84. La christianisation du monde viking, avec Stéphane Coviaux

L’invité : Stéphane Coviaux, professeur en classes préparatoires littéraires

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Le livre : La fin du monde viking, Paris, Passés composés, 2019.

Un objet mentionné dans le podcast (31′): moule de stéatite trouvé au Danemark, servant à forger des croix et des marteaux de Thor

Hammer

La discussion :

  • La naissance de cette recherche et l’intérêt pour le monde scandinave (1’10)
  • Les langues qu’il faut parler pour mener de telles recherches (2’00)
  • Le fait de travailler sur un objet aussi présent dans la culture populaire (3’45)
  • Le mot « viking » et ses ambiguïtés (4’50)
  • Le cadre spatial large du livre, et son choix (5’55)
  • L’articulation entre sources écrites, généralement postérieures, et sources archéologiques, au cœur de ce champ de recherches (7’20)
  • Les problèmes d’interprétation des données archéologiques (9’40)
  • Un document exceptionnel : la grande pierre de Jelling (10’10)
  • À inscrire dans un type de documents, les pierres runiques (12’40)
  • Des missionnaires au second plan par rapport aux rois dans le processus de christianisation, éminemment politique (14’30)
  • Une conversion sous la menace, avec Olaf Tryggvasson ? (17’15)
  • Quelle grammaire rituelle pour les processus de conversion et les baptêmes ? (18’20)
  • Quelle raison profonde à ces choix de conversion pour les rois nordiques, avec quels éléments préalables de contacts avec des chrétiens ? (20’35)
  • La variété des acteurs concernés : marchands, esclaves…. (22’45)
  • Quelle place pour les reliques dans la christianisation du nord ? (24’05)
  • Le rôle de la papauté dans ce processus, qui interagit en partie avec la Réforme grégorienne (25’15)
  • La place du christianisme oriental, et les influences byzantines, dans le monde nordique (27’00)
  • Les hésitations religieuses et les refus de la nouvelle religion (28’00)
  • Les réemplois et continuités entre dieux scandinaves et christianisme (31’30)
  • Les femmes, gagnantes ou perdantes de la christianisation ? (32’40)
  • Ce que la christianisation a pu changer au quotidien pour les populations nordiques (alimentation, onomastique…) (34’20)
  • Quelles traces visibles aujourd’hui de cette période ? (36’30)

Les références citées dans le podcast et les conseils de lecture :

  • Pierre Bauduin, Le Monde franc et les Vikings (VIIIe-Xe siècle), Paris, Albin Michel, 2009
  • Pierre Bauduin, Histoire des Vikings. Des invasions à la diaspora, Paris, Tallandier, 2019
  • Halldor Laxness, La saga des fiers-à-bras
  • Knut Hamsun, Pan

 

72. Fantômes d’ancien régime, avec Caroline Callard

L’invitée : Caroline Callard, directrice d’études à l’EHESS

Le livre : Le temps des fantômes. Spectralités de l’âge moderne (XVIe-XVIIe siècle), Paris, Fayard, 2019.

La discussion :

  • L’origine de ce travail, et le pullulement des fantômes à l’époque moderne qu’il permet de saisir (1:00)
  • Une enquête au croisement de plusieurs fils historiographiques : histoire de la mort, anthropologie historique des revenants, sociologie pragmatique du surnaturel (3:50)
  • Quelles traces documentaires des fantômes ? Plus facile à trouver dans les imprimés que dans les archives… (6:20)
  • Un vocabulaire pour désigner les fantômes qui n’est pas stabilisé, malgré des efforts de nomenclature (9:50)
  • Une grande variété d’apparences visuelles pour les fantômes hors de tout code de représentation aux XVIe-XVIIe siècles (11:40)
  • Extrait audio commenté : Hamlet, I, 4 (interprétation de Jean Marais)
  • Historiciser le rapport aux fantômes dans une « conjoncture panique » des XVIe-XVIIe siècles (17:30)
  • Les fantômes saisis au prisme du droit, à travers les histoires de maisons hantées (et de rupture de bail) en particulier (18:45)
  • Comment établir une distinction entre rapports médiévaux aux spectres et usages dans la première modernité ? (21:45)
  • La présence genrée des fantômes, lisible dans une apparition à Dole en 1628, dans un contexte pourtant de chasse aux sorcières (27:05)
  • Des fantômes qui agissent et interagissent avec les vivants, sans que la question de la croyance ne soit forcément centrale pour les comprendre (32:00)
  • Les différents registres de la croyance, de la crédulité, du scepticisme et de l’incrédulité (35:20)
  • Le rôle politique des fantômes à travers celui de Concini , tué en 1617 (39:35)

