141. Statues contestées #2 : aux sources de l’iconoclasme

Depuis mai 2020, à travers le monde, les statues et monuments ayant un lien avec le passé colonial et esclavagiste sont contestées et parfois renversées. Une irruption des enjeux mémoriels dans l’espace public qui fait l’objet de cinq émissions du podcast:

1. Tempête mémorielle dans l’espace public

2. Aux sources de l’iconoclasme

3. Antilles, États-Unis, les épicentres de la contestation

4. Tour du monde des statues renversées

5. Déboulonner, et après ?

La liste des textes, interviews et articles sur les statues contestées est à consulter ici, ainsi que cette liste établie par Liesbeth Corens

Liste des intervenantes et des intervenants :

113. Les Lumières au Danemark: A Royal Affair, avec Aurore Chéry

 L’invitée : Aurore Chéry, historienne, spécialiste du XVIIIe siècle

Le film : A Royal Affair, de Nikolaj Arcel (2012)

La discussion :

  • L’intrigue du film, à la fois politique et amoureuse, sous le règne de Christian VII du Danemark lors de la période où Johann Struensee est au pouvoir, introduisant les Lumières au Danemark
  • Le contexte politique plus complexe que ne le suggère le film, la question des Lumières se superposant à celle des ingérences étrangères
  • Les luttes de factions à la Cour, et à l’échelle européenne (4’30)
  • La « folie » du roi Christian VII  – ou sa simulation ? (7’20)
  • Un corps royal plus fragile qu’on ne le pense (11’30)
  • La sexualité royale, objet de débats et de discours (13’15)
  • Le réformateur Johann Struensee et son parcours (16’) en homme des Lumières (20’)
  • La dimension médicale de son action (23’)
  • La superposition du cas danois et du cas français (28’)
  • La statut de Struensee, et à travers lui le statut des « étrangers » sous l’Ancien régime (30’)
  • Un film historique intéressant mais qui ne rend pas tout à fait justice à la reine Caroline-Mathilde (33’)
  • Les enjeux éducatifs, et l’influence de Rousseau (35’)
  • Les légères allusions à l’empire colonial du Danemark (38’)

Pour aller plus loin :

  • Lettres de Gustav III
  • “Mémoires de Reverdil” en ligne.
  • biographie de Christian VII par Ulrik Langen en danois
  • Article d’Aurore Chéry sur l’onanisme en comparant le cas danois et le cas français, et billet sur la visite de Christian VII à Louis XV
  •  article de Langen sur le voyage de Christan VII en France.

 

92. L’antiquité grecque au Japon, avec Michael Lucken

L’invité : Michael Lucken, professeur à l’INALCO

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Le livre : Le Japon grec. Culture et possession, Paris, Gallimard, 2019.

La discussion :

  • L’origine du livre et de l’enquête (1’15)
  • Des connexions repérées entre Grèce et Japon dès le XIXe siècle, par des savants européens et japonais (3′)
  • Des voyageurs qui analysent les analogies, de forme (colonnes en architecture…) (4’05)
  • Les différents types de corrélations imaginées entre Grèce et Japon, permettant d’imaginer un contre-récit à celui d’un début de l’histoire en occident (5’50)
  • Le contexte de la modernisation à partir de l’ère Meiji (1868) qui permet de comprendre ce regard porté sur la Grèce (8’40)
  • Le référent grec qui permet aussi de se positionner face à la Chine (10′)
  • La structuration des études classiques et helléniques au Japon au début du XXe siècle (11’30)
  • Le paradoxe d’un philhellénisme japonais sans voyages en Grèce, fondé sur les textes (13’20)
  • La formation de néologismes japonais fondés sur le grec, comme « théologie » / « shingaku » (15’05)
  • L’importance de la médiation allemande dans l’émergence du « Japon grec » (17′)
  • Les usages nationalistes de l’antiquité dans la période de l’expansionnisme japonais, des années 1895-1945
  • Les épisodes du passé grec qui sont particulièrement utilisés : un parallèle entre le Japon et Thèbes en particulier ; puis des usages fascisants de Platon (18’25)
  • Les analogies établies entre guerriers grecs et samouraïs japonais, compliquées par la question du corps (22’30)
  • Une « table rase » du rapport à la Grèce en 1945 (24’55)
  • Le patrimoine architectural néoclassique japonais, en grande partie détruit durant la Seconde Guerre mondiale (27’10)
  • Un rapport au théâtre grec qui s’établit après la guerre (29’05)
  • La place de la référence grecque pour l’écrivain Mishima (30’50)
  • Un Japon grec présent en filigrane dans la culture populaire, à travers les films de Miyazaki notamment (32’10)
  • La question de l’appropriation culturelle, possible avec du travail : le Japon peut être grec (34’25)

