80. Histoire médiévale et bande dessinée, avec Fanny Madeline et Valérie Theis

Les invitées : Fanny Madeline, maître de conférences à l’université Paris-I ; Valérie Theis, professeur à l’ENS (Paris)

Les parutions : Croisades et cathédrales, d’Aliénor à Saint Louis ; À la vie, à la mort, des rois maudits à la guerre de cent ans (t. 7 et 8 de l’Histoire dessinée de la France, éditions La découverte / La revue dessinée)

La discussion :

  • Comment s’est fait le travail de coordination au sein de la collection, et entre les deux volumes ? (1’30)
  • Une collection qui a une identité forte, et qui fait souvent usage de narrateurs placés au sein du récit : le choix, ici, de la Mort comme narratrice pour le tome 8 (4’00), et de deux voyageurs pour le tome 7 (6’00)
  • Le jeu avec les représentations médiévales et le « médiévalisme », avec des clins d’œil aux Monty Python ou au Septième sceau (7’10)
  • Les représentations de la peste (10’00)
  • À quels lecteurs-lectrices s’adressent les albums, avec quels niveaux de lecture ? (12’40)
  • Les codes graphiques très différents des deux livres, et ce qu’ils permettent de montrer du Moyen âge ; comment s’est fait le travail avec les artistes (17’20)
  • Les dessins de paysages et de villes médiévales du tome 7 (22’30)
  • Des images qui prennent parfois le contrepied des clichés sur un Moyen âge crasseux ou obscurantistes (27’15)
  • Une narration dans le tome 7 qui est davantage géographique que chronologique (30’10)
  • La restitution des débats autour de l’hérésie et des cathares (31’30)
  • Les débats historiographiques présents dans le tome 8 : genèse de l’État moderne et du sentiment national (33’40)
  • La façon de montrer les crises économiques des XIIIe-XIVe siècles (37’40)
  • La place de l’Église et des clercs dans ces albums (40’45)

Les conseils de lecture :

76. Relire Le Fromage et les vers de Carlo Ginzburg, avec Marie Lezowski et David Dominé-Cohn

Les invité-e-s : Marie Lezowski (maîtresse de conférences en histoire moderne à l’université d’Angers), David Dominé-Cohn (professeur d’histoire et doctorant en histoire médiévale)

Le livre : Carlo Ginzburg, Le Fromage et les vers. L’univers d’un meunier au XVIe siècle, Paris, Aubier, 1980 [1976].

La discussion :

  • Résumé du livre : le procès d’inquisition de Domenico Scandella, dit Menocchio, un meunier à la cosmogonie originale et contredisant les enseignements de l’Église (1’45)
  • La forme originale de l’ouvrage, personnelle, éclatée, suivant la logique du dossier d’inquisition (4’45)
  • La thèse forte de Ginzburg sur les idées de Menocchio nées du croisement entre l’imprimerie et un fond de croyances paysannes (6’50)
  • Comment ce livre est devenu un classique de l’historiographie, et comment les invité-e-s ont rencontré le livre (8’10)
  • Le contexte d’écriture du livre, et la figure de Carlo Ginzburg (11’30)
  • Une attention, à travers Menocchio, aux dominés et aux persécutés (14’20)
  • La remise en cause partielle de l’histoire des « mentalités » (17’00)
  • L’influence de Marc Bloch sur Carlo Ginzburg (18’20)
  • Une idéalisation du monde paysan chez l’auteur (20’)
  • La méthode philologique de Carlo Ginzburg, et sa lecture très particulière des sources inquisitoriales (21’50)
  • Le travail de Carlo Ginzburg sur les écarts entre questions des inquisiteurs et réponses de Menocchio (25’35)
  • Les rapports entre Menocchio et ses voisins de village ou son auditoire, en lien avec le rôle social d’un meunier (29’15)
  • Comment un meunier du Frioul sait-il lire ? Quels livres, et comment les lit-il ? (31’45)
  • Présentation de la microstoria, les liens qu’elle fait entre « cas » et contexte, sa capacité à « prendre au sérieux l’anomalie » (35’10)
  • Menocchio, un personnage dont les conceptions religieuses propres entrent en résonance avec des thèmes issus de la Réforme protestante (38’15)
  • La mise en scène narrative opérée par Carlo Ginzburg, qui a songé écrire ce livre à la façon des Exercices de style de Queneau (39’45)
  • Quel regard porter aujourd’hui sur le cas Menocchio ? (41’40)
  • Un rapprochement entre Menocchio, et Louis-François Pinagot, ce sabotier de l’Orne étudié par Alain Corbin ? (43’)
  • Un livre admirable mais dont les conclusions sur un « substrat oral » d’une culture paysanne sont fragiles (43’45)
  • La postérité du livre, pour l’étude des croyances « hors normes » (46’30)

