71. Écrire la biographie de Charles de Gaulle, avec Julian Jackson

L’invité: Julian Jackson, professeur à Queen Mary college, LondresLe livre: De Gaulle. Une certaine idée de la France, Paris, Seuil, 2019.

La discussion:

  • les origines de ce travail sur De Gaulle
  • comment écrire une telle biographie, et quel type d’écriture biographique choisir, avec quelles archives
  • la confrontation aux sources et aux écrits de De Gaulle en particulier, et la nécessité à la fois d’en  déconstruire le mythe et de le prendre en compte
  • De Gaulle, un intellectuel marqué par de multiples influences, dont Péguy et Bergson mais aussi Gustave Le Bon
  • “on a trop tendance à arrondir les angles de De Gaulle en France”
  • Des rapports compliqués entre De Gaulle et Pétain, “mort en 1925” selon lui, et dont il n’est pas sous l’emprise en 1940
  • les difficultés immenses de la France libre naissante en 1940, et les facteurs expliquant le succès gaullien
  • relativiser les effets du ralliement des résistants de l’intérieur (du CNR) en 1943 dans le succès obtenu sur Giraud
  • extrait audio: discours du 23 octobre 1941 (fusillés de Nantes et Châteaubriand)
  • l’extrême froideur manifestée par De Gaulle envers les résistants de l’intérieur, et plus largement, sa personnalité si étrange devenue un outil politique
  • les ambiguïtés vis-à-vis de l’idée de coup d’état afin de revenir au pouvoir entre 1946 et 1958
  • extrait audio: discours du 23 avril 1961 (“putsch des généraux” à Alger)
  • les paradoxes d’un général qui a incarné l’autorité, après avoir lui-même désobéi en 1940, illustrant la tension entre légalité et légitimité
  • Un De Gaulle aimant faire des éclats mais sachant se montrer pragmatique
  • Le style gaullien en politique extérieure, et son positionnement vis-à-vis de la guerre froide
  • extrait audio: discours du 24 juillet 1967 à Montréal (“Vive le Québec libre”)
  • la surprise au terme de travail : un De Gaulle doté d’une extraordinaire capacité d’écoute

Le conseil de lecture: Richard Evans, Eric Hobsbawm, A life in history

57. Historiographie de l’État à l’époque moderne, avec Igor Moullier

L’invité : Igor Moullier, maître de conférences à l’ENS de Lyon

Le thème : l’affirmation de l’État en France à l’époque moderne / le modèle britannique au XVIIIe siècle (nouveaux programmes de Seconde)

La discussion :

  • Le regard que porte un moderniste sur le retour de l’histoire moderne, sous une forme plutôt traditionnelle, dans les programmes du lycée (1:15)
  • L’absolutisme, une notion moins évidente et plus discutée que par le passé (2:50)
  • Les relectures du règne de Louis XIV, notamment dans l’historiographie anglophone (6:00)
  • À quoi ressemble l’État moderne, en termes d’effectifs, encore limités ? (7:45)
  • La place qui reste centrale de la noblesse et d’autres acteurs sociaux même dans une monarchie dite « absolue » (9 :40)
  • La guerre au cœur des dynamiques d’affirmation de l’État au XVIIe siècle, et depuis la fin du Moyen âge (11:00)
  • L’impôt comme fil directeur possible d’une partie du programme de Seconde (12:30)
  • Les relectures de l’histoire britannique, aujourd’hui démythifiée par l’historiographie qui souligne les tensions qui précèdent et accompagnent l’avènement du parlementarisme (16:00)
  • Les enjeux des complexes révolutions britanniques du XVIIe siècle (19:15)
  • Les textes et pratiques du parlementarisme britannique (22:45)
  • Les circulations idéologiques à l’encontre de l’idée d’un “modèle” britannique simplement diffusé (26:25)
  • Les rapports entre États monarchiques et Églises en France et en Grande-Bretagne (27:15)
  • Les approches historiques qui ont réfléchi à la dimension spatiale de l’État, à sa maîtrise du territoire (30:25)
  • Une analyse de l’Habeas corpus de 1679 (33:30)

