129. Histoires de Tintin #6 : De l’autre côté du rideau de fer, avec Rachel Mazuy

L’invitée : Rachel Mazuy, chercheuse en histoire contemporaine

Le thème : Tintin de l’autre côté de Rideau de fer, dans Au pays des soviets (1929-1930) et L’affaire Tournesol (1954-1956)

La discussion :

  • Deux albums situés dans des contextes très différents, avec l’anticommunisme de l’entre-deux-guerres puis le climat de la guerre froide (1’)

Tintin au pays des soviets

  • Les caractéristiques de Tintin au pays des soviets (3’25)
  • L’anticommunisme de la Belgique, et ses spécificités d’époque (6’20)
  • Un récit qui est autant un récit d’aventures qu’un pamphlet idéologique (8’25)
  • La source d’inspiration principale d’Hergé : le livre de Joseph Douillet, Moscou sans voiles (11’40)
  • Le récit de voyage en URSS, genre installé quand écrit Hergé (13’30)
  • Une inspiration méconnue, le scout danois Palle Huld (15’45)
  • L’idée d’usines factices et de « villages Potemkine » (20’)
  • L’Allemagne, sur le chemin de la Russie (22’30)
  • Une Russie qui rappelle la guerre civile plus que les années 1920 (24’20)
  • Les apparences et vêtements (26’20)
  • Qui dirige la Russie d’Hergé ? (27’30)
  • Quelles ressources visuelles pour dessiner l’album ? (29’50)
  • Hergé parfois en-dessous de la réalité : les orphelins et enfants errants, la dékoulakisation… (31’)
  • Au-delà de l’anticommunisme, des clichés traditionnels sur la Russie (35’)

L’affaire Tournesol

  • Un album de guerre froide, qui transpose également un imaginaire lié à la Seconde Guerre mondiale (41’)
  • Quel pays de l’est représente la Bordurie ? (43’)
  • Un imaginaire marqué par la peur atomique (47’)
  • Une lecture « totalitaire » chez Hergé ? (51’)
  • L’atmosphère de surveillance qui règne en Bordurie (53’)
  • …mais des réalités quotidiennes éloignées de celles des pays de l’est (58’)
  • L’évolution de la représentation de ces pays dans la BD, avec le marquant Partie de chasse en 1983 de Bilal et Christin (1’01’00)

Références bibliographiques et filmées

118. Un film des années Reagan: Rocky IV, avec Laurent Gayme

L’invité : Laurent Gayme, professeur d’histoire-géographie

Le film : Rocky IV (Sylvester Stallone, 1985)

La discussion :

  • Un film de guerre froide, inscrit dans le contexte particulier de 1985 (1’)
  • Sa réception aux États-Unis et en France (3’)
  • Le scénario du film (7’30)
  • Une apparition de Gorbatchev (11’)
  • Le dénouement « heureux » et improbable du film (13’)
  • Le personnage d’Ivan Drago, dans un rôle pressenti pour Schwarzenegger (14’)
  • Un portrait à charge du sport soviétique : dopage, amateurisme dévoyé… (18’)
  • L’inversion du film : Rocky s’entraînant dans la nature soviétique, Drago avec de la haute technologie (20’)
  • La mise en scène de la confrontation est-ouest lors de la conférence de presse (26’)
  • Le show à l’américaine de James Brown (27’30) et ses liens avec les valeurs défendues par Stallone
  • Un film à inscrire dans un moment « reaganien » du cinéma (33’)

Le conseil de lecture : Frédéric Gimello-Mesplomb (dir.), Le cinéma des années Reagan, un modèle hollywoodien ?, Nouveau Monde éditions, 2007.

110. Watchmen, l’envers de l’histoire américaine, avec Tal Bruttmann

L’invité : Tal Bruttmann, historien

Les œuvres: le comic Watchmen (Alan Moore, 1985) et la série du même nom (Damon Lindelof, HBO, 2019)

La discussion :

  • Pourquoi, en historiens, s’intéresser à Watchmen ? D’abord un tournant au milieu des années 1980 dans l’histoire du comic / de la BD
  • Une série dessinée qui casse le mythe du super-héros et questionne la notion de justice, et des masques sous lesquels on l’exerce
  • Un comic qui prend place dans une chronologie alternative, où les États-Unis ont remporté la guerre du Vietnam
  • Le contexte des années 1980 et la menace de la guerre nucléaire planant sur la série dessinée
  • La façon dont Watchmen intègre le motif de l’horloge (Doomsday clock)et du temps dans sa narration et ses choix graphiques
  • Lé série télévisée créée par Damon Lindelof, et son choix de transposer l’œuvre plutôt que de l’adapter
  • La violence raciale, enjeu frontalement affronté par Watchmen version 2019
  • La scène d’ouverture : le massacre racial de 1921 à Tulsa (Oklahoma), et la façon d’en faire l’histoire
  • Les contextes multiples de ce massacre, inscrit dans la moyenne durée des violences racistes, du lendemain de la Première Guerre mondiale, et dans un lieu spécifique, l’Oklahoma
  • L’intégration de la Shoah au propos de la série
  • Le pogrom de Tulsa comme point de départ narratif des neuf épisodes
  • Le nazisme américain à l’orée de la Seconde Guerre mondiale
  • D’autres enjeux historiques et sociaux propres aux États-Unis : les armes à feu et les drogues
  • Le propos très subtil de la série sur la mémoire, la « nostalgie » et l’histoire