Les références citées dans le podcast, et le conseil de lecture :

  • Anthony Andurand, Le mythe grec allemand. Histoire d’une affinité élective, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2013.
  • Johann Chapoutot, Le national-socialisme et l’antiquité, Paris, PUF, 2008.
  • Jean-Paul Demoule, Où sont passés les indo-européens ? le mythe d’origine de l’occident, Paris, Seuil, 2014.
  • Pierre-François Souyri, Moderne sans être occidental. Aux origines du Japon d’aujourd’hui, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des histoires », 2016.
  • Nakai Masakazu, Introduction à l’esthétique, Dijon, Presses du réel, à paraître.

Fronton néoclassique et colonnade de l’ancien bâtiment de la monnaie à Osaka

64. Bibliothèque idéale et participative (1) : Mondes anciens

Premier épisode d’une série réalisée grâce aux contributions des auditrices et des auditeurs du podcast, qui ont envoyé un bref éloge d’un livre d’histoire les ayant marqués. Dans ce premier volet sont évoqués les mondes anciens de l’Afrique, de la Méditerranée, ou encore de l’Europe médiévale. Merci pour ces envois!

Le second volet porte sur les temps modernes (du XVIe au XVIIIe siècle), le troisième sur l’époque contemporaine et l’historiographie.

Les livres présentés :

– François-Xavier Fauvelle, L’Afrique ancienne, de l’Acacus au Zimbabwe, Paris, Belin, 2018 (par Anthony Guyon)

– Pierre Vidal-Naquet, Le chasseur noir, formes de pensée et formes de société dans le monde grec, Paris, F. Maspero, 1981, rééd. La Découverte, 2005 (par Cadensia)

– Yann Le Bohec, Histoire des guerres romaines, Paris, Tallandier, 2017 (par Gildas le Quentrec)

– Johann Chapoutot, Le national-socialisme et l’Antiquité, Paris, PUF, 2008 (par Krokogyptienne)

– Karol Modzelewski, L’Europe des barbares. Germains et Slaves face aux héritiers de Rome, Paris,  Aubier, 2006 (par Emilie Mitsakis)

– Anders Winroth, Au temps des Vikings, Paris, La découverte, 2018 (par Ragenold)

– Jacques Dalarun, Dieu changea de sexe, pour ainsi dire. La religion faite femme, XIe-XVe siècle, Paris, Fayard, 2008 (par Noémie Marijon).

 

 

62. La construction des nations au XIXe siècle, avec Pierre-Marie Delpu

L’invité: Pierre-Marie Delpu, chercheur au laboratoire Telemme

Le thème: L’Europe entre restauration et révolution / La France et la construction de nouveaux États par la guerre et la diplomatie (programmes de Première 2019), à travers le chapitre dans le livre d’historiographie dirigé par Sébastien Cote et Emmanuelle Picard.

La discussion :

  • Quelles réactions d’un historien du XIXe siècle à ces nouveaux programmes, assez franco-centrés ? (1′)
  • Le vocabulaire de la « nation » et du « nationalisme » au XIXe siècle (4’15)
  • Le passage d’une conception historiographique de « l’éveil » des nationalités à la « construction » des nations, à travers l’exemple du « Risorgimento » (6’30)
  • Les désaccords et conflits au sein de chaque projet national (modèle monarchique, fédératif, républicain…) (9′)
  • L’importance paradoxale des circulations transnationales pour construire les projets nationaux au premier XIXe siècle, avec la Grèce pour « laboratoire » (11’30)
  • Les expériences militaires napoléoniennes réinvesties dans les luttes libérales dans les années 1820 (15’20)
  • La question polonaise, grande cause nationale et libérale au XIXe siècle, qui conduit aussi à relativiser le rôle initiateur de la France dans les révolutions européennes (18’20)
  • Réinscrire la question nationale dans une longue durée, à travers le « long Risorgimento » par exemple (22’30)
  • Le rattachement de la Savoie à la France, « point de passage et d’ouverture » du programme de Première (25′)
  • Difficultés, inachèvement, résistances à la construction nationale, à travers notamment l’exemple des mafias en Italie méridionale (28’30)
  • Bismarck et sa conception de la nation allemande (32’10)
  • L’intérêt pour les collègues d’utiliser l’iconographie au moment où les images jouent un rôle majeur dans l’acculturation politique et nationale des populations (35’30)

Les références citées dans le podcast :

