50. Sport et création artistique à l’époque soviétique, avec Julie Deschepper et Sylvain Dufraisse

Les invités : Julie Deschepper, doctorante à l’Inalco ; Sylvain Dufraisse, maître de conférences à l’Université de Nantes

L’exposition et le livre:

“Rouge. L’art au pays des soviets” (Grand Palais, jusqu’au 22juillet 2019)

Les héros du sport. Une histoire des champions soviétiques (années 1930 – années 1980), Champ Vallon, 2019.

La discussion : pourquoi il faut voir l’exposition « Rouge », d’une grande richesse en termes d’œuvres exposées, et de variété de formes artistiques (1’) ; un art qui ne se réduit pas à ses dimensions officielles ou « totalitaires » (3’) ; parmi ces œuvres, celles consacrées aux corps, allant de la biomécanique de Meyerhold à la promotion de la vigueur physique (5’) ; d’autres qui illustrent la violence stalinienne (7’10) ; la césure muséographique entre 1er niveau de l’exposition (années 1920) et second niveau (années 1930) à interroger (8’50) ; la complexité des années 1930 avec l’ouverture aux loisirs « modernes » comme le parachutisme (10’15) ; le concept moins simple qu’il n’y paraît de « réalisme socialiste » (13’40) ; certaines continuités entre les années 1920 et 1930 en matière de figuration et de représentation (18’40) ; l’accent bienvenu mis sur l’architecture et l’espace public dans l’exposition (21’) ; les reconfigurations de la ville socialiste dans un contexte de pénuries de logements (24’) ; les artistes et sportifs comme « promus » (Nicolas Werth) dans la société soviétique (27’15) ; le concept de kultur’nost ou de « civilisation » soviétique ; les contradictions du sport de compétition dans une société collectiviste (30’) ; la nécessité d’éviter une lecture trop monolithique du régime soviétique, pour comprendre les discussions ou compétitions entre organes (34’35) ; la façon dont l’URSS se construit au contact de l’étranger et de l’Ouest (avec le fait de quitter ou de rejoindre les fédérations sportives « bourgeoises » ou le CIO) (41’30) ; l’URSS qui attire des sportifs « marginaux » comme Jules Ladoumègue dans les années 1930 (43’) ; les problèmes que posent les voyages des sportifs soviétiques à l’étranger (46’) ; un retour critique sur l’idée de « stagnation » à l’ère brejnevienne (51’10), les conseils de lecture.

Les références citées dans l’émission :

« Rouge ! L’art au pays des soviets », documentaire d’Arte (A. Minard)
– Michael David-Fox, Showcasing the Great Experiment. Cultural Diplomacy and Western Visitors to the Soviet Union, 1921‑1941, Oxford University Press, 2012.
– Sabine Dullin, La frontière épaisse. Aux origines des politiques soviétiques (1920-1940), Paris, Éditions de l’EHESS, 2014.
– Marc Elie et Isabelle Ohayon, « L’expérience soviétique à son apogée », Cahiers du monde russe, 54/1-2, 2013.
– Emila Koustova, « Les fêtes révolutionnaires russes entre 1917 et 1920. Des pratiques multiples et une matrice commune », Cahiers du monde russe, 47/4, 2006.
– Cécile Pichon-Bonin, Peinture et politique en URSS : l’itinéraire des membres de la Société des artistes de chevalet (1917-1941), Dijon, Les Presses du réel, 2013.
– Travaux de Valérie Pozner sur le cinéma

Les conseils de lecture :

– Ilf et Petrov, Le veau d’or
– Gianni Haver, Jean-François Fayet, Valérie Gorin, Emilia Koustova (dir.), Le spectacle de la Révolution. La culture visuelle des commémorations d’Octobre, Lausanne, Antipodes, coll. « Univers visuels », 2017
– Sheila Fitzpatrick, Le stalinisme au quotidien. La Russie soviétique dans les années 30, Paris, Flammarion, 2002.

34. Conseils de lectures et coups de cœur 2018

Les conseils de Dimitri Tilloi d’Ambrosi (histoire antique, à 55 secondes dans le podcast) :

  • Jean-Paul Demoule, Alain, Schnapp, Dominique Garcia, Une histoire des civilisations (La Découverte/INRAP)
  • Neil McGregor, Une histoire du monde en 100 objets (Les Belles Lettres)
  • Véronique Boudon-Millot, Au temps de Galien, catalogue de l’exposition du musée royal de Mariemont (éd. Somogy)
  • Catherine Virlouvet, Patrice Faure et Nicolas Tran, Rome, cité universelle, de César à Caracalla (Belin)

Les conseils de Raphaëlle Leyris (littérature, à 5 minutes 25) :

Les conseils d’Etienne Anheim (histoire médiévale, à 9 minutes 45) :