Pour aller plus loin :

  • Le comic watchmen
  • Mémoire universitaire sur Watchmen
  • interview de Damon Lindelof
  • Article sur le pogrom de Tulsa
  • Site de HBO
  • Farid Ameur Le Ku Klux Klan, Paris, Hachette / Pluriel, 2016
  • Caroline Rolland Diamond, Black America. Une histoire des luttes pour l’égalité et la justice (XIXe-XXIe), Paris, La découverte, 2019.

107. Rambo, ou le rude retour du Vietnam, avec Marjolaine Boutet

L’invitée :  Marjolaine Boutet, Maîtresse de Conférences en Histoire contemporaine à l’UPJVLe film :  Rambo, first blood (Ted Kotcheff, 1982)

La discussion :

  • Rambo, un film assez méconnu, à relier au cinéma indépendant du « nouvel Hollywood » des années 1970 (1’30)
  • Résumé de ce « huis clos à ciel ouvert » qui oppose un vétéran du Vietnam au shérif d’une petite ville (3’35)
  • Le basculement du film lorsque Rambo revit le traumatisme du Vietnam (5’10)
  • Rambo « bon sauvage » mais expert du combat (8’00)
  • La tension entre les facettes du personnage : vulnérable et dangereux, marqué par la guerre (10’40)
  • La violence de Rambo, à réinsérer dans la représentation des vétérans dans le cinéma des années 1970-1980, et les codes des films d’action des années 1980-1990 (13’40)
  • Le fameux monologue de Rambo : « rien n’est terminé… c’était pas ma guerre » (16’30)
  • Rambo, symbole du désarroi d’une génération (19’)
  • Un film qui amorce un retournement conservateur de la mémoire du Vietnam, stigmatisant les pacifistes, le féminisme… (22’)
  • Le déni de la défaite du Vietnam, à travers la critique néoconservatrice de l’État et des institutions (24’50)
  • Quelle réception pour le film, préparée par des séries comme Magnum, PI à partir de 1980 ? (26’45)
  • Le mémorial du Vietnam et sa symbolique (30’45)
  • L’ami de Rambo victime de l’« agent orange » et la prise en charge lacunaire des vétérans (33’00)
  • L’absence des Vietnamiens dans la représentation américaine du Vietnam (35’20)

 

Articles de Marjolaine Boutet pour aller plus loin :

 

Conseils de lecture :

  • JEFFORDS, Susan, The Remasculinization of America : Gender and the Vietnam War, Bloomington (Ind.), Indiana University Press, 1989.
  • ANDEREGG, Michael (ed.), Inventing Vietnam, the War in Film and Television, Philadelphie, Temple University Press, 1991.
  • DITTMAR, Linda, MICHAUD, Gene, From Hanoi to Hollywood : the Vietnam War in American Film, New Brunswick, Rutgers University Press, 1990.
  • FERRO Marc, Cinéma et histoire, Gallimard, Folio, 1993.
  • VAÏSSE Justin, Histoire du néoconservatisme aux États-Unis, Odile Jacob, 2008.

99. Revoir “Octobre rouge”, avec Alexandre Jubelin – Le Collimateur

Émission en partenariat avec Le Collimateur, podcast de l’IRSEM, animée par Alexandre Jubelin

Le film : À la poursuite d’Octobre rouge (The Hunt for Red October) de John McTiernan (1990), d’après Tom Clancy

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Interprétation de la musique originale du film (Basil Poledouris) durant le générique de début de l’émission

50. Sport et création artistique à l’époque soviétique, avec Julie Deschepper et Sylvain Dufraisse

Les invités : Julie Deschepper, doctorante à l’Inalco ; Sylvain Dufraisse, maître de conférences à l’Université de Nantes

L’exposition et le livre:

“Rouge. L’art au pays des soviets” (Grand Palais, jusqu’au 22juillet 2019)

Les héros du sport. Une histoire des champions soviétiques (années 1930 – années 1980), Champ Vallon, 2019.