Les conseils de lecture :

  • Samir Boumediene, La colonisation du savoir. Une histoire des plantes médicinales du « Nouveau Monde » (1492-1750), Vaulx-en-Velin, Éditions des Mondes à faire, 2016.
  • Carlo Ginzburg, « Signes, traces, pistes : racines d’un paradigme de l’indice », Le Débat, 6, 1980, p. 3-44.

Les références bibliographiques (par ordre alphabétique) :

  • Patrick Boucheron, « Préface », Le Fromage et les vers, Paris, Flammarion, coll. Champs, 2018.
  • Jean Boutier et Philippe Boutry, « L’invention historiographique. Autour du dossier Menocchio », Enquête, 3, 1996, mis en ligne le 11 juillet 2013.
  • Alain Corbin, Le monde retrouvé de Louis-François Pinagot, sur les traces d’un inconnu, 1798-1876, Paris, Flammarion, 1998
  • Andrea Del Col, ed., Domenico Scandella detto Menocchio : i processi dell’Inquisizione (1583-1599), Pordenone, Edizioni Biblioteca dell’Immagine, 1990.
  • Lucien Febvre, Le Problème de l’Incroyance au XVIe siècle. La Religion de Rabelais, Paris, Albin Michel, coll. « L’évolution de l’Humanité », 1942 ; Autour de l’Heptaméron. Amour sacré, Amour profane, Paris, Gallimard, 1944.
  • Carlo Ginzburg, Les Batailles nocturnes, Lagrasse, Verdier, 1980 [1966] ; Le fil et les traces. Vrai faux fictif, Lagrasse, Verdier, 2010 [2006].
  • Emmanuel Le Roy Ladurie, Le Carnaval de Romans. De la Chandeleur au mercredi des Cendres : 1579-1580, Paris, Gallimard, 1979.
  • Robert Muchembled, La Sorcière au village, XVe-XVIIIe siècle, Paris, Gallimard, 1979.
  • Jacques Revel (dir.), Jeux d’échelles. La micro-analyse à l’expérience, Paris, Gallimard et Le Seuil, coll. Hautes Études, 1996
  • Martin Rueff, « L’historien et les noms propres », Critique, 2011/6-7 (n° 769-770), p. 514-532.

73. Archéologie du XIXe siècle, avec Manuel Charpy et Stéphanie Sauget

Les invité-e-s : Stéphanie Sauget, professeure à l’université de Tours ; Manuel Charpy, chargé de recherche au CNRS

La parution : Histoire et archéologie : que faire du XIXe siècle ?, n°58/2019 de la Revue d’histoire du 19e siècle

La discussion :