Les conseils de Caroline Callard (histoire moderne, dans un café hélas un peu bruyant, à 19 minutes 20) :

  • Sanjay Subrahmanyam, L’Inde sous les yeux de l’Europe (Alma)
  • Liesbeth Correns, Confessional Mobility and English Catholics in Counter-Reformation Europe (Oxford UP)
  • Charlotte Guichard, La griffe du peintre (Seuil / « Univers historique illustré »)
  • Timothy Tackett, Anatomie de la Terreur (Seuil)

Le conseil de Florent Georgesco (essais, à 33 minutes 50) :

  • Umberto Eco, Sur les épaules des géants (Grasset)

Les conseils de Delphine Diaz (histoire du XIXe siècle, à 39 minutes 30) :

  • Thomas Bouchet, De colère et d’ennui. Paris, chronique de 1832 (Anamosa)
  • Mathilde Rossigneux-Méheult, Vies d’hospice. Vieillir et mourir en institution au XIXe siècle (Champ vallon)
  • Michel Biard (et. al.), Déportation et exils des conventionnels (Société des études robespierristes)

Les conseils de Pierre Grosser (histoire du XXe siècle / histoire internationale, à 51 minutes) :

Les conseils d’André Loez (podcast « Paroles d’histoire »)

  • Claude Gauvard, Condamner à mort au Moyen âge (PUF)
  • Renaud Morieux, Une mer pour deux royaumes (Presses universitaires de Rennes)
  • Gisli Pàlsson, L’homme qui vola sa liberté (Gaïa éditions)
  • Sylvain Venayre et Pierre Singaravélou, Histoire du monde au XIXe siècle (Fayard)
  • Renaud Meltz, Pierre Laval (Perrin)

32. Le « Maitron », un monument de l’histoire sociale désormais en libre accès, avec Paul Boulland

L’invité : Paul Boulland, ingénieur de recherches au CNRS, Centre d’Histoire Sociale du XXe siècle.

L’événement : le site et dictionnaire Maitron passe en libre accès !

La discussion : présentation du Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier (0’50) ; la journée Maitron du 5 décembre 2018 et la mise en ligne en libre accès du site et du dictionnaire (1’50) ; la vie, le travail et le militantisme (principalement au PCF) de Jean Maitron (4’00) ; la genèse du projet de dictionnaire dans les années 1950 (8’40), et sa dimension initiale d’histoire mondiale ; autour du « Maitron » et de la revue Le mouvement social, l’entrée de l’histoire sociale et ouvrière à l’université dans les années 1960-1970 (10’35) ; un dictionnaire qui fait se rencontrer univers militant et histoire scientifique (13’) ; la « dignification » (Bernard Pudal) du monde ouvrier qui en résulte ; les archives et sources plus denses du XXe siècle et notamment du PCF (19’30) ; l’élargissement du Maitron à d’autres thèmes et corpus, par professions ou moments (cheminots, fusillés de la 2e GM…) ; la place des femmes dans le Maitron, en partie tributaire de leur (in)visibilité dans les sources policières et militantes (25’) ; le passage du dictionnaire papier au CD-Rom puis au site internet (27’15) ; les questions d’indexation et de métadonnées (28’00) ; les usages à venir du Maitron pour les chercheurs-ses et enseignant-e-s du secondaire (31’45) ; un outil historiographique avec la présence de beaucoup d’historien-ne-s dans le Maitron, ainsi que d’artistes (33’35) ; un dictionnaire ouvert et encore en voie d’enrichissement , au-delà de la date butoir de 1968 (34’) ;

Les conseils de lecture :

Javier Cercas, L’imposteur, Arles, Actes sud, 2015
Michelle Perrot, Mélancolie ouvrière, Paris, Grasset, 2012. Biographie de Lucie Baud sur le Maitron.
Paul Boulland, Des vies en rouge. Militants, cadres et dirigeants du PCF (1944-1981), Éditions de l’Atelier, 2016