– Benedict Anderson, L’imaginaire national. Réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, Paris, La Découverte, 1996 [1983].
– Walter Bruyère-Ostells, La grande armée de la liberté, Paris, Tallandier, 2009
– Olivier Grenouilleau, Nos petites patries. Identités régionales et État central, en France, des origines à nos jours, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des histoires », 2019.
– Sandrine Kott, Bismarck, Paris, Presses de la Fondation nationale des Sciences politiques, collection « Facettes », 2003
– Anne-Marie Thiesse, La création des identités nationales. Europe, XVIIIe-XXe siècle, Paris, Seuil, 1999

41. Raïssa Bloch, une médiéviste dans la tourmente du premier XXe siècle, avec Agnès Graceffa

L’invitée : Agnès Graceffa, historienne médiéviste (musée de la Résistance de Bruxelles)

Le livre : Une femme face à l’histoire. Raïssa Bloch, Saint-Pétersbourg-Auschwitz (1898-1943), Paris, Belin, 2016.

La discussion : les origines du travail et la collecte des archives privées concernant Raïssa Bloch (1’15) ; le parcours de Raïssa Bloch qui débute dans une famille de la bourgeoisie juive de Saint-Pétersbourg (4’30) ; la possibilité des études universitaires pour les femmes en Russie à l’époque (6’50) ; le foisonnement artistique des débuts de l’URSS auquel participe Raïssa Bloch (8’06) ; du fait notamment de ses capacités linguistiques (10’20) ; la confrontation avec l’arbitraire du pouvoir soviétique et son arrestation (11’25) ; un premier exil en Allemagne, où vit une énorme communauté russe émigrée (14’20) ; les relations de Raïssa Bloch avec Vladimir Nabokov / Sirine (16’25) ; son insertion dans la médiévistique allemande, via les Monumenta Germaniae Historica et la réalisation de sa thèse sur Léon IX (21’) ; un statut d’ « intellectuelle précaire », reléguée à des tâches d’érudition fastidieuse (23’15) ; l’aide en France de Ferdinand Lot et son rôle pour intégrer Raïssa Bloch, auprès des médiévistes français, à qui elle apporte sa connaissance de l’Allemagne (27’30) ; en Allemagne, la montée du nazisme et les difficultés qu’elle rencontre (32’45) ; une vie plus difficile encore en France occupée, face aux persécutions, avec l’arrestation de son mari (35’50) ; son passage dans la clandestinité, son action dans l’OSE auprès d’enfants, et sa propre arrestation (40’40) ; leur souvenir entretenu par leurs proches (43’15).

Le conseil de lecture : Jean-Michel Chaumont, Survivre à tout prix ? Essai sur l’honneur, la résistance et le salut de nos âmes, Paris, La Découverte, 2017.

28. Le centenaire de la Grande Guerre vu d’Allemagne, avec Arndt Weinrich

L’invité : Arndt Weinrich, chercheur à l’Université Paris-Sorbonne

La discussion : la dimension franco-allemande du 11 novembre 2018 et sa perception en Allemagne (1:00), les crispations que cela suscite et la place de la “victoire” dans les commémorations (3;10), la faible importance du 11 novembre par rapport au 9 novembre en Allemagne (6:40), un bilan global du centenaire allemand (9:05), le succès du livre de Christopher Clark, qui participe d’une « normalisation » du passé allemand (11:00), un parallèle entre le contexte de réception du livre de Daniel Goldhagen sur le nazisme, et celui de Clark sur 1914 (14:35), les parutions marquantes dans le champ historiographique allemand, synthèses plus que monographies (17:00), les variations régionales de la mémoire de la Grande Guerre en Allemagne (20:20), le mémorial franco-allemand du Hartmannswillerkopf (21:25), la mémoire très vive des mutins de la marine en 1918 à Kiel (22:15), le contraste avec les commémorations des mutineries françaises (24:25), la disproportion est-ouest de la mémoire avec la difficulté plus grande de commémorer le front oriental (26:40), l’absence complète de la dimension coloniale dans les mémoires allemandes de la guerre, et le contraste avec le cas français (29:50), la question des civils et du blocus paradoxalement pas très présente non plus (32:25), les formes de révisionnisme historique appliquées à la question des atrocités allemandes lors de l’invasion de la France et de la Belgique (34:30), la question des continuités ou ruptures entre Grande Guerre et nazisme, aujourd’hui envisagée de façon bien moins linéaires, y compris pour la question du traité de Versailles, et le « masochisme français » à ce propos (37:40), la place des historiennes et des historiens dans l’espace public au moment du centenaire, de part et d’autre du Rhin (42:15).