  • L’exemple des fouilles du cimetière des Crottes à Marseille pour illustrer l’intérêt de la démarche archéologique appliquée au XIXe siècle, pour mesurer notamment les écarts entre normes et pratiques (1′)
  • Un XIXe siècle paradoxal, qui a légué objets et monuments, et dont l’archéologie ne peut se limiter à l’enfoui, à la fouille (4’15)
  • Le travail de Daniel Sayers, archéologue américain, sur le « grand marais lugubre » (great dismal swamp), et les traces qu’il y repère de communautés d’anciens esclaves en fuite autonomes (5’20)
  • Les parcours ayant amené Stéphanie Sauget et Manuel Charpy à travailler sur la culture matérielle, via les enjeux spatiaux ou ceux concernant les objets du XIXe siècle (8′)
  • La difficulté paradoxale de trouver des objets « ordinaires », et les fonds désormais accessibles de l’INPI (11′)
  • L’évolution de la démarche archéologique et historienne, qui ne cherche plus seulement le « bel objet »
  • L’établissement du dialogue entre historien-ne-s et archéologues : que fait-on de la « couche XIXe », récente, lors des fouilles ? (15’10)
  • La naissance de l’« archéologie générale » autour de Philippe Bruneau à la fin des années 1970, une démarche développée également dans les « pays neufs » comme les États-Unis et le Brésil, et en France en lien avec les préoccupations sur le patrimoine industriel (18’30)
  • L’archéologie qui permet de saisir la vie – la biographie ? – des objets (25′)
  • L’archéologie de la Grande Guerre et son essor à partir de 1991, et les problèmes (juridiques, moraux, éthiques) que posent les fouilles de terrains funéraires récents : « j’ai fouillé un soldat de 14 comme j’aurais fouillé du mérovingien ! » (26’15)
  • Comment faire l’archéologie d’une tombe qu’on ne peut pas fouiller ? à partir de l’article de Bruno Bertherat sur la tombe de Jeanne Moyaux morte en 1877 (28’40)
  • Extrait audio : Lucien Febvre, “vers une autre histoire”, 1949, in Combats pour l’histoire (lu par Jeanne Omhover, 32’55)
  • Le paradoxe d’un XIXe siècle qui est partout, mais absent en même temps, ou transformé, même dans les espaces dits préservés (35’40)
  • Des archives utiles pour parler de ceux qui ne parlent (n’écrivent) pas (40’30)

Les références citées dans l’émission :

  • Maurice Agulhon, « Esquisse pour une archéologie de la République. L’allégorie civique féminine », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 28e année, n° 1, 1973, p. 5-34.
  • Thierry Bonnot, « La biographie d’objets : Une proposition de synthèse », Culture & Musées [En ligne], 25 | 2015
  • Jacques-Olivier Boudon, Le plancher de Joachim. L’histoire retrouvée d’un village français, Paris, Belin, 2018.
  • Manuel Charpy, Intérieurs parisiens. De l’atelier aux appartements, XVIIIe-XXe siècles, Paris, Flammarion, catalogue d’exposition, 2014.
  • Revue RAMAGE
  • Nicolas Offenstadt, Urbex RDA, Paris, Albin Michel, 2019.
  • Stéphanie Sauget, À la recherche des pas perdus. Une histoire des gares parisiennes, Paris, Tallandier, 2009

Les conseils de lecture :

72. Fantômes d’ancien régime, avec Caroline Callard

L’invitée : Caroline Callard, directrice d’études à l’EHESS

Le livre : Le temps des fantômes. Spectralités de l’âge moderne (XVIe-XVIIe siècle), Paris, Fayard, 2019.

La discussion :

  • L’origine de ce travail, et le pullulement des fantômes à l’époque moderne qu’il permet de saisir (1:00)
  • Une enquête au croisement de plusieurs fils historiographiques : histoire de la mort, anthropologie historique des revenants, sociologie pragmatique du surnaturel (3:50)
  • Quelles traces documentaires des fantômes ? Plus facile à trouver dans les imprimés que dans les archives… (6:20)
  • Un vocabulaire pour désigner les fantômes qui n’est pas stabilisé, malgré des efforts de nomenclature (9:50)
  • Une grande variété d’apparences visuelles pour les fantômes hors de tout code de représentation aux XVIe-XVIIe siècles (11:40)
  • Extrait audio commenté : Hamlet, I, 4 (interprétation de Jean Marais)
  • Historiciser le rapport aux fantômes dans une « conjoncture panique » des XVIe-XVIIe siècles (17:30)
  • Les fantômes saisis au prisme du droit, à travers les histoires de maisons hantées (et de rupture de bail) en particulier (18:45)
  • Comment établir une distinction entre rapports médiévaux aux spectres et usages dans la première modernité ? (21:45)
  • La présence genrée des fantômes, lisible dans une apparition à Dole en 1628, dans un contexte pourtant de chasse aux sorcières (27:05)
  • Des fantômes qui agissent et interagissent avec les vivants, sans que la question de la croyance ne soit forcément centrale pour les comprendre (32:00)
  • Les différents registres de la croyance, de la crédulité, du scepticisme et de l’incrédulité (35:20)
  • Le rôle politique des fantômes à travers celui de Concini , tué en 1617 (39:35)