Les références citées dans l’émission :

  • Kathryn A. Edwards and Susie Speakman Sutch (éd.), Leonarde’s ghost. Popular piety and The appearance of a spirit in 1628, (Sixteenth Century Essays & Studies, 82.), Kirksville, Missouri, Truman State University Press, 2008.
  • Jean Bazin, Des clous dans la Joconde, Toulouse, Anacharsis, 2008.
  • Caroline Callard, Le Prince et la République. Histoire, pouvoir et société dans la Florence des Médicis, au XVIIe siècle, Paris, PUPS, 2007.
  • Elisabeth Claverie, Les guerres de la Vierge. Une anthropologie des apparitions, Paris, Gallimard, 2003
  • Colin Dayan, The law is a white dog, Princeton U.P., 2011.
  • Jean-Pascal Gay, Le dernier théologien ? Théophile Raynaud : histoire d’une obsolescence, Beauchesne, collection Théologie historique, n° 127, 2018.
  • Carlo Ginzburg, Les batailles nocturnes, Sorcellerie et rituels agraires en Frioul, XVIe-XVIIe siècles, Lagrasse, Editions Verdier, 1980.
  • Stephen Greenblatt, Shakespearean Negotiations. The Circulation of Social Energy in Renaissance England, University of California Press, 1989.
  • Hamlet in Purgatory, Princeton University Press
  • Sasha Handley, Visions of an Unseen World: Ghost Beliefs and Ghost Stories in Eighteenth-Century England. Pickering & Chatto, 2007.
  • Jean-Claude Schmitt, Les revenants. Les vivants et les morts dans la société médiévale, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des Histoires », 1994.
  • Natalie Zemon Davis, « Ghosts, Kin and Progeny: Some Features of Family Life in Early Modern France », Daedalus 106:2 (printemps 1977), p. 87-114.

Les conseils de lecture :

  • Vinciane Despret, Au bonheur des morts. Récits de ceux qui restent, Paris, La Découverte, coll. « Les Empêcheurs de penser en rond », 2015
  • Manuel Vilas, Ordesa, éditions du sous-sol, 2019.
  • Guillaume Cuchet, Les Voix d’outre-tombe. Tables tournantes, spiritisme et société au XIXe siècle, Paris, Éditions du Seuil, coll. « L’Univers historique », 2012

Illustrations :

La descente du Marquis d’Ancre aux Enfers, son combat et son rencontre avec Maistre Guillaume ensemble le dialogue avec la Galligaya, & de Misoquin esprit follet, qui luy emeine son Mary. La rencontre dudict Esprit avec l’Ange Gardien de Monsieur le Prince, Paris, Abraham Saugrain, 1617, p. 15.

Daniel Rabel (1578-1637), album du Ballet du Chasteau de Bicêtre (1632), Seconde et première entrées des fantômes, aquarelle, encre brune, plume (dessin), 28,5×44 cm (Louvre, cabinet des Estampes)

 

 

58. L’iconoclasme politique au XIXe siècle, avec Emmanuel Fureix

L’invité : Emmanuel Fureix, maître de conférences à l’Université Paris-est Créteil

Le livre : L’œil blessé. Politiques de l’iconoclasme après la Révolution française, Champ Vallon 2019.

