72. Fantômes d’ancien régime, avec Caroline Callard

L’invitée : Caroline Callard, directrice d’études à l’EHESS

Le livre : Le temps des fantômes. Spectralités de l’âge moderne (XVIe-XVIIe siècle), Paris, Fayard, 2019.

La discussion :

  • L’origine de ce travail, et le pullulement des fantômes à l’époque moderne qu’il permet de saisir (1:00)
  • Une enquête au croisement de plusieurs fils historiographiques : histoire de la mort, anthropologie historique des revenants, sociologie pragmatique du surnaturel (3:50)
  • Quelles traces documentaires des fantômes ? Plus facile à trouver dans les imprimés que dans les archives… (6:20)
  • Un vocabulaire pour désigner les fantômes qui n’est pas stabilisé, malgré des efforts de nomenclature (9:50)
  • Une grande variété d’apparences visuelles pour les fantômes hors de tout code de représentation aux XVIe-XVIIe siècles (11:40)
  • Extrait audio commenté : Hamlet, I, 4 (interprétation de Jean Marais)
  • Historiciser le rapport aux fantômes dans une « conjoncture panique » des XVIe-XVIIe siècles (17:30)
  • Les fantômes saisis au prisme du droit, à travers les histoires de maisons hantées (et de rupture de bail) en particulier (18:45)
  • Comment établir une distinction entre rapports médiévaux aux spectres et usages dans la première modernité ? (21:45)
  • La présence genrée des fantômes, lisible dans une apparition à Dole en 1628, dans un contexte pourtant de chasse aux sorcières (27:05)
  • Des fantômes qui agissent et interagissent avec les vivants, sans que la question de la croyance ne soit forcément centrale pour les comprendre (32:00)
  • Les différents registres de la croyance, de la crédulité, du scepticisme et de l’incrédulité (35:20)
  • Le rôle politique des fantômes à travers celui de Concini , tué en 1617 (39:35)

Les références citées dans l’émission :

  • Kathryn A. Edwards and Susie Speakman Sutch (éd.), Leonarde’s ghost. Popular piety and The appearance of a spirit in 1628, (Sixteenth Century Essays & Studies, 82.), Kirksville, Missouri, Truman State University Press, 2008.
  • Jean Bazin, Des clous dans la Joconde, Toulouse, Anacharsis, 2008.
  • Caroline Callard, Le Prince et la République. Histoire, pouvoir et société dans la Florence des Médicis, au XVIIe siècle, Paris, PUPS, 2007.
  • Elisabeth Claverie, Les guerres de la Vierge. Une anthropologie des apparitions, Paris, Gallimard, 2003
  • Colin Dayan, The law is a white dog, Princeton U.P., 2011.
  • Jean-Pascal Gay, Le dernier théologien ? Théophile Raynaud : histoire d’une obsolescence, Beauchesne, collection Théologie historique, n° 127, 2018.
  • Carlo Ginzburg, Les batailles nocturnes, Sorcellerie et rituels agraires en Frioul, XVIe-XVIIe siècles, Lagrasse, Editions Verdier, 1980.
  • Stephen Greenblatt, Shakespearean Negotiations. The Circulation of Social Energy in Renaissance England, University of California Press, 1989.
  • Hamlet in Purgatory, Princeton University Press
  • Sasha Handley, Visions of an Unseen World: Ghost Beliefs and Ghost Stories in Eighteenth-Century England. Pickering & Chatto, 2007.
  • Jean-Claude Schmitt, Les revenants. Les vivants et les morts dans la société médiévale, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des Histoires », 1994.
  • Natalie Zemon Davis, « Ghosts, Kin and Progeny: Some Features of Family Life in Early Modern France », Daedalus 106:2 (printemps 1977), p. 87-114.

Les conseils de lecture :

  • Vinciane Despret, Au bonheur des morts. Récits de ceux qui restent, Paris, La Découverte, coll. « Les Empêcheurs de penser en rond », 2015
  • Manuel Vilas, Ordesa, éditions du sous-sol, 2019.
  • Guillaume Cuchet, Les Voix d’outre-tombe. Tables tournantes, spiritisme et société au XIXe siècle, Paris, Éditions du Seuil, coll. « L’Univers historique », 2012

Illustrations :

La descente du Marquis d’Ancre aux Enfers, son combat et son rencontre avec Maistre Guillaume ensemble le dialogue avec la Galligaya, & de Misoquin esprit follet, qui luy emeine son Mary. La rencontre dudict Esprit avec l’Ange Gardien de Monsieur le Prince, Paris, Abraham Saugrain, 1617, p. 15.