Les références citées dans l’émission :

  • Kathryn A. Edwards and Susie Speakman Sutch (éd.), Leonarde’s ghost. Popular piety and The appearance of a spirit in 1628, (Sixteenth Century Essays & Studies, 82.), Kirksville, Missouri, Truman State University Press, 2008.
  • Jean Bazin, Des clous dans la Joconde, Toulouse, Anacharsis, 2008.
  • Caroline Callard, Le Prince et la République. Histoire, pouvoir et société dans la Florence des Médicis, au XVIIe siècle, Paris, PUPS, 2007.
  • Elisabeth Claverie, Les guerres de la Vierge. Une anthropologie des apparitions, Paris, Gallimard, 2003
  • Colin Dayan, The law is a white dog, Princeton U.P., 2011.
  • Jean-Pascal Gay, Le dernier théologien ? Théophile Raynaud : histoire d’une obsolescence, Beauchesne, collection Théologie historique, n° 127, 2018.
  • Carlo Ginzburg, Les batailles nocturnes, Sorcellerie et rituels agraires en Frioul, XVIe-XVIIe siècles, Lagrasse, Editions Verdier, 1980.
  • Stephen Greenblatt, Shakespearean Negotiations. The Circulation of Social Energy in Renaissance England, University of California Press, 1989.
  • Hamlet in Purgatory, Princeton University Press
  • Sasha Handley, Visions of an Unseen World: Ghost Beliefs and Ghost Stories in Eighteenth-Century England. Pickering & Chatto, 2007.
  • Jean-Claude Schmitt, Les revenants. Les vivants et les morts dans la société médiévale, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des Histoires », 1994.
  • Natalie Zemon Davis, « Ghosts, Kin and Progeny: Some Features of Family Life in Early Modern France », Daedalus 106:2 (printemps 1977), p. 87-114.

Les conseils de lecture :

  • Vinciane Despret, Au bonheur des morts. Récits de ceux qui restent, Paris, La Découverte, coll. « Les Empêcheurs de penser en rond », 2015
  • Manuel Vilas, Ordesa, éditions du sous-sol, 2019.
  • Guillaume Cuchet, Les Voix d’outre-tombe. Tables tournantes, spiritisme et société au XIXe siècle, Paris, Éditions du Seuil, coll. « L’Univers historique », 2012

Illustrations :

La descente du Marquis d’Ancre aux Enfers, son combat et son rencontre avec Maistre Guillaume ensemble le dialogue avec la Galligaya, & de Misoquin esprit follet, qui luy emeine son Mary. La rencontre dudict Esprit avec l’Ange Gardien de Monsieur le Prince, Paris, Abraham Saugrain, 1617, p. 15.

Daniel Rabel (1578-1637), album du Ballet du Chasteau de Bicêtre (1632), Seconde et première entrées des fantômes, aquarelle, encre brune, plume (dessin), 28,5×44 cm (Louvre, cabinet des Estampes)

 

 

69. Pierre Laborie et l’historiographie de la Résistance, avec Cécile Vast

L’invitée : Cécile Vast, docteure en histoire, chercheure associée au LAHRA

Le livre : Pierre Laborie, Penser l’événement, 1940-1945, Paris, Gallimard, « Folio histoire », 2019.