La discussion :

  • Le titre du livre : de qui l’œil est-il blessé, et par quoi ?
  • Les signes visés par l’iconoclasme politique, et les types d’opérations qui les entourent
  • Une inquiétude envers les signes politiques, qui produit des sources administratives et judiciaires en particulier
  • Des témoignages, qui n’émanent que peu des hommes politiques, qui jugent tout cela dérisoire
  • L’iconoclasme, trace d’autres formes de politisation, et de conceptions de la citoyenneté, que celle qui passe par le vote
  • Une pratique iconoclaste qui ne s’explique pas seulement par des éléments sociologiques (couches populaires vs. élites)
  • La monnaie, où s’inscrit la souveraineté, visée par l’iconoclasme
  • L’imaginaire du régicide visant les Bourbons
  • Les fleurs et leur gamme chromatique indiquant des appartenances politiques
  • La croyance en une puissance performative des signes et des gestes qui les visent
  • La tension entre gestes iconoclastes et sacralisation du patrimoine et de la propriété au XIXe siècle
  • Un iconoclasme chirurgical à lier à la notion d’« iconoclash » (Bruno Latour)
  • Un iconoclasme entre spontanéité et le calcul
  • Le contexte particulièrement troublé des années 1814-1816, et la virulence iconoclaste de la seconde Restauration
  • Un usage paradoxal et risqué de l’iconoclasme du côté des Bourbons et de leurs partisans
  • Une autre dimension de ces conflits autour des signes : le défi masculin dans l’espace public
  • La « recharge iconoclaste » de février 1831
  • Quels sens donner à la scène célèbre du « sac  des Tuileries » en  février 1848 ?
  • Le surprenant iconoclasme de la République conservatrice de 1849-1851
  • Un moment d’iconoclasme un peu oublié : la chute du Second Empire en septembre 1870
  • Le rapport entre Paris et province et les moments de diffusion des nouvelles parisiennes à l’origine de pratiques iconoclastes
  • La violence iconoclaste, substitut à la violence physique ?
  • Une efficacité des gestes iconoclastes qui semble décroître dans le dernier tiers du XIXe siècle
  • La faible circulation internationale de l’iconoclasme, à la différence de la barricade.
  • Les résurgences de l’iconoclasme dans les sociétés contemporaines

Les conseils de lecture :
– Alain Corbin, Le village des cannibales, Paris, Aubier, 1990.
– Emmanuel Fureix, Le siècle des possibles (1814-1914), Paris, PUF, 2014.

51. Délices du feu et morsures du froid dans la France d’Ancien régime, avec Olivier Jandot

L’invité : Olivier Jandot, agrégé et docteur en histoire moderne, enseignant au lycée Gambetta-Carnot d’Arras et à l’Université d’Artois

Le livre : Les délices du feu. L’homme, le chaud et le froid à l’époque moderne, Champ Vallon, 2018.

La discussion : l’effort de contextualisation et d’imagination à produire pour comprendre les notations du passé concernant le froid et l’hiver ; le « grand hiver » de 1709 et les raisons de sa notoriété ; la nécessité de croiser les sources (médicales, du for privé) pour comprendre ce rapport au froid, et l’utilisation des sources iconographiques, en lien avec les travaux des médiévistes ; la vulnérabilité face au froid des sociétés anciennes, illustrée par la régularité des morts de froid ; l’absence d’isolation thermique de l’habitat ancien, compensée par des « espaces gigognes » ; la fracture géographique et culturelle entre cheminées et poêles ; la nécessité d’économiser le bois, et de se chauffer avec des combustibles de substitution ; un enjeu social qui s’aggrave avec une crise forestière perçue au XVIIIe siècle ; les instruments de chauffage portatifs ; la persistance de ce rapport au froid tard au XXe siècle, illustrée par la chanson « Bonhomme » de Georges Brassens (1958, extrait sonore) avec le bois mort, « chauffage du pauvre » ; un rapport à la chaleur socialement différencié mais qui touche aussi les puissants ; a chaleur humaine et animale comme solution face au froid ; l’évolution majeure décelable au XVIIIe siècle à partir notamment de la Mécanique du feu de Nicolas Gauger (1713) ; la circulation des savoirs (Benjamin Franklin) avec une prise en compte scientifique de la chaleur ; un discours critique sur la demande sociale de chaleur, lisible chez Rousseau par exemple.

Musique de générique : Henry Purcell (livret de John Dryden), King Arthur, 1691, interprété par le Deller Consort (Nigel Beavan, basse), acte III, « Air du froid »

COLD GENIUS
What power art thou, who from below
Hast made me rise unwillingly and slow
From beds of everlasting snow?
See’st thou not how stiff and wondrous old,
Far unfit to bear the bitter cold,
I can scarcely move or draw my breath?
Let me, let me freeze again to death.