Daniel Rabel (1578-1637), album du Ballet du Chasteau de Bicêtre (1632), Seconde et première entrées des fantômes, aquarelle, encre brune, plume (dessin), 28,5×44 cm (Louvre, cabinet des Estampes)

 

 

68. Pouvoir et religion dans le monde romain (218 av. J-C / 235 ap. J-C, question d’agrégation 2020), avec Meriem Sebaï

L’invitée: Meriem Sebaï, maître de conférences à l’université Paris-I

Préparatifs d’un sacrifice à Mars. Bas-relief dit de Domitius Ahenobarbus, fin du IIe s. av. J.-C., Musée du Louvre.

Le thème : nouvelle question au programme de l’agrégation d’histoire pour 2020 : « Religion et pouvoir dans le monde romain de 218 avant notre ère à 235 de notre ère »
Consulter l’émission portant sur la question d’histoire médiévale.

Avertissement : l’entretien, réalisé à titre individuel, et les conseils donnés, ne reflètent pas une position officielle du jury de l’agrégation externe d’histoire.

La discussion :

  • Une question d’histoire religieuse reflétant une historiographie à maturité (1’00)
  • Le sens du cadre chronologique donné pour le programme, avec l’importance de la date de 212 à la fin de la période (3’05)
  • Une question qui n’est pas centrée sur la christianisation de l’empire (6’45)
  • La césure de la période augustéenne (7’45) et la notion de « culte impérial » (8’30)
  • La tension entre nouveautés religieuses et retour aux traditions à Rome (10’10)
  • La spécificité du vocabulaire romain en matière de cultes, centrés sur des pratiques (11’45)
  • Le cadre géographique de la question, dont la définition n’est pas  entièrement nette (15’15)
  • L’arrivée à Rome de cultes et de divinités venues d’ailleurs (17’00)
  • Des tensions et réticences envers ces nouveautés comme lors des Bacchanales (20’30)
  • Les effets religieux des guerres civiles (21’30)
  • Les rapports entre Rome et les monothéismes (23’10)
  • La place de John Scheid et de ses travaux dans l’historiographie de la question (24’35)
  • Quelles sources aborder pour se confronter à la question ? (29’30)
  • Conseils de lecture (33’)

Les conseils de lecture :
– John Scheid, La religion des Romains, Paris, Armand Colin, « Cursus », 3e éd., 2017.
– John Scheid, Religion et piété à Rome, Paris, Albin Michel, 2001.
– François Jacques et John Scheid, Rome et l’intégration de l’Empire. 44 av. J.-C- 260 ap. J.-C., Tome 1. Les structures de l’empire romain, Paris, PUF, « Nouvelle clio » 1990
– William Van Andringa, Quotidien des dieux et des hommes : la vie religieuse dans les cités du Vésuve à l’époque romaine, Rome, École française de Rome, 2009.
– Audrey Bertrand, La religion publique des colonies dans l’Italie républicaine et impériale (Italie médio-adriatique, IIIe s. av. n.è.-IIe s. de n.è.), Rome, École française de Rome, 2015
– Yann Berthelet, Gouverner avec les dieux. Autorité, auspices et pouvoir, sous la République romaine et sous Auguste, Belles Lettres, collection « Mondes anciens », Paris, 2015

67. Écrit, pouvoirs et société en occident XIIe-XIVe s. (question d’agrégation 2020), avec Antoine Destemberg

L’invité : Antoine Destemberg, maître de conférences à l’université d’Artois

Charte de Philippe Auguste, 1203, commentée en ligne sur le site THELEME

Le thème : nouvelle question au programme de l’agrégation d’histoire et du CAPES d’histoire-géographie pour 2020 : « écrit, pouvoirs et société en occident début XIIe fin XIVe (France, Angleterre, péninsule italienne, péninsule ibérique) »
Consulter l’émission portant sur la question d’histoire antique.

Avertissement : l’entretien, réalisé à titre individuel, et les conseils donnés, ne reflètent pas une position officielle du jury de l’agrégation externe d’histoire.