La discussion :

  • Un projet éditorial qui prend source dans les derniers textes que Pierre Laborie composait à la fin de sa vie (0:50)
  • Son expérience personnelle de la guerre et de la mort, enfant, au printemps 1944 dans le Lot (5:00)
  • La question du silence et la difficulté de son interprétation historique (7:00)
  • Un parcours de recherche débuté à la fin des années 1960, comme professeur du secondaire, et en lien avec le Comité d’histoire de la 2e guerre mondiale, et qui aboutit à l’EHESS (8:35)
  • Une démarche inscrite dans une approche collective de la recherche, initiée par les colloques « La Résistance et les Français » à partir des années 1990 (12:50)
  • La recomposition des rapports entre historiens et témoins de la Résistance dans ces mêmes années 1990 (14:45)
  • L’épisode marquant que fut la table ronde de 1997 organisée par Libération, et le malaise qu’elle a suscité parmi des historiens comme Antoine Prost (18:35)
  • Le clivage dans l’historiographie de la Résistance entre deux types d’approches : priorité à son efficacité, ou à son inscription sociale ? (23:10)
  • Les critiques apportées par Pierre Laborie à la « vulgate » voulant que les Français aient été collectivement veules sous l’Occupation, liée notamment à la réception du film Le Chagrin et la Pitié (26:15)
  • Des positions historiographiques critiques envers certains aspects des travaux de Robert Paxton et Henry Rousso (30:28)
  • Les concepts introduits par Pierre Laborie, comme « crise d’identité nationale », « penser-double », « non-consentement » (34:45)
  • La dialectique de l’événement et de la structure dans son travail, en lien avec l’effondrement de 1940 (40:30)
    • Conseil de lecture (43:45)

Références et conseils de lecture :

« Pierre Laborie, un historien “trouble-mémoire” » (article sur Pierre Laborie avec liens et entretiens)

« Déplorable leçon d’histoire » : Tribune cosignée par Pierre Laborie suite à la table-ronde avec les époux Aubrac organisée par Libération en 1997.

Parmi les travaux de Pierre Laborie :
– Résistants vichyssois et autres : l’évolution de l’opinion et des comportements dans le Lot de 1939 à 1944, Paris : Éditions du CNRS, 1980
L’opinion française sous Vichy : les Français et la crise d’identité nationale, Paris, Seuil, 1980.
Le chagrin et le venin. La France sous l’Occupation, mémoire et idées reçues, Paris, Bayard, 2011

Travaux cités durant l’émission :
François Azouvi, Le Mythe du grand silence. Auschwitz, les Français, la mémoire, Paris, Fayard, 2012.
– Eberhard Jäckel, La France dans l’Europe de Hitler, Paris, Fayard, 1968.
– Alf Lüdtke, « La domination au quotidien. “Sens de soi” et individualité des travailleurs en Allemagne avant et après 1933 », Politix, 4/13, 1991.
– François Marcot (dir.), avec la collaboration de Bruno Leroux et Christine Levisse-Touzé, Dictionnaire historique de la Résistance – Résistance intérieure et France libre, Paris, Robert Laffont, « Bouquins », 2006.
– Robert Paxton, La France de Vichy, Paris, Seuil, 1972.
– Henry Rousso, Le syndrome de Vichy (1944-1987), Paris, Seuil, 1987.

Conseil de lecture :

Claude Mauriac, Le temps immobile, 10 vol. Grasset

63. Un autre Risorgimento. L’Italie du sud au premier XIXe siècle, avec Pierre-Marie Delpu

L’invité: Pierre-Marie Delpu, chercheur au laboratoire Telemme

Le livre: Un autre Risorgimento.La formation du monde libéral dans le Royaume des Deux-Siciles (1815-1856), École française de Rome, 2019.