Les conseils de lecture :
– André Bucher. Déneiger le ciel. Sabine Wespieser, 2007.
– Françoise Waquet, Histoire émotionnelle des savoirs, CNRS, 2019.

 

50. Sport et création artistique à l’époque soviétique, avec Julie Deschepper et Sylvain Dufraisse

Les invités : Julie Deschepper, doctorante à l’Inalco ; Sylvain Dufraisse, maître de conférences à l’Université de Nantes

L’exposition et le livre:

“Rouge. L’art au pays des soviets” (Grand Palais, jusqu’au 22juillet 2019)

Les héros du sport. Une histoire des champions soviétiques (années 1930 – années 1980), Champ Vallon, 2019.

La discussion : pourquoi il faut voir l’exposition « Rouge », d’une grande richesse en termes d’œuvres exposées, et de variété de formes artistiques (1’) ; un art qui ne se réduit pas à ses dimensions officielles ou « totalitaires » (3’) ; parmi ces œuvres, celles consacrées aux corps, allant de la biomécanique de Meyerhold à la promotion de la vigueur physique (5’) ; d’autres qui illustrent la violence stalinienne (7’10) ; la césure muséographique entre 1er niveau de l’exposition (années 1920) et second niveau (années 1930) à interroger (8’50) ; la complexité des années 1930 avec l’ouverture aux loisirs « modernes » comme le parachutisme (10’15) ; le concept moins simple qu’il n’y paraît de « réalisme socialiste » (13’40) ; certaines continuités entre les années 1920 et 1930 en matière de figuration et de représentation (18’40) ; l’accent bienvenu mis sur l’architecture et l’espace public dans l’exposition (21’) ; les reconfigurations de la ville socialiste dans un contexte de pénuries de logements (24’) ; les artistes et sportifs comme « promus » (Nicolas Werth) dans la société soviétique (27’15) ; le concept de kultur’nost ou de « civilisation » soviétique ; les contradictions du sport de compétition dans une société collectiviste (30’) ; la nécessité d’éviter une lecture trop monolithique du régime soviétique, pour comprendre les discussions ou compétitions entre organes (34’35) ; la façon dont l’URSS se construit au contact de l’étranger et de l’Ouest (avec le fait de quitter ou de rejoindre les fédérations sportives « bourgeoises » ou le CIO) (41’30) ; l’URSS qui attire des sportifs « marginaux » comme Jules Ladoumègue dans les années 1930 (43’) ; les problèmes que posent les voyages des sportifs soviétiques à l’étranger (46’) ; un retour critique sur l’idée de « stagnation » à l’ère brejnevienne (51’10), les conseils de lecture.

Les références citées dans l’émission :

« Rouge ! L’art au pays des soviets », documentaire d’Arte (A. Minard)
– Michael David-Fox, Showcasing the Great Experiment. Cultural Diplomacy and Western Visitors to the Soviet Union, 1921‑1941, Oxford University Press, 2012.
– Sabine Dullin, La frontière épaisse. Aux origines des politiques soviétiques (1920-1940), Paris, Éditions de l’EHESS, 2014.
– Marc Elie et Isabelle Ohayon, « L’expérience soviétique à son apogée », Cahiers du monde russe, 54/1-2, 2013.
– Emila Koustova, « Les fêtes révolutionnaires russes entre 1917 et 1920. Des pratiques multiples et une matrice commune », Cahiers du monde russe, 47/4, 2006.
– Cécile Pichon-Bonin, Peinture et politique en URSS : l’itinéraire des membres de la Société des artistes de chevalet (1917-1941), Dijon, Les Presses du réel, 2013.
– Travaux de Valérie Pozner sur le cinéma

Les conseils de lecture :

– Ilf et Petrov, Le veau d’or
– Gianni Haver, Jean-François Fayet, Valérie Gorin, Emilia Koustova (dir.), Le spectacle de la Révolution. La culture visuelle des commémorations d’Octobre, Lausanne, Antipodes, coll. « Univers visuels », 2017
– Sheila Fitzpatrick, Le stalinisme au quotidien. La Russie soviétique dans les années 30, Paris, Flammarion, 2002.

