » (35’10)
  • Menocchio, un personnage dont les conceptions religieuses propres entrent en résonance avec des thèmes issus de la Réforme protestante (38’15)
  • La mise en scène narrative opérée par Carlo Ginzburg, qui a songé écrire ce livre à la façon des Exercices de style de Queneau (39’45)
  • Quel regard porter aujourd’hui sur le cas Menocchio ? (41’40)
  • Un rapprochement entre Menocchio, et Louis-François Pinagot, ce sabotier de l’Orne étudié par Alain Corbin ? (43’)
  • Un livre admirable mais dont les conclusions sur un « substrat oral » d’une culture paysanne sont fragiles (43’45)
  • La postérité du livre, pour l’étude des croyances « hors normes » (46’30)

Les conseils de lecture :

  • Samir Boumediene, La colonisation du savoir. Une histoire des plantes médicinales du « Nouveau Monde » (1492-1750), Vaulx-en-Velin, Éditions des Mondes à faire, 2016.
  • Carlo Ginzburg, « Signes, traces, pistes : racines d’un paradigme de l’indice », Le Débat, 6, 1980, p. 3-44.

Les références bibliographiques (par ordre alphabétique) :

  • Patrick Boucheron, « Préface », Le Fromage et les vers, Paris, Flammarion, coll. Champs, 2018.
  • Jean Boutier et Philippe Boutry, « L’invention historiographique. Autour du dossier Menocchio », Enquête, 3, 1996, mis en ligne le 11 juillet 2013.
  • Alain Corbin, Le monde retrouvé de Louis-François Pinagot, sur les traces d’un inconnu, 1798-1876, Paris, Flammarion, 1998
  • Andrea Del Col, ed., Domenico Scandella detto Menocchio : i processi dell’Inquisizione (1583-1599), Pordenone, Edizioni Biblioteca dell’Immagine, 1990.
  • Lucien Febvre, Le Problème de l’Incroyance au XVIe siècle. La Religion de Rabelais, Paris, Albin Michel, coll. « L’évolution de l’Humanité », 1942 ; Autour de l’Heptaméron. Amour sacré, Amour profane, Paris, Gallimard, 1944.
  • Carlo Ginzburg, Les Batailles nocturnes, Lagrasse, Verdier, 1980 [1966] ; Le fil et les traces. Vrai faux fictif, Lagrasse, Verdier, 2010 [2006].
  • Emmanuel Le Roy Ladurie, Le Carnaval de Romans. De la Chandeleur au mercredi des Cendres : 1579-1580, Paris, Gallimard, 1979.
  • Robert Muchembled, La Sorcière au village, XVe-XVIIIe siècle, Paris, Gallimard, 1979.
  • Jacques Revel (dir.), Jeux d’échelles. La micro-analyse à l’expérience, Paris, Gallimard et Le Seuil, coll. Hautes Études, 1996
  • Martin Rueff, « L’historien et les noms propres », Critique, 2011/6-7 (n° 769-770), p. 514-532.

72. Fantômes d’ancien régime, avec Caroline Callard

L’invitée : Caroline Callard, directrice d’études à l’EHESS

Le livre : Le temps des fantômes. Spectralités de l’âge moderne (XVIe-XVIIe siècle), Paris, Fayard, 2019.

La discussion :

  • L’origine de ce travail, et le pullulement des fantômes à l’époque moderne qu’il permet de saisir (1:00)
  • Une enquête au croisement de plusieurs fils historiographiques : histoire de la mort, anthropologie historique des revenants, sociologie pragmatique du surnaturel (3:50)
  • Quelles traces documentaires des fantômes ? Plus facile à trouver dans les imprimés que dans les archives… (6:20)
  • Un vocabulaire pour désigner les fantômes qui n’est pas stabilisé, malgré des efforts de nomenclature (9:50)
  • Une grande variété d’apparences visuelles pour les fantômes hors de tout code de représentation aux XVIe-XVIIe siècles (11:40)
  • Extrait audio commenté : Hamlet, I, 4 (interprétation de Jean Marais)
  • Historiciser le rapport aux fantômes dans une « conjoncture panique » des XVIe-XVIIe siècles (17:30)
  • Les fantômes saisis au prisme du droit, à travers les histoires de maisons hantées (et de rupture de bail) en particulier (18:45)
  • Comment établir une distinction entre rapports médiévaux aux spectres et usages dans la première modernité ? (21:45)
  • La présence genrée des fantômes, lisible dans une apparition à Dole en 1628, dans un contexte pourtant de chasse aux sorcières (27:05)
  • Des fantômes qui agissent et interagissent avec les vivants, sans que la question de la croyance ne soit forcément centrale pour les comprendre (32:00)
  • Les différents registres de la croyance, de la crédulité, du scepticisme et de l’incrédulité (35:20)
  • Le rôle politique des fantômes à travers celui de Concini , tué en 1617 (39:35)