La discussion :

  • Une histoire à la fois sociale, culturelle et politique de l’écrit, qui a connu de forts renouvellements (1’45)
  • La coupure entre lettrés et illettrés désormais relativisée suite aux travaux de Jack Goody notamment (3’01)
  • Le lien entre accroissement du recours à l’écrit et affirmation des pouvoirs (5’40)
  • La perte des archives de Philipe Auguste à la bataille de Fréteval (1194) comme marqueur d’une prise de conscience d’une importance de l’écrit pour le pouvoir royal (7’40)
  • L’importance du droit et de l’outil juridique s’insérant dans les relations sociales à partir du XIIe s. (9’10)
  • Le recours de l’Église et des pouvoirs laïcs à des professionnels de l’écrit souvent formés dans les universités et les écoles (11’40)
  • Des compétences scripturaires encore rares dans une « société du manuscrit » (14’15)
  • Les différents types d’écoles qui ouvrent l’accès à l’écrit (15’20)
  • Différentes cultures de l’écrit dans les différents espaces géographiques au programme ? (17’15)
  • L’impossibilité de quantifier le recours à l’écrit, même si on réévalue à la hausse la proportion de la population urbaine lettrée (20’50)
  • L’accès au texte sacré de la Bible comme enjeu de pouvoir au Moyen âge (22’10)
  • L’écrit hagiographique comme enjeu, à travers l’exemple de François d’Assise (24’45)
  • Quelle périodisation pour cette question ? Pour la « révolution de l’écrit », l’essor de l’écrit pratique, du papier ? (27’)
  • Conseils de lecture (33’)

Les références citées et les lectures suggérées :

Manuels généraux et par espaces géographiques
– Histoire de France (collection Belin, volumes de Florian Mazel, Jean-Christophe Cassard, Boris Bove)
– Franck Collard, Pouvoirs et culture politique dans la France médiévale (Ve-XVe siècle), Paris, Hachette, « Carré histoire », 1999.
– Philippe Contamine, Histoire de la France politique, Paris, Seuil, coll. »Points », 2006.
– Jean-Pierre Delumeau et Isabelle Heullant-Donat, L’Italie au Moyen âge, Ve-XVe siècle, Paris, Hachette, « Carré histoire », 2000.
– François Menant, L’Italie des communes, 1100-1350, Paris, Belin, 2005.
– Denis Menjot, Les Espagnes médiévales, 409-1474, Paris, Hachette, « Carré histoire », 1996.
– Jean-Philippe Genet, Les îles britanniques au Moyen âge, Paris, Hachette, « Carré histoire », 2005.

Manuels et synthèses permettant d’aborder la question
Jean-Philippe Genet, La mutation de l’éducation et de la culture médiévales. Occident chrétien (XIIe-milieu du XVe siècle), 2 vol., Paris, Seli Arslan, 2000.
– Nathalie Gorochov et Cédric Giraud, Histoire culturelle du Moyen âge en occident, Paris, Hachette, 2019.
– Michel Sot, Anita Guerreau-Jalabert, Jean-Patrice Boudet, Histoire culturelle de la France, t. 1 : Le Moyen âge, Paris, Seuil, coll. « Points », 2005.

Articles
Paul Bertrand, « À propos de la révolution de l’écrit (Xe-XIIIe s.). Considérations inactuelles »
– Pierre Chastang, « L’archéologie du texte médiéval. Autour des travaux récents sur l’écrit au Moyen âge »
– Joseph Morsel, « Ce qu’écrire veut dire au Moyen âge. Observations préliminaires à une étude de la scripturalité médiévale »

Ouvrages spécialisés, approches des sources
Antoine Destemberg, L’honneur des universitaires au Moyen Âge. Étude d’imaginaire social, Paris, PUF, «Le nœud gordien», 2015.
– Paul Bertrand, Les écritures ordinaires : Sociologie d’un temps de révolution documentaire (entre royaume de France et Empire, 1250-1350), Paris, Publications de la Sorbonne, 2015.
– Michael T. Clanchy, From Memory to written record. England 1066-1337, Oxford, Blackwell, 1979.
– Étienne Anheim, Clément VI au travail. Lire, écrire, prêcher au xive siècle, Paris, Publications de la Sorbonne, 2014 (compte-rendu par Marie Lezowski)
– Didier Lett, Un procès de canonisation au Moyen Âge. Essai d’histoire sociale, Paris, Presses Universitaires de France («  Le nœud gordien  »), 2008 (compte-rendu par A. Destemberg)
– Olivier Guyotjeannin, Les sources de l’histoire médiévale, Paris, Le livre de poche, 1998.
– Olivier Guyotjeannin, Jacques Pycke et Benoît-Michel Tock, Diplomatique médiévale, Turnhout, Brepols, 1993, rééd., 2006.