La discussion:

  • Le Royaume des Deux-Siciles, un espace politique original au sud de l’Italie (1′)
  • Les paradoxes de la Restauration en 1815, qui n’efface pas entièrement le passé du decennio francese (3′)
  • La question des sources : comment étudier sociétés secrètes et conspirations ? (9’50)
  • La façon de tirer parti historiquement des Mémoires de révolutionnaires comme Guglielmo Pepe (12’45)
  • L’exil et la prison, deux expériences politiques fondamentales pour les libéraux du XIXe siècle, avec la construction de la figure du « martyr » (14’10)
  • La question de la politisation populaire du XIXe siècle : « descente vers les masses » de la politique ou autonomie des pratiques et représentations ? (20′)
  • La place des martyrs politiques dans la politisation populaire (22’20)
  • L’articulation entre grandes révolutions et épisodes en apparence plus ordinaires ou routiniers (24’20)
  • Les images attachées au mezzogiorno, et son supposé déficit de « modernité », dès le XVIIIe siècle, et qui alimente des préjugés très durables (27’35)
  • Quels autres possibles en 1860 que le rattachement au Royaume d’Italie ? (33’20)

Les conseils de lecture :
– Emmanuel Fureix, L’œil blessé. Politiques de l’iconoclasme après la Révolution française, Champ Vallon 2019.
– Olivier Grenouilleau, Nos petites patries. Identités régionales et État central, en France, des origines à nos jours, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des histoires », 2019.

62. La construction des nations au XIXe siècle, avec Pierre-Marie Delpu

L’invité: Pierre-Marie Delpu, chercheur au laboratoire Telemme

Le thème: L’Europe entre restauration et révolution / La France et la construction de nouveaux États par la guerre et la diplomatie (programmes de Première 2019), à travers le chapitre dans le livre d’historiographie dirigé par Sébastien Cote et Emmanuelle Picard.

La discussion :

  • Quelles réactions d’un historien du XIXe siècle à ces nouveaux programmes, assez franco-centrés ? (1′)
  • Le vocabulaire de la « nation » et du « nationalisme » au XIXe siècle (4’15)
  • Le passage d’une conception historiographique de « l’éveil » des nationalités à la « construction » des nations, à travers l’exemple du « Risorgimento » (6’30)
  • Les désaccords et conflits au sein de chaque projet national (modèle monarchique, fédératif, républicain…) (9′)
  • L’importance paradoxale des circulations transnationales pour construire les projets nationaux au premier XIXe siècle, avec la Grèce pour « laboratoire » (11’30)
  • Les expériences militaires napoléoniennes réinvesties dans les luttes libérales dans les années 1820 (15’20)
  • La question polonaise, grande cause nationale et libérale au XIXe siècle, qui conduit aussi à relativiser le rôle initiateur de la France dans les révolutions européennes (18’20)
  • Réinscrire la question nationale dans une longue durée, à travers le « long Risorgimento » par exemple (22’30)
  • Le rattachement de la Savoie à la France, « point de passage et d’ouverture » du programme de Première (25′)
  • Difficultés, inachèvement, résistances à la construction nationale, à travers notamment l’exemple des mafias en Italie méridionale (28’30)
  • Bismarck et sa conception de la nation allemande (32’10)
  • L’intérêt pour les collègues d’utiliser l’iconographie au moment où les images jouent un rôle majeur dans l’acculturation politique et nationale des populations (35’30)

Les références citées dans le podcast :

– Benedict Anderson, L’imaginaire national. Réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, Paris, La Découverte, 1996 [1983].
– Walter Bruyère-Ostells, La grande armée de la liberté, Paris, Tallandier, 2009
– Olivier Grenouilleau, Nos petites patries. Identités régionales et État central, en France, des origines à nos jours, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des histoires », 2019.
– Sandrine Kott, Bismarck, Paris, Presses de la Fondation nationale des Sciences politiques, collection « Facettes », 2003
– Anne-Marie Thiesse, La création des identités nationales. Europe, XVIIIe-XXe siècle, Paris, Seuil, 1999

59. Revisiter la IIIe République, avec Mathieu Marly

L’invité: Mathieu Marly, chercheur post-doctoral et secrétaire du LabEx EHNE.