La discussion : pourquoi il faut voir l’exposition « Rouge », d’une grande richesse en termes d’œuvres exposées, et de variété de formes artistiques (1’) ; un art qui ne se réduit pas à ses dimensions officielles ou « totalitaires » (3’) ; parmi ces œuvres, celles consacrées aux corps, allant de la biomécanique de Meyerhold à la promotion de la vigueur physique (5’) ; d’autres qui illustrent la violence stalinienne (7’10) ; la césure muséographique entre 1er niveau de l’exposition (années 1920) et second niveau (années 1930) à interroger (8’50) ; la complexité des années 1930 avec l’ouverture aux loisirs « modernes » comme le parachutisme (10’15) ; le concept moins simple qu’il n’y paraît de « réalisme socialiste » (13’40) ; certaines continuités entre les années 1920 et 1930 en matière de figuration et de représentation (18’40) ; l’accent bienvenu mis sur l’architecture et l’espace public dans l’exposition (21’) ; les reconfigurations de la ville socialiste dans un contexte de pénuries de logements (24’) ; les artistes et sportifs comme « promus » (Nicolas Werth) dans la société soviétique (27’15) ; le concept de kultur’nost ou de « civilisation » soviétique ; les contradictions du sport de compétition dans une société collectiviste (30’) ; la nécessité d’éviter une lecture trop monolithique du régime soviétique, pour comprendre les discussions ou compétitions entre organes (34’35) ; la façon dont l’URSS se construit au contact de l’étranger et de l’Ouest (avec le fait de quitter ou de rejoindre les fédérations sportives « bourgeoises » ou le CIO) (41’30) ; l’URSS qui attire des sportifs « marginaux » comme Jules Ladoumègue dans les années 1930 (43’) ; les problèmes que posent les voyages des sportifs soviétiques à l’étranger (46’) ; un retour critique sur l’idée de « stagnation » à l’ère brejnevienne (51’10), les conseils de lecture.

Les références citées dans l’émission :

« Rouge ! L’art au pays des soviets », documentaire d’Arte (A. Minard)
– Michael David-Fox, Showcasing the Great Experiment. Cultural Diplomacy and Western Visitors to the Soviet Union, 1921‑1941, Oxford University Press, 2012.
– Sabine Dullin, La frontière épaisse. Aux origines des politiques soviétiques (1920-1940), Paris, Éditions de l’EHESS, 2014.
– Marc Elie et Isabelle Ohayon, « L’expérience soviétique à son apogée », Cahiers du monde russe, 54/1-2, 2013.
– Emila Koustova, « Les fêtes révolutionnaires russes entre 1917 et 1920. Des pratiques multiples et une matrice commune », Cahiers du monde russe, 47/4, 2006.
– Cécile Pichon-Bonin, Peinture et politique en URSS : l’itinéraire des membres de la Société des artistes de chevalet (1917-1941), Dijon, Les Presses du réel, 2013.
– Travaux de Valérie Pozner sur le cinéma

Les conseils de lecture :

– Ilf et Petrov, Le veau d’or
– Gianni Haver, Jean-François Fayet, Valérie Gorin, Emilia Koustova (dir.), Le spectacle de la Révolution. La culture visuelle des commémorations d’Octobre, Lausanne, Antipodes, coll. « Univers visuels », 2017
– Sheila Fitzpatrick, Le stalinisme au quotidien. La Russie soviétique dans les années 30, Paris, Flammarion, 2002.

4. L’Asie dans les conflits du premier XXe siècle, avec Pierre Grosser

L’invité : Pierre Grosser, professeur agrégé à Sciences Po, chercheur en histoire des relations internationales

Le livre : L’Histoire du monde se fait en Asie. Une autre vision du XXe siècle, Paris, Odile Jacob, 2017.
La discussion : les origines du travail et l’intérêt pour l’Asie en tant qu’historien internationaliste (3′), le défi mais la possibilité d’écrire une histoire de l’Asie sans parler les langues de la région (4′), les renouvellements historiographiques récents de l’histoire de l’Asie et les biais de ces travaux qu’il faut savoir décoder (5’30), la vogue actuelle de l’histoire mondiale en France, et le retard ou les limites de ces approches qui ignorent souvent les relations internationales (7’30), l’importance pour les relations internationales aux XIXe-XXe siècles de la zone située entre Chine et Russie (10’40), l’issue de la première guerre mondiale en Asie et les frustrations de la Chine et du Japon, pour la “clause d’égalité raciale” notamment (13′), la discrétion diplomatique de la France dans la région (15′), le lien entre questions extérieures (et asiatiques) et politique intérieure, pour l’URSS en particulier (16’10), les raisons pour lesquelles la guerre URSS-Japon n’a (presque) pas eu lieu, qui aurait pu constituer le tournant de la seconde guerre mondiale (18’30), les lectures renouvelées de la capitulation japonaise en 1945, entre bombes atomiques et offensive soviétique (20′), la périodisation de la seconde guerre mondiale, qu’on peut faire débuter en 1937 ou 1931 en Asie, et les sous-entendus historiographiques, politiques et mémoriels dans le choix de ces dates (22′).

Les références citées dans le podcast :
– Sylvain Venayre et Pierre Singaravélou, Histoire du monde au XIXe siècle, Paris,Fayard, 2017.
– Jürgen Osterhammel, La transformation du monde au XIXe siècle , Paris, Nouveau monde éditions, 2017.
– Christopher Bayly, La naissance du monde moderne (1780-1914), Paris, Les Éditions de l’Atelier – Le Monde diplomatique, 2007

Le conseil de lecture : Odd Arne Westad, La guerre froide globale, Payot, 2007