Les références citées dans l’émission :

  • Kathryn A. Edwards and Susie Speakman Sutch (éd.), Leonarde’s ghost. Popular piety and The appearance of a spirit in 1628, (Sixteenth Century Essays & Studies, 82.), Kirksville, Missouri, Truman State University Press, 2008.
  • Jean Bazin, Des clous dans la Joconde, Toulouse, Anacharsis, 2008.
  • Caroline Callard, Le Prince et la République. Histoire, pouvoir et société dans la Florence des Médicis, au XVIIe siècle, Paris, PUPS, 2007.
  • Elisabeth Claverie, Les guerres de la Vierge. Une anthropologie des apparitions, Paris, Gallimard, 2003
  • Colin Dayan, The law is a white dog, Princeton U.P., 2011.
  • Jean-Pascal Gay, Le dernier théologien ? Théophile Raynaud : histoire d’une obsolescence, Beauchesne, collection Théologie historique, n° 127, 2018.
  • Carlo Ginzburg, Les batailles nocturnes, Sorcellerie et rituels agraires en Frioul, XVIe-XVIIe siècles, Lagrasse, Editions Verdier, 1980.
  • Stephen Greenblatt, Shakespearean Negotiations. The Circulation of Social Energy in Renaissance England, University of California Press, 1989.
  • Hamlet in Purgatory, Princeton University Press
  • Sasha Handley, Visions of an Unseen World: Ghost Beliefs and Ghost Stories in Eighteenth-Century England. Pickering & Chatto, 2007.
  • Jean-Claude Schmitt, Les revenants. Les vivants et les morts dans la société médiévale, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des Histoires », 1994.
  • Natalie Zemon Davis, « Ghosts, Kin and Progeny: Some Features of Family Life in Early Modern France », Daedalus 106:2 (printemps 1977), p. 87-114.

Les conseils de lecture :

  • Vinciane Despret, Au bonheur des morts. Récits de ceux qui restent, Paris, La Découverte, coll. « Les Empêcheurs de penser en rond », 2015
  • Manuel Vilas, Ordesa, éditions du sous-sol, 2019.
  • Guillaume Cuchet, Les Voix d’outre-tombe. Tables tournantes, spiritisme et société au XIXe siècle, Paris, Éditions du Seuil, coll. « L’Univers historique », 2012

Illustrations :

La descente du Marquis d’Ancre aux Enfers, son combat et son rencontre avec Maistre Guillaume ensemble le dialogue avec la Galligaya, & de Misoquin esprit follet, qui luy emeine son Mary. La rencontre dudict Esprit avec l’Ange Gardien de Monsieur le Prince, Paris, Abraham Saugrain, 1617, p. 15.

Daniel Rabel (1578-1637), album du Ballet du Chasteau de Bicêtre (1632), Seconde et première entrées des fantômes, aquarelle, encre brune, plume (dessin), 28,5×44 cm (Louvre, cabinet des Estampes)

 

 

70. Sciences et savoirs à l’époque moderne, avec Axelle Chassagnette

L’invitée : Axelle Chassagnette, Maîtresse de conférences en histoire moderne, Université Lumière Lyon 2

Le thème : Sciences et techniques au XVIIe-XVIIIe siècles, nouvelle question au programme de 2nde pour la rentrée 2019, en lien avec le chapitre rédigé dans l’ouvrage historiographique : Sébastien Cote, Emmanuelle Picard (dir.), Regards historiques sur Nations empires et nationalités de 1789 aux lendemains de la Première Guerre mondiale, Paris, Nathan, 2019.