48. Intimités catholiques au XIXe siècle, avec Caroline Muller

L’invitée : Caroline Muller, maîtresse de conférences à l’Université de Rennes-2.

Le livre : Au plus près des âmes et des corps. Une histoire intime des catholiques au XIXe siècle, Paris, PUF, 362 p., 2019.

La discussion : la direction de conscience, une pratique sociale et religieuse qui se constitue au XIXe siècle ; une Église très préoccupée des « mauvaises lectures » ; la constitution d’un corpus de sources et ses difficultés, à travers notamment les fonds de l’Association pour l’autobiographie ; la façon de décrypter les correspondances formant le matériau de l’ouvrage, et les vertus de la lassitude dans la lecture des sources ; faire l’histoire du catholicisme en devant s’approprier de l’extérieur les codes et les vocabulaires de la religion ; le paradoxe d’une pratique religieuse qui ouvre des marges de liberté aux femmes qui y ont recours ; l’ancrage social de ce travail au sein des élites sociales ; des ressemblances avec la relation contemporaine à un « psy » ; la complexité des relations ainsi nouées entre ces hommes et ces femmes, et le cas de l’exubérante Marie Rakowska ; l’importance des arrangements matrimoniaux, et la place attribuée au mariage d’« amour » ; les problèmes de sexualité qui affleurent dans ces sources ; le comptage (des coïts, des masturbations…) comme instrument de l’écriture de soi ; les évolutions diachroniques décelables dans le corpus ; les choix d’écriture qui ont présidé à la thèse et au livre.

Les références citées dans le podcast :
– Loïc Artiaga, Des torrents de papier. Catholicisme et lectures populaires au xixe siècle, Limoges, Presses universitaires de Limoges, 2007.
– Guillaume Cuchet, Faire de l’histoire religieuse dans une société sortie de la religion, Paris, Publications de la Sorbonne (« Itinéraires », 4), 2013.
– Isabelle Matamoros, Mais surtout, lisez !

Le conseil de lecture : Hélène Dumas, Le génocide au village. Le massacre des Tutsi au Rwanda, Paris, Seuil, 2014.

47. Pleurer dans l’antiquité romaine, avec Sarah Rey

L’invitée : Sarah Rey, maître de conférences en histoire antique à l’Université de Valenciennes.

Le livre : Les larmes de Rome. Le pouvoir de pleurer dans l’Antiquité, Paris, Anamosa, 2018.La discussion : l’origine du travail, dans une lecture continue de Tacite ; Le vocabulaire latin des larmes, très varié ; les difficultés méthodologiques pour accéder aux pleurs réels via des textes ; la faible figuration iconographique des larmes ; la figure de Cornelia, la mère des Gracques, capable de ne pas pleurer ; le deuil (funus) et l’impératif des pleurs ; des larmes inappropriées, comme celles de l’empereur Hadrien sur Antinoüs ; une législation sur les larmes ?; des larmes de Rome au miroir de celles des Grecs ; une « diplomatie des larmes » entre Rome et les autres peuples ; un idéal aristocratique de mesure des larmes ; une « transparence affective » réussie par Auguste ; l’art oratoire comme manière de déployer ou de susciter des larmes ; une mort romaine réussie, lorsque les larmes sont correctement retenues ; quelles évolutions diachroniques dans la façon de pleurer ?; la christianisation des larmes et des codes émotifs à la fin de l’antiquité.

Les conseils de lecture : Piroska Nagy, Le don des larmes au Moyen Age. Un instrument spirituel en quête d’institution, Ve-XIIIe siècle, Paris, Albin Michel, 2000 ; Dominique Noguès, L’interruption, Paris, Flammarion, 2018.

