29. Revoir La Grande Illusion, avec Evelyne Gayme

L’invitée : Evelyne Gayme, professeur en lycée, docteure en histoire avec une thèse sur les prisonniers de guerre

Le film : La Grande Illusion, de Jean Renoir (1937)

 

 

 

 

 


La discussion :
les origines du scénario, entre souvenirs de la Grande Guerre, récits du général Pinsard, et expériences du frère du coscénariste Charles Spaak (1’20) ; les accusations de plagiat lors de la sortie du film (4’25) ; le contexte de sortie (4’50) : la France et l’Europe de 1937 ; la politisation de Renoir à l’époque du Front Populaire ; la réception compliquée du film à l’étranger dans les dictatures (6’10) ; un film retiré des écrans durant la Seconde Guerre mondiale (6’50) ; les différentes versions du film et la ressortie compliquée de 1946 (8’35) ; les thèmes du film : rapprochements et cloisonnements entre les êtres et les pays (9’40) ; un passage en revue des différents personnages (10’15) : Maréchal, De Boëldieu, Rosenthal, von Rauffenstein ; les réalités de la captivité militaire, dure et normée (16’45) ; la question des langues de communication et de l’intercompréhension difficile entre personnages (19’10) ; les relations entre geôliers et captifs associant dureté et humanité (22’05) ; les nouvelles (et rumeurs) qui évoquent la guerre (23’30) et le paradoxe d’un film de guerre sans combats ; la mise en scène des rapports sociaux et des repas et discussions (26’45) ; la tension clef du film entre clivages sociaux et clivages nationaux (27’30) ; la séquence du travestissement et la question de l’absence des femmes et du trouble que la guerre provoque dans le genre (28’40) ; le personnage de Rosenthal et le problème de l’antisémitisme qu’il véhicule ou combat (31’40) ; le rapport à la guerre d’un film teinté de pacifisme (35’20) ; l’image complexe des prisonniers dans l’entre-deux-guerres et ensuite (38’35).

Les études sur le film :
– Olivier Curchod, La Grande Illusion, Paris, Armand Colin, 2005
– Julian Jackson, La Grande Illusion, New York, Palgrave Macmillan/British Film Institute, 2009.

Les conseils de visionnage et de lecture (bandes dessinées) :
-Jean Renoir, Le caporal épinglé (1962)
– FOURNIER et KRIS, Plus près de toi, Paris, Dupuis, collection Aire libre, 2017.
– SILLORAY Florent, Le Carnet de Roger, Paris, Editions Sarbacane, 2011.
– TARDI Jacques, Moi René Tardi prisonnier de guerre au Stalag II B, Paris, Casterman, 2012.
– TARDI Jacques, Moi René Tardi prisonnier de guerre au Stalag II B, mon retour en France, Paris, Casterman, 2014.
– RABATÉ Pascal, La Déconfiture, Paris, Futuropolis, 2018.

21. Revoir “La Reine Margot”, avec Jérémie Foa

L’invité: Jérémie Foa, maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille

Le film: La Reine Margot, de Patrice Chéreau (1994)
La discussion: voir et revoir La Reine Margot pour un spécialiste du XVIe siècle (2’00); retour sur les origines du film, un projet porté par le producteur Claude Berri (3’30); les sources d’inspiration du cinéaste, et les liens avec le roman de Dumas (5’55); un ton plus sombre dans le film que dans le roman (7’45); une esthétique opposant le rouge catholique et le noir protestant, loin des réalités de la période (8’45); les responsabilités de la Saint-Barthélémy, et la tradition de diabolisation de Catherine de Médicis dont s’éloigne en partie Chéreau (9’40); la place de l’expédition des Flandres comme arrière-plan au massacre (14’45); filmer la violence de la Saint-Barthélémy, entre images contemporaines et réalités d’époque (16’35); l’astrologie (20’15) et le poison (22’20) comme thèmes clefs (et pour le poison, profondément révélateur: arme de la guerre civile) pour la représentation de la Renaissance ; l’importance de la chasse à la cour de Charles IX et dans le film (24’25); la conversion forcée d’Henri de Navarre et le sens d’une telle pratique (26’05), le rapprochement de Coconnas et La Mole, illustration d’une possible cohabitation entre catholiques et protestants? (28’45); la question de la succession royale, obsession des contemporains (33’30); la place de la sexualité dans le film et dans l’image des Valois (36’00); l’absence du peuple, de la dimension de proximité des violences, dans le film de Chéreau, centré sur les grands (40’20)