Les références citées dans le podcast:

  • John Brewer, The Sinews of Power. War, Money and the English State, 1688-1783, Londres, Unwin Hyman, rééd. Routledge, 1994
  • Pierre Goubert, Louis XIV et vingt millions de Français, Paris, Fayard, 1966.
  • Renaud Morieux, Une mer pour deux royaumes, La Manche, une frontière franco-anglaise (XVIIe – XVIIIe siècle), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008
  • Daniel Nordman, Frontières de France. De l’espace au territoire, XVIe-XIXe siècles, Paris, Gallimard, Bibliothèque des histoires, 1999

Les conseils de lecture :
Fanny Cosandey et Robert Descimon, L’Absolutisme en France. Histoire et historiographie, Paris, Seuil, « Points Histoire »/ »L’histoire en débats », 2002
– James Collins, La monarchie républicaine. État et société dans la France moderne, Odile Jacob, 2016.

43. L’internationalisme ouvrier au XIXe siècle, avec Nicolas Delalande

L’invité : Nicolas Delalande, professeur au Centre d’histoire de Sciences Po

Le livre : La Lutte et l’entraide. L’Âge des solidarités ouvrières, Paris, Seuil, « L’univers historique », 2019.La discussion : comment on passe d’une histoire de l’impôt, de l’État, à celle de l’internationalisme ouvrier (1’05) ; l’inscription dans l’histoire transnationale et dans celle de la première mondialisation du XIXe siècle, où le mouvement ouvrier est directement confronté à l’ouverture des échanges (3’02) ; la relecture d’une historiographie élaborée en partie dans les années 1960-1970 et marquée alors par des questionnements surtout idéologiques et politiques (5’05) ; une première internationale marquée par des solidarités de métier (7’00) ; le paradoxe central travaillé par le livre : comment s’organiser, sur le plan financier notamment, sans reproduire l’institutionnalisation du monde bourgeois ? (8’50) ; l’imprégnation paradoxale des syndicalistes anglais par la morale victorienne en matière de rapport à l’argent et de respectabilité (11’05) ; l’invention d’une solidarité ouvrière distincte de la charité ou de la philanthropie (13’20) ; le moment qui suit l’écrasement de la Commune comme mise à l’épreuve de ces pratiques (16’50) ; l’importance du crédit dans l’imaginaire et les pratiques socialistes de l’époque (18’10) ; l’extrême importance de la question migratoire dans la mise en place de l’internationalisme ouvrier, faisant écho aux débats actuels sur les « travailleurs détachés » ou le « dumping social » (22’20) ; la centralité de Londres, tant pour le capital que pour les militants ouvriers et révolutionnaires, et la fidélité des autorités britanniques au droit d’asile (27’07) ; les malentendus et les difficultés pratiques de l’internationalisme, face en particulier à la construction des États-nations (30’15) ; les débats sur la grève générale illustrant ces divergences (33’15) ; les mutations géographiques du second internationalisme des années 1880-1890, les États-Unis voire les colonies devenant des espaces à prendre en compte, compliquant le jeu des solidarités (37’30) ; dans quelle mesure les préoccupations contemporaines ont joué dans l’écriture du livre (42’55) ; l’adoption d’enfants comme pratique marquante de solidarité dès les années 1860-1870, réutilisée ensuite dans des contextes guerriers (travaux de Célia Keren sur la guerre d’Espagne) (45’15).

Le conseil de lecture : Mark Mazower, What You Did Not Tell: A Russian Past and the Journey Home, Londres, Allen Lane, 2017.