Le thème : le projet républicain 1870-1914 (nouveaux programmes de Première)

La discussion:

  • Une histoire prise dans des « fantasmes nostalgiques »
  • La nuance entre « modèle » et « projet » républicain
  • La tension propre à la IIIe République, entre défense de l’ordre, et défense des libertés
  • Ne pas idéaliser l’acte de vote sous la IIIe République
  • La dimension militaire du régime, qui participe de son modèle genré
  • Une sociabilité politique favorisée par la loi sur les débits de boisson de 1880
  • Les meetings politiques (extrait de la chanson de Mac-Nab, « Le grand métingue du métropolitain », par Marc Ogeret)
  • Un système scolaire à la fois universel et inégalitaire, révélateur des contradictions d’un « habitus national » méritocratique
  • Une histoire de l’échec scolaire qui reste à faire sous la IIIe République
  • Une sphère politique qui reste peu ouverte socialement
  • L’armée comme outil pour discipliner le corps social, à travers notamment ses bagnes coloniaux
  • La loi de 1905 comme révélateur non seulement du conflit religieux mais aussi de formes d’accommodement entre les catholiques et la République
  • L’inscription physique et symbolique de la République dans l’espace, et à travers des cérémonies et rituels
  • Un commentaire de deux documents du début des années 1880 (tableaux d’Alfred Roll et Edouard Detaille, p. 176-177 du manuel Nathan / S. Cote 1e)
  • Le lien entre République et patriotisme
  • L’efficacité du projet républicain visible lors de la mobilisation de 1914

Les références citées dans le podcast :

– Jean-François Chanet, L’École républicaine et les petites patries, préface de Mona Ozouf, Paris, Aubier, 1996
– Christophe Charle, Les élites de la République, 1880-1900, Paris, Fayard, 1987.
– Christophe Charle, La Crise des sociétés impériales. Allemagne, France, Grande-Bretagne (1900-1940). Essai d’histoire sociale comparée, Paris, Seuil, 2001.
– Paula Cossart, Le meeting politique. De la délibération à la manifestation (1868-1939), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2010.
– Alain Garrigou, Histoire sociale du suffrage universel en France (1848-2000), Paris, Seuil, 2002.
– Dominique Kalifa, Biribi. Les bagnes coloniaux de l’armée française, Paris, Perrin, 2009.
– Nicolas Mariot, Bains de foule. Les voyages présidentiels en province, 1888-2002, Belin, coll. « socio-histoires », 2006
– Mathieu Marly, Distinguer et Soumettre. Une histoire sociale de l’armée française (1872-1914), à paraître aux Presses Universitaires de Rennes en août 2019.

Le conseil de lecture :
– Nicolas Mariot, Tous unis dans la tranchée ? 1914-1918, les intellectuels rencontrent le peuple, Éd. du Seuil, coll. « L’Univers historique », 2013.

 

58. L’iconoclasme politique au XIXe siècle, avec Emmanuel Fureix

L’invité : Emmanuel Fureix, maître de conférences à l’Université Paris-est Créteil

Le livre : L’œil blessé. Politiques de l’iconoclasme après la Révolution française, Champ Vallon 2019.

La discussion :