La discussion :

  • Le regard d’une universitaire spécialiste de ces questions sur l’inscription au programme de 2nde de l’histoire des sciences (1’20)
  • Les difficultés pour enseignants et étudiants à s’approprier le contenu même des sciences de l’époque (3’05)
  • Un vocabulaire de la « science » qui n’est pas le même à l’époque moderne et aujourd’hui, et qui n’a pas les mêmes cloisonnements entre philosophie, théologie, savoirs relatifs à la nature… (5’20)
  • La notion de « révolution scientifique », qui a aujourd’hui été revisitée et nuancée (7’50)
  • Comment faire pour enseigner la période sans la réduire à une liste des « grandes figures » comme Galilée et Newton ? (11’50)
  • La place accordée aux femmes dans le programme, et le nécessaire rappel du statut minoritaire de figures comme Émilie du Châtelet (14’30)
  • La question des rapports entre sciences et Églises, qui ne se réduisent pas à des confrontations (16’10)
  • Les circulations des savoirs entre sphère savante et usages populaires (20’10)
  • Le rôle des États dans la construction des sciences, qui peuvent devenir des instruments de gouvernement (22’15)
  • La question des langues, et les circulations géographiques des savoirs, ainsi que les mutations de l’édition (25’20)
  • Les objets (télescope, microscope…) qui restent imparfaits à l’époque moderne, comme en attestent les observations de Galilée (30’15)
  • La circulation des savants en Europe (32’40)
  • Analyse d’un document : Michel van der Muischer, Médecin dans son cabinet, 1680 (35’00)

Les conseils de lecture et les références citées dans le podcast :

– Michel Lagrée, La Bénédiction de Prométhée. Religion et technologie, Paris, Fayard, 2000.
– Simone Mazauric, Histoire des sciences à l’époque moderne, Paris, Armand Colin, 2009
– Steven Shapin, Une histoire sociale de la vérité. Science et mondanité dans l’Angleterre du XVIIe siècle, Paris, La Découverte, 2014.
– Steven Shapin, La révolution scientifique, Paris, Flammarion, 1998.
L’affaire des faux Galilée

65. Bibliothèque idéale et participative (2) : Temps modernes

Second épisode d’une série réalisée grâce aux contributions des auditrices et des auditeurs du podcast, qui ont envoyé un bref éloge d’un livre d’histoire les ayant marqués. Dans ce deuxième volet est évoquée dans sa diversité ce qu’on a coutume d’appeler l’époque moderne : les Espagnols au “nouveau monde”, l’esclavage aux Antilles, la Fronde, les guerres de religion, l’affaire Calas…

Vous pouvez écouter la première émission portant sur l’histoire antique et médiévale, et la troisième sur l’époque contemporaine et l’historiographie.

Les livres conseillés:

  • Bartolomé et Lucile Bennassar, 1492, Un monde  nouveau ?, Paris, Perrin, 1991 (par Stéphane Descazeaux)
  • Bernal Diaz del Castillo, Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle-Espagne, Paris, La Découverte, 2009 (par Marc Jégou)
  • Nathan Wachtel, La vision des vaincus. Les Indiens du Pérou devant la conquête espagnole, 1530-1570 (par André Loez)
  • Frédéric Régent, La France et ses esclaves, de la colonisation aux abolitions (1620-1848), Paris, Grasset, 2007 (par Muriel Descas-Ravoteur)
  • Tyler Anbinder, La cité des rêves. New York, une histoire de 400 ans, Paris, Fayard, 2018 (par tolosamedia2)
  • Mike Dash, L’archipel des hérétiques. La terrifiante histoire des naufragés du Batavia, Paris, JC Lattès, 2002  (par Vincent Truffier-Blanc)
  • Robert Mandrou, Introduction à la France moderne 1500-1640, Paris, Albin Michel, 2e éd. 1998 (par Olivier Jandot)
  • Arlette Jouanna, Le devoir de révolte. La noblesse française et la gestation de l’État moderne, 1559-1661, Paris, Fayard, 1989 (par Fabien Lévy)
  • Janine Garrison, L’Affaire Calas, miroir des passions françaises, Paris, Fayard, 2004 (par Julie Duprat)
  • Lucien Bély, La société des princes, Paris, Fayard, 1999 (par Noémie Arnaud)
  • Sophie Vergnes, Les Frondeuses. Une révolte au féminin (1643-1661), Seyssel, Champ Vallon, 2013 (par Clara Coudon)
  • Edmond Dziembowski, La guerre de sept ans, Paris, Perrin, 2015 (par Gwendal Piégais)

 