Les conseils de lecture et références pour aller plus loin:
– Denis Crouzet, Les guerriers de Dieu, la violence au temps des troubles de religion, vers 1525-vers 1610, Seyssel, Champ Vallon, 1990.
– Denis Crouzet, Le haut cœur de Catherine de Médicis, Paris, Albin Michel, 2005.
– Gaspard Delon, Sandra Provini, La Reine Margot de Patrice Chéreau, Neuilly, Atlande, 2015.
– Jérémie Foa, Le tombeau de la paix. Une histoire des édits de pacification, Limoges, Presses universitaires de Limoges, 2015.
– Jérémie Foa, “Protestants et catholiques n’ont-ils rien en commun? Politisations ordinaires au temps des guerres civiles de Religion”, Politix, 2017/3 (n° 119)
– Arlette Jouanna, La Saint-Barthélemy. Les mystères d’un crime d’État, Paris, Gallimard, 2007.
– Violette Rouchy-Lévy, La Reine Margot de Patrice Chéreau. Genèse et réalisation d’un film historique, Thèse de l’Ecole des Chartes, 2006
– Eliane Viennot, Marguerite de Valois. « La reine Margot », Paris, Perrin, 2005, coll. « Tempus », 660 pages.
– émission “Rembobinage” sur Radio Aligre

8. Images, usages et mésusages d’Alexandre le grand, avec Pierre Briant

Cliquer ici pour accéder au premier volet de l’entretien.

L’invité : Pierre Briant, professeur émérite au Collège de France (chaire d’Histoire et civilisation du monde achéménide et de l’empire d’Alexandre)

Les livres :
Histoire de l’empire perse, Paris, Fayard, 1996.
Darius dans l’ombre d’Alexandre, Paris, Fayard, 2003.
Lettre ouverte à Alexandre le grand, Arles, Actes sud, 2008.
Alexandre des Lumières, Paris, Gallimard, NRF essais, 2012.
Alexandre. Exégèse des lieux communs, Paris, Gallimard, « Folio histoire », 2016.

La discussion : comment les Perses se sont appropriés et ont réinventé Alexandre / Iskender sous un double visage, via le Roman d’Alexandre (1’), comment, à l’inverse, il a été utilisé par les Byzantins et comme précurseur des croisades (7’20), Alexandre mobilisé dans la querelle politique contemporaine entre Grèce et « Macédoine », Athènes et Skopje, et les origines du conflit (10’10), les jugements des dirigeants et historiens nazis sur le conquérant et sa politique (17’40), Alexandre héros colonisateur et civilisateur dans l’historiographie française et britannique au début du XXe siècle selon un modèle légué par Plutarque (20’55), l’importance de Johann Gustav Droysen (1808-1884) pour l’historiographie d’Alexandre (25’15), Alexandre dépeint du côté des colonisés, et afin de s’émanciper, dans l’Inde britannique (28’), le film d’Oliver Stone, Alexandre (2004), et ses angles morts (32’), quels choix documentaires les enseignants peuvent faire pour enseigner l’histoire d’Alexandre et de l’empire perse (36’50).

Les références citées dans le podcast :
Johann Chapoutot, Le nazisme et l’antiquité, Paris, PUF, « Quadrige », 2012.
P. Briant, « Alexandre et les « Katarraktes » du Tigre », Pallas. Revue d’études antiques, Année 1986
P. Briant, « Impérialisme antique et idéologie coloniale dans la France contemporaine : Alexandre modèle colonial », Dialogues d’histoire ancienne, 5 (1979), p. 283-29
J. G. Droysen, Geschichte Alexanders des Großen, Hambourg, Perthes, 1833.

Films cités dans le podcast:
Le film Sikandar de Sorhab Modi (1941)
L’entrée d’Alexandre à Babylone dans le film d’Oliver Stone (2004) ; regard critique par P. Briant sur le film

Les documents cités dans le podcast :
Plutarque, De fortuna alexandri (IIe s. ap. J-C)
Le « sarcophage d’Alexandre » au Musée d’Istanbul
Tablette astronomique babylonienne (extrait des p. 166-167 de P. Briant, Alexandre, de la Grèce à l’Inde, Gallimard, “Découvertes”, 2004) :