28. Le centenaire de la Grande Guerre vu d’Allemagne, avec Arndt Weinrich

L’invité : Arndt Weinrich, chercheur à l’Université Paris-Sorbonne

La discussion : la dimension franco-allemande du 11 novembre 2018 et sa perception en Allemagne (1:00), les crispations que cela suscite et la place de la “victoire” dans les commémorations (3;10), la faible importance du 11 novembre par rapport au 9 novembre en Allemagne (6:40), un bilan global du centenaire allemand (9:05), le succès du livre de Christopher Clark, qui participe d’une « normalisation » du passé allemand (11:00), un parallèle entre le contexte de réception du livre de Daniel Goldhagen sur le nazisme, et celui de Clark sur 1914 (14:35), les parutions marquantes dans le champ historiographique allemand, synthèses plus que monographies (17:00), les variations régionales de la mémoire de la Grande Guerre en Allemagne (20:20), le mémorial franco-allemand du Hartmannswillerkopf (21:25), la mémoire très vive des mutins de la marine en 1918 à Kiel (22:15), le contraste avec les commémorations des mutineries françaises (24:25), la disproportion est-ouest de la mémoire avec la difficulté plus grande de commémorer le front oriental (26:40), l’absence complète de la dimension coloniale dans les mémoires allemandes de la guerre, et le contraste avec le cas français (29:50), la question des civils et du blocus paradoxalement pas très présente non plus (32:25), les formes de révisionnisme historique appliquées à la question des atrocités allemandes lors de l’invasion de la France et de la Belgique (34:30), la question des continuités ou ruptures entre Grande Guerre et nazisme, aujourd’hui envisagée de façon bien moins linéaires, y compris pour la question du traité de Versailles, et le « masochisme français » à ce propos (37:40), la place des historiennes et des historiens dans l’espace public au moment du centenaire, de part et d’autre du Rhin (42:15).

Les lieux et les références citées dans l’émission (par ordre alphabétique d’auteurs, on indique autant que possible les traductions françaises et anglaises d’ouvrages allemands) :

Observatoire du centenaire (Université Paris-I)
Encyclopédie de la Grande Guerre 1914-1918 online
Mémorial franco-allemand du Hartmannswillerkopf

– Christopher Clark, Les Somnambules. Été 1914 : comment l’Europe a marché vers la guerre, Paris, Flammarion, 2013.
– Fritz Fischer, Les Buts de guerre de l’Allemagne impériale, Trévise, 1970 [1961].
– Jörg Friedrich, The Fire: The Bombing of Germany, 1940-1945, Columbia University Press, [2002].
– Daniel Jonah Goldhagen, Hitler’s willing executioners. Ordinary Germans and the Holocaust, New York, Alfred A. Knopf, 1996.
– John Horne, Alan Kramer, Les atrocités allemandes, Paris, Tallandier , 2005 [2001].
Discussion historiographique sur les atrocités allemandes (Potsdam, octobre 2017)
– Laurent Jalabert, Reiner Marcowitz, Arndt Weinrich, La longue mémoire de la Grande Guerre . Regards croisés franco-allemands de 1918 à nos jours, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2018.
– Steven Kaplan, Adieu 89, Paris, Fayard, 1993.
– Gerd Krumeich, Le feu aux poudres, Qui a déclenché la guerre en 1914?, Paris,Belin, 2014.
Tribune de Djordje Kuzmanovic dans Marianne, novembre 2018.
– Jörn Leonhard, Pandora’s Box. A History of the First World War, Cambridge, Harvard University Press, 2018 [2014].
– Herfried Münkler, Der Große Krieg: Die Welt 1914 bis 1918, Rowohlt, Berlin 2013
– Nicolas Offenstadt, Le pays disparu. Sur les traces de la RDA, Paris, Stock, 2018.
– Markus Pöhlmann, Le Centenaire de la première Guerre mondiale en Allemagne. Bilan d’étape, février 2015.
– Arndt Weinrich,”le centenaire 2014 en Allemagne. Un bilan en sept thèses“, janvier 2015.

Les conseils de visite et de lecture :

Exposition du musée de l’armée « à l’est, la guerre sans fin 1918-1923 »
– Jörn Leonhard, Pandora’s Box. A History of the First World War, Cambridge, Harvard University Press, 2018 [2014].
–  mémorial naval de Laboe (baie de Kiel) construit à partir de 1927

18. Festival “1848, des peuples en révolution”, avec Romain Duplan et Mathilde Larrère

Les invités : Romain Duplan (chargé de recherches au musée national d’histoire de l’immigration) et Mathilde Larrère (MCF en histoire contemporaine à l’UPEM)

L’événement : Festival « Secousse ! 1848, des peuples en révolution », Paris, 21-23 septembre 2018, organisé par la Boîte à histoire

La discussion : présentation du festival « 1848, des peuples en révolution » (1’15), la place mémorielle assez modeste de 1848 (2’25), la relative faiblesse de l’événement dans l’espace public (4’05), la notion d’« histoire publique » encore peu développée en France (4’50), mais en essor (6’50), les rapports pas évidents entre pratiques ludiques de l’histoire (jeu, reconstitution costumées…) et universitaires (7’50), la nécessité de ne pas laisser l’histoire publique aux récits médiatiques dominants (9’40), l’évocation des femmes de 1848 via twitter durant le festival (12’), la dimension participative du festival (13’40), les barricades de 1848, objet d’histoire (15’35), 1848, un événement international (18’05), le procès de Cavaignac – ou de Louis-Napoléon ? (20’20), ne pas réduire 1848 à la question du suffrage universel masculin (22’30), les renouvellements historiographiques sur 1848, hors d’une téléologie républicaine (24’40), la musique de Verdi et l’histoire révolutionnaire (28’).