57. Historiographie de l’État à l’époque moderne, avec Igor Moullier

L’invité : Igor Moullier, maître de conférences à l’ENS de Lyon

Le thème : l’affirmation de l’État en France à l’époque moderne / le modèle britannique au XVIIIe siècle (nouveaux programmes de Seconde)

La discussion :

  • Le regard que porte un moderniste sur le retour de l’histoire moderne, sous une forme plutôt traditionnelle, dans les programmes du lycée (1:15)
  • L’absolutisme, une notion moins évidente et plus discutée que par le passé (2:50)
  • Les relectures du règne de Louis XIV, notamment dans l’historiographie anglophone (6:00)
  • À quoi ressemble l’État moderne, en termes d’effectifs, encore limités ? (7:45)
  • La place qui reste centrale de la noblesse et d’autres acteurs sociaux même dans une monarchie dite « absolue » (9 :40)
  • La guerre au cœur des dynamiques d’affirmation de l’État au XVIIe siècle, et depuis la fin du Moyen âge (11:00)
  • L’impôt comme fil directeur possible d’une partie du programme de Seconde (12:30)
  • Les relectures de l’histoire britannique, aujourd’hui démythifiée par l’historiographie qui souligne les tensions qui précèdent et accompagnent l’avènement du parlementarisme (16:00)
  • Les enjeux des complexes révolutions britanniques du XVIIe siècle (19:15)
  • Les textes et pratiques du parlementarisme britannique (22:45)
  • Les circulations idéologiques à l’encontre de l’idée d’un “modèle” britannique simplement diffusé (26:25)
  • Les rapports entre États monarchiques et Églises en France et en Grande-Bretagne (27:15)
  • Les approches historiques qui ont réfléchi à la dimension spatiale de l’État, à sa maîtrise du territoire (30:25)
  • Une analyse de l’Habeas corpus de 1679 (33:30)

Les références citées dans le podcast:

  • John Brewer, The Sinews of Power. War, Money and the English State, 1688-1783, Londres, Unwin Hyman, rééd. Routledge, 1994
  • Pierre Goubert, Louis XIV et vingt millions de Français, Paris, Fayard, 1966.
  • Renaud Morieux, Une mer pour deux royaumes, La Manche, une frontière franco-anglaise (XVIIe – XVIIIe siècle), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008
  • Daniel Nordman, Frontières de France. De l’espace au territoire, XVIe-XIXe siècles, Paris, Gallimard, Bibliothèque des histoires, 1999

Les conseils de lecture :
Fanny Cosandey et Robert Descimon, L’Absolutisme en France. Histoire et historiographie, Paris, Seuil, « Points Histoire »/ »L’histoire en débats », 2002
– James Collins, La monarchie républicaine. État et société dans la France moderne, Odile Jacob, 2016.

55. Páscoa et son procès : une esclave entre Afrique et Brésil au XVIIe siècle, avec Charlotte de Castelnau-L’Estoile

L’invitée : Charlotte de Castelnau-L’Estoile, professeure d’histoire moderne à l’université Paris-Diderot

Le livre : Páscoa et ses deux maris. Une esclave entre Angola, Brésil et Portugal, Paris, PUF, 2019.

La discussion :

  • La vie et la condamnation pour bigamie d’une esclave (1:00), avec sa marge de liberté (“agency”)
  • Un cas trouvé dans les sources inquisitoriales (3:15)
  • L’inquisition portugaise, machine implacable et minutieuse (5:35)
  • Les regards critiques portés par les voyageurs étrangers à l’époque moderne sur la société brésilienne, remarquant la prégnance d’une religiosité baroque et de l’esclavagisme (9:15)
  • La structure de l’empire portugais entre Europe, Afrique et Brésil (10:35)
  • Les spécificités de l’esclavage en Angola, et ce qu’on peut savoir du statut de Páscoa (13:45)
  • L’Angola, dans un entre-deux linguistique et culturel (19:50)
  • La bigamie comme véritable « crime de l’empire » du fait des circulations dans cet espace (22:20)
  • Pourquoi l’Église et l’Inquisition accordent-elles tant d’importance au mariage des esclaves ? (23:35)
  • Les actions et réactions de Páscoa qui fait face à la procédure dirigée contre elle : contre-enquête, réactivation de réseaux, capacité à bâtir une défense et une argumentation (26’35)
  • La contradiction entre conception économique de l’esclavage (comme chose) et le mariage des esclaves (sacrement indissoluble) (28:40)
  • La fin de cette histoire avec le retour de Páscoa au Brésil, et dans sa condition d’esclave (30:35)
  • Les enjeux éthiques et méthodologiques qu’implique l’écriture de cette histoire (33:15)

Les conseils de lecture :
– Le “roman documentaire” de Thorkild Hansen en trois volumes, dont deux traduits (Actes sud): La Côte des esclaves (1990), Les bateaux négriers (1996).
– Gisli Palsson, L’homme qui vola sa liberté. Odyssée d’un esclave, Gaïa éditions, 2018.