  • Le titre du livre : de qui l’œil est-il blessé, et par quoi ?
  • Les signes visés par l’iconoclasme politique, et les types d’opérations qui les entourent
  • Une inquiétude envers les signes politiques, qui produit des sources administratives et judiciaires en particulier
  • Des témoignages, qui n’émanent que peu des hommes politiques, qui jugent tout cela dérisoire
  • L’iconoclasme, trace d’autres formes de politisation, et de conceptions de la citoyenneté, que celle qui passe par le vote
  • Une pratique iconoclaste qui ne s’explique pas seulement par des éléments sociologiques (couches populaires vs. élites)
  • La monnaie, où s’inscrit la souveraineté, visée par l’iconoclasme
  • L’imaginaire du régicide visant les Bourbons
  • Les fleurs et leur gamme chromatique indiquant des appartenances politiques
  • La croyance en une puissance performative des signes et des gestes qui les visent
  • La tension entre gestes iconoclastes et sacralisation du patrimoine et de la propriété au XIXe siècle
  • Un iconoclasme chirurgical à lier à la notion d’« iconoclash » (Bruno Latour)
  • Un iconoclasme entre spontanéité et le calcul
  • Le contexte particulièrement troublé des années 1814-1816, et la virulence iconoclaste de la seconde Restauration
  • Un usage paradoxal et risqué de l’iconoclasme du côté des Bourbons et de leurs partisans
  • Une autre dimension de ces conflits autour des signes : le défi masculin dans l’espace public
  • La « recharge iconoclaste » de février 1831
  • Quels sens donner à la scène célèbre du « sac  des Tuileries » en  février 1848 ?
  • Le surprenant iconoclasme de la République conservatrice de 1849-1851
  • Un moment d’iconoclasme un peu oublié : la chute du Second Empire en septembre 1870
  • Le rapport entre Paris et province et les moments de diffusion des nouvelles parisiennes à l’origine de pratiques iconoclastes
  • La violence iconoclaste, substitut à la violence physique ?
  • Une efficacité des gestes iconoclastes qui semble décroître dans le dernier tiers du XIXe siècle
  • La faible circulation internationale de l’iconoclasme, à la différence de la barricade.
  • Les résurgences de l’iconoclasme dans les sociétés contemporaines

Les conseils de lecture :
– Alain Corbin, Le village des cannibales, Paris, Aubier, 1990.
– Emmanuel Fureix, Le siècle des possibles (1814-1914), Paris, PUF, 2014.

56. Quelle histoire dans les manuels scolaires? avec Sébastien Cote, Carole Greffrath et Emmanuelle Picard

Les invité-e-s : Sébastien Cote, professeur en CPGE et directeur de collection de manuels scolaires ; Carole Greffrath, éditrice chez Nathan ; Emmanuelle Picard, maîtresse de conférences à l’ENS de Lyon

Les livres : S. Cote et E. Picard (dir.), Regards historiques sur les grandes étapes de la formation du monde moderne ; Regards historiques sur Nations empires et nationalités de 1789 aux lendemains de la Première Guerre mondiale (Nathan, à paraître en 2019)

La discussion :

  • L’origine du projet de livre d’accompagnement historiographique aux programmes scolaires dirigé par S. Cote et E. Picard (2:10)
  • L’accès plus facile aujourd’hui aux renouvellements grâce à des ressources électroniques (4:30)
  • Comment relire de façon novatrice des programmes d’apparence très classiques ? (6:35)
  • Peut-on faire des manuels et rester critique envers les réformes et les choix ou le fonctionnement de l’institution scolaire ? (9:35)
  • Les rapports entre monde universitaire et histoire enseignée dans le secondaire, avec des liens transformés et en partie à renouer (12:15)
  • Les enjeux civiques de l’histoire scolaire : usages publics de l’histoire, rapport à la vérité, place de la méthode historique (17:55)
  • Les usages multiples et parfois contradictoires des manuels, transformés encore par le passage au numérique, non sans poser problème (20:30)
  • La distinction à faire entre programmes, manuels, et contenus des cours d’histoire, source de polémiques artificielles (« Verdun ne sera plus enseigné ! ») (25:50)
  • La place des « points de passage et d’ouverture » et la lourdeur des programmes (30:50)
  • La méthode historique et les sources à placer au cœur de la pédagogie ? (36:00)
  • Les contraintes d’écriture et de fabrication d’un manuel (45:25)
  • Comment sont choisis les auteurs ? Quel rôle pour le directeur ? (52’50)
  • La prise en compte des troubles « dys » dans les manuels (56’40)
  • Est-ce que certaines situations d’apprentissage sont testées avant d’être dans les manuels ? (57’50)
  • Les différents métiers (cartographe, iconographe…) impliqués dans la fabrication d’un manuel (1:00:40)
  • Comment rappeler dans un manuel que les femmes sont actrices de l’histoire ? (1:02:25)