36. Super-héros, une histoire politique, avec William Blanc

L’invité : William Blanc, historien

Le livre : Super-héros, une histoire politique, Montreuil, Libertalia, 2018La discussion : les origines de ce travail sur les super-héros (1’20), et le lien entre médiévalisme et super-héros via la table ronde notamment ; l’imaginaire du château lié aux villains que combattent les super-héros (3’45) ; la fluidité des supports (dessins, films, jeux) à prendre en compte (5’20) ; la naissance de super-héros et leurs créateurs souvent immigrés et progressistes (6’50) ; des premiers comics dotés d’une conscience sociale (8’) ; l’opposition entre les créations d’Edgar Rice Burroughs (Tarzan, John Carter) et les héros de comics comme Superman (9’) ; l’ambiguïté constitutive de ces personnages (11’05) ; Wonder Woman et son créateur original, féministe à son époque, William Marston (13’15) ; l’évolution du personnage et le tournant conservateur qui lui est imprimé (16’) ; la mobilisation antifasciste des super-héros dans la Seconde Guerre mondiale, dont Captain America créé par Jack Kirby, dans un contexte de présence nazie aux États-Unis (17’40) ; les restrictions apportées par la loi française de 1949 et le Comics code de 1954 (22’20) ; les transformations liées aux comics de Marvel dans les années 1960, autour de la présidence Kennedy (26’55) ; la naissance de Black Panther en lien avec le mouvement des droits civiques (30’20) ; les doutes des années 1970 liés à la guerre du Vietnam et au Watergate (35’50) ; le personnage du Punisher, reflet de ces évolutions et symbole du vétéran traumatisé comme d’un changement de rapport aux armes à feu (37’15) ; un désenchantement vis-à-vis de l’État aussi marqué durant la période (41’20) ; les usages récents du Punisher par des soldats ou des policiers (45’30); que se passera-t-il dans Avengers Endgame ? (48’10).

Les références citées dans le podcast :
Le podcast Villains de Shea Serrano.
– William Blanc, Le Roi arthur , un mythe contemporain de Chrétien de Troyes à Kaamelott en passant par les Monty Python, Montreuil, Libertalia, 2016.
– Jill Lepore, The Secret History of Wonder Woman, Random House, 2015.

31. Ecclésiastiques en débauche à Paris au XVIIIe siècle, avec Myriam Deniel Ternant

L’invitée : Myriam Deniel Ternant, docteure en histoire, enseignante.

Le livre : Ecclésiastiques en débauche, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2017.

La discussion : les origines du travail, entre représentations littéraires de la sexualité des ecclésiastiques et curiosité pour les mutations religieuses du XVIIIe siècle (1’30), le thème de l’inconduite sexuelle du clergé, qui existe depuis le Moyen âge (5’50), la difficulté d’une mesure diachronique de la « débauche » ou de la « moralisation » du clergé (6’50), le travail mené sur les sources policières parisiennes, et leurs spécificités (8’25), des registres plus ou moins loquaces, au langage inégalement policé (9’20), Paris, observatoire des mœurs et lieu de convergence de clercs d’horizons variés (12’20), les normes de chasteté qui sont censées être observées par le clergé (14’50), une « chasse aux abbés » autour de 1750, aux causes multiples, discutées et compliquées dont le conflit autour du jansénisme (17’30), un arrière-plan troublé par l’attentat de Damiens en 1757 (20’30), le vocabulaire assez vague des rapports d’arrestation et la difficulté d’une étude sérielle (22’15), un corpus où clergé régulier et haut clergé restent peu visibles (23’30), une géographie de la prostitution centrée sur le Palais-Royal, et dont des ecclésiastiques s’échangent les adresses (24’35), un rapport particulier au corps et à la nudité (26’10), des pratiques sexuelles marquées par les attouchements, par la flagellation parfois (27’10), des rapports sexuels avec des prostituées qui alternent avec des pratiques de couple ou de concubinage (29’30), les réactions de la société à ce qui est perçu, parfois, comme déviance ou scandale, et les éléments déclencheurs d’éventuelles poursuites (31’30), les liens entre ces déviances du clergé et la thèse discutée d’une “déchristianisation” au XVIIIe siècle (36’45), la difficulté de mener de front une thèse et l’enseignement dans le secondaire (38′).

Sources et références mentionnées dans le podcast :
– Boyer d’Argens, Thérèse philosophe, in Patrick Wald Lasowski, Romanciers libertins du xviiie siècle, Paris, Gallimard, 2000 [1748].
– Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, Genève, Slatkine Reprints, 1979 [1782]
– Erica-Marie Benabou, La Prostitution et la police des mœurs au xviiie siècle, Paris, Perrin, 1987.
– Robert Muchembled, Les Ripoux des Lumières. Corruption policière et Révolution, Paris, Seuil, 2011.
– Clyde Plumauzille, Prostitution et révolution, Paris, Champ Vallon, 2016.