 

51. Délices du feu et morsures du froid dans la France d’Ancien régime, avec Olivier Jandot

L’invité : Olivier Jandot, agrégé et docteur en histoire moderne, enseignant au lycée Gambetta-Carnot d’Arras et à l’Université d’Artois

Le livre : Les délices du feu. L’homme, le chaud et le froid à l’époque moderne, Champ Vallon, 2018.

La discussion : l’effort de contextualisation et d’imagination à produire pour comprendre les notations du passé concernant le froid et l’hiver ; le « grand hiver » de 1709 et les raisons de sa notoriété ; la nécessité de croiser les sources (médicales, du for privé) pour comprendre ce rapport au froid, et l’utilisation des sources iconographiques, en lien avec les travaux des médiévistes ; la vulnérabilité face au froid des sociétés anciennes, illustrée par la régularité des morts de froid ; l’absence d’isolation thermique de l’habitat ancien, compensée par des « espaces gigognes » ; la fracture géographique et culturelle entre cheminées et poêles ; la nécessité d’économiser le bois, et de se chauffer avec des combustibles de substitution ; un enjeu social qui s’aggrave avec une crise forestière perçue au XVIIIe siècle ; les instruments de chauffage portatifs ; la persistance de ce rapport au froid tard au XXe siècle, illustrée par la chanson « Bonhomme » de Georges Brassens (1958, extrait sonore) avec le bois mort, « chauffage du pauvre » ; un rapport à la chaleur socialement différencié mais qui touche aussi les puissants ; a chaleur humaine et animale comme solution face au froid ; l’évolution majeure décelable au XVIIIe siècle à partir notamment de la Mécanique du feu de Nicolas Gauger (1713) ; la circulation des savoirs (Benjamin Franklin) avec une prise en compte scientifique de la chaleur ; un discours critique sur la demande sociale de chaleur, lisible chez Rousseau par exemple.

Musique de générique : Henry Purcell (livret de John Dryden), King Arthur, 1691, interprété par le Deller Consort (Nigel Beavan, basse), acte III, « Air du froid »

COLD GENIUS
What power art thou, who from below
Hast made me rise unwillingly and slow
From beds of everlasting snow?
See’st thou not how stiff and wondrous old,
Far unfit to bear the bitter cold,
I can scarcely move or draw my breath?
Let me, let me freeze again to death.

Les conseils de lecture :
– André Bucher. Déneiger le ciel. Sabine Wespieser, 2007.
– Françoise Waquet, Histoire émotionnelle des savoirs, CNRS, 2019.

 

42. L’opposition aux vaccins (XVIIIe-XIXe s.), avec Laurent-Henri Vignaud

L’invité : Laurent-Henri Vignaud, Maître de conférences à l’université de Bourgogne Le livre : Antivax. La résistance aux vaccins du XVIIIe siècle à nos jours, Paris, Tallandier, 2019.