Les lieux et les références citées dans l’émission (par ordre alphabétique d’auteurs, on indique autant que possible les traductions françaises et anglaises d’ouvrages allemands) :

Observatoire du centenaire (Université Paris-I)
Encyclopédie de la Grande Guerre 1914-1918 online
Mémorial franco-allemand du Hartmannswillerkopf

– Christopher Clark, Les Somnambules. Été 1914 : comment l’Europe a marché vers la guerre, Paris, Flammarion, 2013.
– Fritz Fischer, Les Buts de guerre de l’Allemagne impériale, Trévise, 1970 [1961].
– Jörg Friedrich, The Fire: The Bombing of Germany, 1940-1945, Columbia University Press, [2002].
– Daniel Jonah Goldhagen, Hitler’s willing executioners. Ordinary Germans and the Holocaust, New York, Alfred A. Knopf, 1996.
– John Horne, Alan Kramer, Les atrocités allemandes, Paris, Tallandier , 2005 [2001].
Discussion historiographique sur les atrocités allemandes (Potsdam, octobre 2017)
– Laurent Jalabert, Reiner Marcowitz, Arndt Weinrich, La longue mémoire de la Grande Guerre . Regards croisés franco-allemands de 1918 à nos jours, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2018.
– Steven Kaplan, Adieu 89, Paris, Fayard, 1993.
– Gerd Krumeich, Le feu aux poudres, Qui a déclenché la guerre en 1914?, Paris,Belin, 2014.
Tribune de Djordje Kuzmanovic dans Marianne, novembre 2018.
– Jörn Leonhard, Pandora’s Box. A History of the First World War, Cambridge, Harvard University Press, 2018 [2014].
– Herfried Münkler, Der Große Krieg: Die Welt 1914 bis 1918, Rowohlt, Berlin 2013
– Nicolas Offenstadt, Le pays disparu. Sur les traces de la RDA, Paris, Stock, 2018.
– Markus Pöhlmann, Le Centenaire de la première Guerre mondiale en Allemagne. Bilan d’étape, février 2015.
– Arndt Weinrich,”le centenaire 2014 en Allemagne. Un bilan en sept thèses“, janvier 2015.

Les conseils de visite et de lecture :

Exposition du musée de l’armée « à l’est, la guerre sans fin 1918-1923 »
– Jörn Leonhard, Pandora’s Box. A History of the First World War, Cambridge, Harvard University Press, 2018 [2014].
–  mémorial naval de Laboe (baie de Kiel) construit à partir de 1927

19. Sur les traces de la RDA, avec Nicolas Offenstadt

L’invité : Nicolas Offenstadt, maître de conférences (HDR) à l’université Paris-I, membre de l’IHMC

Le livre : Le pays disparu. Sur les traces de la RDA, Paris, Stock, 2018.La discussion : trouver des archives dans des bâtiments abandonnés de l’ex-RDA (2’05), avec ces archives, retrouver une vie de RDA, et ses à-coups, celle de Heidrun (7’05), la nécessité de dépasser une image de la RDA réduite à la dictature et à la répression (11’), de même pour le terme « Ostalgie » qui déforme le rapport au passé, suivant un grand récit valorisant la réunification (14’35), les traces du passé socialiste, valorisées à l’époque de la RDA, et en voie d’effacement (18’45), l’enquête de terrain qui permet de comprendre la disparition de mémoriaux ou de plaques portant cette mémoire (22’10), l’exploration urbaine (Urbex) et ses enjeux pour l’histoire (24’10), les gisements d’objets, dont la biographie peut s’écrire historiquement (29’05), la spécificité du rapport à l’objet dans le passé est-allemand (31’40), le débat sur l’effacement plus ou moins grand du passé et de ses lieux symboliques (34’40), la muséographie spécifique de la RDA et la multitude de petits musées faisant exister ce passé (38’10), l’origine du travail sur la RDA et le goût pour l’histoire des lieux (40’30), les liens à interroger entre passé est-allemand, et montée contemporaine du racisme et de l’extrême-droite dans l’est de l’Allemagne (44’10).

Archives éparpillées dans l’usine chimique abandonnée à Bernsdorf évoquée à 7’40 (cliché NO)

Les références citées dans le podcast :
-Sonia Combe, Une société sous surveillance. Les intellectuels et la Stasi, Paris, Albin Michel, 1999.
-Emmanuel Droit, Vers un homme nouveau ? L’éducation socialiste en RDA (1949-1989), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009.
-Sandrine Kott, Le communisme au quotidien. Les entreprises d’État dans la société est-allemande, Paris, Belin, 2001.
-Bradley Garrett, Explore Everything. Place-Hacking the City, Londres, Verso, 2013.
-Leonie Beiersdorf, Die Doppelte Krise. Ostdeutsche Erinnerungszeichen nach 1989, Berlin, Deutscher Kunstverlag, 2015.

Le conseil de lecture : Eugen Ruge, Quand la lumière décline, 2012.

Usine abandonnée à Bernsdorf