Les conseils de lecture :
Sylvie Steinberg (dir.), Une histoire des sexualités, Paris, PUF, 2018.
Katrina Kalda, Arithmétique des dieux, Paris, Gallimard, 2013.

 

20. Rêves, inconscient et histoire, avec Hervé Mazurel

L’invité : Hervé Mazurel, maître de conférences à l’université de Bourgogne

La parution : « la société des rêves », n°4 de la revue Sensibilités, dirigé par Hervé Mazurel et Bernard Lahire

La discussion : ce qui, dans son parcours d’historien, l’a conduit à s’intéresser aux rêves et à l’inconscient (1’00), l’importance du travail de Bernard Lahire pour ouvrir le champ du rêve aux sciences sociales (2’40), la variété des approches et des terrains figurant dans le numéro, du Chili à la Nouvelle-Calédonie (5’30), l’étonnant cas du somniloque américain Dion McGregor [extrait audio] (8’50), un retour sur les rapports compliqués entre histoire et psychanalyse (12’45), l’importance de l’article écrit par Peter Burke en 1973 pour penser historiquement le rêve (15’40), et du livre de Charlotte Beradt, Rêver sous le IIIe Reich (17’45), les difficultés pour les historiens et les limites des sources quant aux rêves (19’10), le rêve médiéval, lieu où se déploie le processus d’individuation sur la longue durée ? (20’15), rêver dans l’empire britannique dans l’entre-deux-guerres (22’50), les objections possibles à des enquêtes historiennes sur les rêves : quelles preuves, quels apports ? (25’00), les rêves ou plutôt les fantasmes des philhellènes dans les années 1820, leurs désillusions (27’55), à relier à la « nostalgie », mal des soldats au XIXe siècle (29’15).

Les références citées dans le podcast (classées par date) :

– Charlotte Beradt, Rêver sous le IIIe Reich, Paris, Rivages, 2002 [1966].
– Emmanuel Le Roy Ladurie, Les paysans de Languedoc, Paris, Flammarion, 1969.
– Alain Besançon, Histoire et expérience du Moi, Paris, Flammarion, 1971 ; L’Histoire psychanalytique : une anthologie, Paris / La Haye, École des hautes études / Mouton, 1974.
– Peter Burke, « L’histoire sociale des rêves », Annales ESC, 28/2, 1973, p. 329-342.
– Jacques Le Goff, « Les rêves dans la culture et la psychologie collective de l’Occident médiéval », Pour un autre Moyen Âge, Paris, Gallimard, 1977.
– Saul Friedländer, Histoire et psychanalyse, Paris, Seuil, 1978.
– Michel de Certeau, Histoire et psychanalyse entre science et fiction, Paris, Gallimard, 1987.
– Norbert Elias, Au-delà de Freud. Sociologie, psychologie, psychanalyse, trad. de l’allemand par Nicolas Guilhot, Marc Joly et Valentine Meunier, Paris, La découverte, coll. Textes à l’appui, 2010.
– Jérôme Baschet, Corps et âmes. Une histoire de la personne au Moyen Âge, Paris, Flammarion, 2016.
– Hervé Mazurel, Vertiges de la guerre. Byron, les philhellènes et le mirage grec, Paris, Les Belles lettres, 2013.
– Bernard Lahire, L’interprétation sociologique des rêves, Paris, La découverte, 2017.
– Jean-Claude Schmitt, Gisèle Besson, Rêver de soi: les songes autobiographiques au Moyen Âge, Toulouse, Anacharsis, 2017.
– Thomas Dodman, What Nostalgia Was: War, Empire, and the Time of a Deadly Emotion, Chicago, University of Chicago Press, 2018.

Les enregistrements du somniloque Dion McGregor sont notamment à écouter ici.

Lire ici les extraits de l’interview de Nabokov (1966) citée en introduction

Les conseils de lecture :
Roger Bastide, Le rêve, la transe, la folie, Paris, Flammarion, 1972.
– Daniel Bergez, Peindre le rêve, Paris, Citadelles / Mazenod, 2017.