30. Revoir Monty Python Sacré Graal, avec Justine Breton

L’invitée : Justine Breton, spécialiste des représentations arthuriennes en littérature et au cinéma, professeur à l’ESPE de Picardie

Le film : Monty Python, Holy Grail, de Terry Gilliam et Terry Jones (1975)

La discussion : le médiévalisme, domaine d’étude des représentations du Moyen âge et de ses déformations (1′), le rôle du roman de Walter Scott, Ivanhoé (1819) dans la cristallisation de ces images (3’10), le contexte de sortie du film et la présence cinématographique du Moyen âge (4′), les origines du projet chez les Monty Python (6’20), les différentes versions du scénario et les conditions cauchemardesques du tournage (9’05), les difficultés spécifiques de Graham Chapman/Arthur (11’40), la subversion des codes chevaleresques (13’05), comme de la narration filmée de l’histoire (15’25), un autre cliché détourné ou subverti, celui des bûchers pour les sorcières (19’15), quand se déroule le film ? Moyen âge générique ou spécifique (22’35), le personnage d’Arthur et son origine historique et littéraire (23’35), l’espace figuré par le film et la présence des Français (25’05), l’antagonisme anglo-français et ses significations : appropriation « française » des motifs arthuriens (26’28) ? l’inachèvement de la quête du Graal, dans le film et dans ses sources (29’50), la mise en scène de la sexualité et de la tentation sexuelle pour Galahad/Michael Palin (32’30), le travail sur l’image médiévale et l’enluminure (34’52), la place du religieux dans le film (36’20).

Le château de Doune, où furent tournées une grande partie des scènes du film

Les références citées dans le podcast :
– Richard Thorpe, Les chevaliers de la Table ronde, 1953
– John Boorman, Excalibur, 1981
– Michel Pastoureau, L’ours, histoire d’un roi déchu, Paris, Seuil, 2007
– T. H. White, The once and future king, Collins, 1958
– Justine Breton et Florian Besson, Kaamelot, un livre d’histoire, Paris, Vendémiaire, 2018.

Les conseils de lecture :
– Graham Chapman, A liar’s autobiography, 1980
– Eric Idle, Always look on the bright side of life, 2018

6. Ouvriers britanniques à Paris au XIXe s., avec Fabrice Bensimon

L’invité : Fabrice Bensimon, professeur d’histoire et de civilisation britanniques à l’université Paris-IV, membre du Centre d’Histoire du XIXe siècle

Le livre : Les sentiers de l’ouvrier. Textes de John Colin, Charles Manby Smith et William Duthie, traduits par Sabine Reungoat, présentés par Fabrice Bensimon, Paris, éditions de la Sorbonne, 2018, 136 p. , 15€.

La discussion : comment les historiens ont recherché et fait émerger des autobiographies issues des classes populaires (2’), qui écrit mais aussi qui n’écrit pas dans les classes populaires britanniques au XIXe siècle (5’50), les logiques migratoires de la Grande-Bretagne vers la France, où se trouve notamment un marché noir de l’édition à l’époque (8’10), le décalage de qualification entre Britanniques et Français au début de l’industrialisation (10’), liberté de circulation vs. contrôle des passeports et des déplacements (13’), le rapport distant des ouvriers britanniques à l’effervescence politique française des années 1830-1848 (15’45), à propos de politisation, « the » question : pourquoi pas de révolution en Grande-Bretagne en 1848 ? (18’20), les sociabilités populaires et ouvrières dans le Paris des années 1830-1840 (22’45), la « Saint lundi » et les résistances aux rythmes accrus du travail (24’30), l’intégration de ces ouvriers dans la société française, entre ouverture et fermeture avec l’émergence d’un « langage de la nationalité » (27’).

Les références citées dans le podcast :

Martin Nadaud, Mémoires de Léonard, maçon de la Creuse, présentation, notes et bibliographie de Jean-Pierre Rioux, Paris, Vendémiaire, 2012 [1895]

Agricol Perdiguier, Mémoires d’un compagnon, Paris, Maspero, 1977 [1854-1855]

Edward P. Thompson, La Formation de la classe ouvrière anglaise, Paris, Seuil, « Points », 2012 [1963]

Jacques-Olivier Boudon, Le Plancher de Joachim. L’histoire retrouvée d’un village français, Belin, 288 pp., 24 €.

Le conseil de lecture : Jill Lidington et Jill Norris, Histoire des suffragistes radicales, Paris, Libertalia, 2018 [1978].