Les références mentionnées durant le podcast :
Master d’histoire publique (Créteil)
-Olivier Ihl, La barricade renversée. Histoire d’une photographie, Paris 1848, Paris, Éditions du Croquant, coll. « Champ social », 2016.
-Mark Traugott, The Insurgent Barricade, Berkeley (Cal.), University of California Press, 2011
-Maurice Agulhon, 1848 ou l’apprentissage de la République, Paris, Seuil, 1973
-Michèle Riot-Sarcey, Maurizio Gribaudi, 1848, la révolution oubliée, Paris, La découverte, 2008.

Les conseils de lecture :
De Mathilde Larrère :
-Louis Ménard, 1848, prologue d’une révolution
-Daniel Stern (Marie d’Agout), Histoire de la Révolution de 1848
-Victor Hugo, Les Misérables

De Romain Duplan :
-Jean Anouilh, La sauvage ; L’invitation au château
-Ray Bradbury, Chroniques martiennes

L’air final : extrait de « Va pensiero », chœur des Hébreux tiré de Nabucco (1842) de Verdi, air symbolique pour l’idée nationale italienne

16. Hamilton: l’histoire de la Révolution américaine en musique et sur scène

Un mini-documentaire en 6 parties sur la comédie musicale Hamilton, et son rapport à l’histoire, avec quelques petits extraits musicaux.

Lin-Manuel Miranda en vacances au Mexique en 2008, lisant la biographie d’Alexander Hamilton par Ron Chernow qui a inspiré son projet

1) Présentation de “Hamilton” et son succès inouï (0’30)
2) Lin-Manuel Miranda et les origines du projet (2’30), avec son passage à la Maison Blanche en 2009
3) La vie mouvementée d’Alexander Hamilton (6’45)
4) Un spectacle aux choix scéniques et musicaux originaux, avec une dimension politique (12’50)
5) Chez les historiens, enthousiasme et critiques (21′)
6) Leçons finales : l’écart fécond entre spectacle et histoire (30’45)

Parmi les références citées:
présentation en français par Sylvie Bressler
présentation synthétique dans le NYT
portrait de Lin-Manuel Miranda et description du projet dans le New Yorker
-un livre d’histoire interrogeant Hamilton et son succès
commentaire positif par Joseph M. Adelman
-le Founders chic, article de H.W. Brands en 2003 dans The Atlantic
commentaire critique par Lyra Monteiro
commentaire critique par Annette Gordon-Reed
-commentaire par Joanne Freeman
point de vue féministe par Stacy Wolf

Conseil final: Histgeobox pour continuer à réfléchir à l’histoire en musique

11. Autour de Gérard Noiriel, avec Nicolas Offenstadt

L’invité : Nicolas Offenstadt, maître de conférences HDR à l’université Paris-I

L’événement : colloque autour de Gérard Noiriel, à l’EHESS, jeudi 14 et vendredi 15 juin 2018

La discussion : une présentation du colloque et de l’importance de Gérard Noiriel (0’30), les constantes dans l’œuvre de Gérard Noiriel, dont un éloge de son écriture claire et réflexive (3’), de sa réflexion sur la construction des objets (5’40), ses premiers travaux sur les ouvriers de Longwy (6’45), le lien entre histoire des ouvriers, histoire de l’immigration (8’), ouvrant la voie à une histoire de l’État, de l’identification, des catégorisations (10’20), ses apports à une histoire constructiviste de la nation (12’20), le lien noué avec la sociologie et la mise en avant de la socio-histoire (13’), appuyée sur une réflexion historiographique (Sur la « crise » de l’histoire, 1996)  suivie de la création de lieux institutionnels pour avancer ces conceptions : une collection de livres chez Belin et une revue, Genèses (15’50), le dialogue intellectuel et la confrontation critique avec des traditions intellectuelles variées, de Marx à Bourdieu et Elias (20’50), la réflexion de Gérard Noiriel sur les intellectuels et les différentes modalités (militantes, critiques, pédagogiques) du rôle qu’il joue lui-même dans l’espace public (22’), ses formes d’intervention originales : le CVUH fondé en 2005 (28’) ainsi que son travail théâtral, à travers notamment l’histoire du clown Chocolat (33’).

Les conseils de lecture : tous les livres de Gérard Noiriel dans l’ordre ou dans le désordre !

Les autres références citées dans le podcast :
-Revue Genèses
-Christian Topalov, Naissance du chômeur 1880-1910, Paris Albin Michel, 1994
-Ingrid Hayes, Radio Lorraine cœur d’acier, 1979-1980. Les voix de la crise, Paris, Presses de Sciences Po, 2018 (à paraître le 15 juin)