La discussion : la défiance française envers les vaccins (1’) ; le contexte du XVIIIe siècle où la variole est d’une grande dangerosité (2’) ; les pratiques d’inoculation contre la variole, venues de l’empire ottoman (3’30) ; les craintes liées à une pratique contre-intuitive, consistant à introduire la maladie dans l’organisme pour s’en prémunir, à une époque où l’on ne connaît pas les micro-organismes (5’05) ; les raisonnements des mathématiciens des Lumières soutenant l’inoculation, et les dilemmes de la protection individuelle / collective (7’55) ; la pratique de l’inoculation en lien avec les statuts sociaux des médecins, chirurgiens, barbiers (10’15) ; l’intérêt des élites pour cette pratique, mais des expérimentations faites sur des populations reléguées et dominées comme les prisonniers (11’50) ; ainsi, l’inoculation presque systématique des esclaves (14’00) ; des interrogations redoublées par la vaccination mise au point par Jenner à la fin du XVIIIe siècle (15’15) ; les craintes de la « minotaurisation » et les premiers opposants aux vaccins (17’30) ; l’enrichissement de Jenner ou Pasteur comme objet de soupçon, thème structurant du discours anti-vaccinal (18’50) ; les questions d’identité nationale qui font parfois obstacle aux vaccins, à l’époque napoléonienne notamment (20’05) ; une hostilité à la vaccination qui relève plus largement d’une défiance envers l’État, dans les campagnes en particulier (21’25) ; la Grande-Bretagne comme lieu maximal des conflits autour de la vaccination, faisant éclore des débats sur l’habeas corpus et l’objection de conscience (22’45) ; des liens entre mouvements ouvriers et antivaccinisme (26’35) ; et même avec le féminisme (28’30) ; le nouveau contexte de la médecine pastorienne, qui suscite des résistances importantes, et les méthodes parfois peu avouables de Pasteur (30’20) ; l’accident vaccinal comme argument des opposants aux vaccins, et la naissance de l’idée de consentement des patients dans les années 1930 (33’50) ; les liens entre antivaccinisme et thérapies « alternatives », ainsi que la perméabilité partielle du nazisme à l’antivaccinisme (36’50) ; le moment de l’après-Grande Guerre comme apogée de l’obligation vaccinale, dans la sphère militaire mais aussi coloniale (38’45).

Les références citées :
Yves-Marie Bercé, Le Chaudron et la lancette : croyances populaires et médecine préventive, 1798-1830, Paris, Presses de la Renaissance, 1984.
– Grégoire Chamayou, Les corps vils. Expérimenter sur les êtres humains aux XVIIIe et XIXe siècles, La Découverte, coll. « Les empêcheurs de penser en rond », 2008.
– Pierre Darmon, La longue traque de la variole : les pionniers de la médecine préventive, Paris, Perrin, 1985.
– Catriona Seth, Les rois aussi en mouraient. Les Lumières en lutte contre la petite vérole, Paris, Éditions Desjonquères, coll. « L’esprit des lettres », 2008.“The cow-pock, or : The wonderful effects of the new inoculation”, caricature de James Gillray (1802)

Le conseil de lecture : Nadia Durbach, Bodily Matters: The Anti-Vaccination Movement in England, 1853-1907, Durham, Duke UP, 2005.

38. La signature des peintres au XVIIIe siècle, avec Charlotte Guichard

L’invitée : Charlotte Guichard, directrice de recherches au CNRS

Le livre : La griffe du peintre, Paris, Seuil, « Univers historique illustré », 2018.La discussion : le titre du livre, la « griffe » entre métaphore animale, geste auctorial, et dispositif technique (1:40) ; la signature médiévale ou renaissante comme marque de l’atelier (4:15) ; le monogramme de Dürer, affirmation de l’auteur mais pas encore autographe (5:45) ; les raisons qui font émerger la signature dans le tableau au XVIIIe siècle (6:55) ; les transformations du statut de « l’auteur » dans la période, et sa manifestation dans la signature (7:45) ; l’émergence d’un public qui sait regarder différemment les tableaux et leurs signatures (10:20) ; en retour, la complexité des choix d’emplacements pour les signatures, chez Chardin ou Boilly (11:50) ; les conditions nouvelles de la notoriété des peintres via les Salons notamment (13:05) ; le jeu de la singularité et de la répétition pour de mêmes tableaux (15:30) ; un jeu de répétitions et d’échos encore compliqué par la gravure (18:00) ; la peinture de Fragonard comme « performance » visible dans sa signature (20:10) ; la signature, “signe défaillant” et indice non fiable, suivant les analyses de Carlo Ginzburg (23:00) la nouveauté de la logique du nom au XVIIIe siècle, en l’absence de cartel ou de cartouche sur le cadre, et le contexte « démocratique » de la naissance du cartel au moment de la Révolution française (24:10) ; la « forme tableau » elle-même non encore stabilisée au XVIIIe siècle, qui n’est pas seulement une image, et dont il faut faire l’histoire (26:25) ; signer de son nom, une forme d’émancipation pour un artiste d’atelier, à travers l’affaire Casanova-Loutherbourg (29:45) et la signature de femmes pourtant mineures juridiquement comme Élisabeth Vigée-Lebrun (33:30), la signature monumentale et personnelle à la fois de David (36:15) ; les réorganisations révolutionnaires du rapport au nom et à la signature (39:40) ; plus largement la nécessité de faire dialoguer l’histoire de l’art avec une histoire matérielle et sociale de la culture, où les artistes contribuent à définir la valeur de leurs œuvres (43:20).

Les références citées dans le podcast :
Pierre Bourdieu, Yvette Delsaut, « Le couturier et sa griffe : contribution à une théorie de la magie », Actes de la Recherche en sciences sociales, n°1, janvier 1975
– Béatrice Fraenkel, La Signature. Genèse d’un signe, Paris, Gallimard, 1992.
– Carlo Ginzburg, « Signes, traces, pistes. Racines d’un paradigme de l’indice », Le débat (nov. 1980), p. 3-44.
– Pierre-Michel Menger, Portrait de l’artiste en travailleur, Paris, République des Idées & Seuil, 2003.
– Luc Boltanski et Arnaud Esquerre, Enrichissement : une critique de la marchandise, Paris, Gallimard, coll. « NRF Essais », 2017.

Les conseils de lecture :
Svetlana Alpers, L’Art de dépeindre. La peinture hollandaise au XVIIᵉ siècle, Paris, Gallimard, « Bibliothèque illustrée des histoires », 1990
– Svetlana Alpers, L’atelier de Rembrandt. La liberté, la peinture et l’argent, Paris, Gallimard, 199
– Roger Chartier, Lectures et lecteurs dans la France d’Ancien Régime, Paris, Seuil, 1987.
– Sophie Cras, L’économie à l’épreuve de l’art, Art et capitalisme dans les années 1960, Dijon, Presses du Réel, 2018.

34. Conseils de lectures et coups de cœur 2018

Les conseils de Dimitri Tilloi d’Ambrosi (histoire antique, à 55 secondes dans le podcast) :

  • Jean-Paul Demoule, Alain, Schnapp, Dominique Garcia, Une histoire des civilisations (La Découverte/INRAP)
  • Neil McGregor, Une histoire du monde en 100 objets (Les Belles Lettres)
  • Véronique Boudon-Millot, Au temps de Galien, catalogue de l’exposition du musée royal de Mariemont (éd. Somogy)
  • Catherine Virlouvet, Patrice Faure et Nicolas Tran, Rome, cité universelle, de César à Caracalla (Belin)

Les conseils de Raphaëlle Leyris (littérature, à 5 minutes 25) :

Les conseils d’Etienne Anheim (histoire médiévale, à 9 minutes 45) :

Les conseils de Caroline Callard (histoire moderne, dans un café hélas un peu bruyant, à 19 minutes 20) :

  • Sanjay Subrahmanyam, L’Inde sous les yeux de l’Europe (Alma)
  • Liesbeth Correns, Confessional Mobility and English Catholics in Counter-Reformation Europe (Oxford UP)
  • Charlotte Guichard, La griffe du peintre (Seuil / « Univers historique illustré »)
  • Timothy Tackett, Anatomie de la Terreur (Seuil)

Le conseil de Florent Georgesco (essais, à 33 minutes 50) :

  • Umberto Eco, Sur les épaules des géants (Grasset)

Les conseils de Delphine Diaz (histoire du XIXe siècle, à 39 minutes 30) :

  • Thomas Bouchet, De colère et d’ennui. Paris, chronique de 1832 (Anamosa)
  • Mathilde Rossigneux-Méheult, Vies d’hospice. Vieillir et mourir en institution au XIXe siècle (Champ vallon)
  • Michel Biard (et. al.), Déportation et exils des conventionnels (Société des études robespierristes)

Les conseils de Pierre Grosser (histoire du XXe siècle / histoire internationale, à 51 minutes) :

Les conseils d’André Loez (podcast « Paroles d’histoire »)

  • Claude Gauvard, Condamner à mort au Moyen âge (PUF)
  • Renaud Morieux, Une mer pour deux royaumes (Presses universitaires de Rennes)
  • Gisli Pàlsson, L’homme qui vola sa liberté (Gaïa éditions)
  • Sylvain Venayre et Pierre Singaravélou, Histoire du monde au XIXe siècle (Fayard)
  • Renaud Meltz, Pierre Laval (Perrin)