Sites internet :

MENESTREL
Theleme (Techniques pour l’historien médiéviste)
Base des manuscrits enluminés
Le livre médiéval, exposition virtuelle de la BNF

 

64. Bibliothèque idéale et participative (1) : Mondes anciens

Premier épisode d’une série réalisée grâce aux contributions des auditrices et des auditeurs du podcast, qui ont envoyé un bref éloge d’un livre d’histoire les ayant marqués. Dans ce premier volet sont évoqués les mondes anciens de l’Afrique, de la Méditerranée, ou encore de l’Europe médiévale. Merci pour ces envois!

Le second volet porte sur les temps modernes (du XVIe au XVIIIe siècle), le troisième sur l’époque contemporaine et l’historiographie.

Les livres présentés :

– François-Xavier Fauvelle, L’Afrique ancienne, de l’Acacus au Zimbabwe, Paris, Belin, 2018 (par Anthony Guyon)

– Pierre Vidal-Naquet, Le chasseur noir, formes de pensée et formes de société dans le monde grec, Paris, F. Maspero, 1981, rééd. La Découverte, 2005 (par Cadensia)

– Yann Le Bohec, Histoire des guerres romaines, Paris, Tallandier, 2017 (par Gildas le Quentrec)

– Johann Chapoutot, Le national-socialisme et l’Antiquité, Paris, PUF, 2008 (par Krokogyptienne)

– Karol Modzelewski, L’Europe des barbares. Germains et Slaves face aux héritiers de Rome, Paris,  Aubier, 2006 (par Emilie Mitsakis)

– Anders Winroth, Au temps des Vikings, Paris, La découverte, 2018 (par Ragenold)

– Jacques Dalarun, Dieu changea de sexe, pour ainsi dire. La religion faite femme, XIe-XVe siècle, Paris, Fayard, 2008 (par Noémie Marijon).

 

 

59. Revisiter la IIIe République, avec Mathieu Marly

L’invité: Mathieu Marly, chercheur post-doctoral et secrétaire du LabEx EHNE.

Le thème : le projet républicain 1870-1914 (nouveaux programmes de Première)

La discussion:

  • Une histoire prise dans des « fantasmes nostalgiques »
  • La nuance entre « modèle » et « projet » républicain
  • La tension propre à la IIIe République, entre défense de l’ordre, et défense des libertés
  • Ne pas idéaliser l’acte de vote sous la IIIe République
  • La dimension militaire du régime, qui participe de son modèle genré
  • Une sociabilité politique favorisée par la loi sur les débits de boisson de 1880
  • Les meetings politiques (extrait de la chanson de Mac-Nab, « Le grand métingue du métropolitain », par Marc Ogeret)
  • Un système scolaire à la fois universel et inégalitaire, révélateur des contradictions d’un « habitus national » méritocratique
  • Une histoire de l’échec scolaire qui reste à faire sous la IIIe République
  • Une sphère politique qui reste peu ouverte socialement
  • L’armée comme outil pour discipliner le corps social, à travers notamment ses bagnes coloniaux
  • La loi de 1905 comme révélateur non seulement du conflit religieux mais aussi de formes d’accommodement entre les catholiques et la République
  • L’inscription physique et symbolique de la République dans l’espace, et à travers des cérémonies et rituels
  • Un commentaire de deux documents du début des années 1880 (tableaux d’Alfred Roll et Edouard Detaille, p. 176-177 du manuel Nathan / S. Cote 1e)
  • Le lien entre République et patriotisme
  • L’efficacité du projet républicain visible lors de la mobilisation de 1914

Les références citées dans le podcast :

– Jean-François Chanet, L’École républicaine et les petites patries, préface de Mona Ozouf, Paris, Aubier, 1996
– Christophe Charle, Les élites de la République, 1880-1900, Paris, Fayard, 1987.
– Christophe Charle, La Crise des sociétés impériales. Allemagne, France, Grande-Bretagne (1900-1940). Essai d’histoire sociale comparée, Paris, Seuil, 2001.
– Paula Cossart, Le meeting politique. De la délibération à la manifestation (1868-1939), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2010.
– Alain Garrigou, Histoire sociale du suffrage universel en France (1848-2000), Paris, Seuil, 2002.
– Dominique Kalifa, Biribi. Les bagnes coloniaux de l’armée française, Paris, Perrin, 2009.
– Nicolas Mariot, Bains de foule. Les voyages présidentiels en province, 1888-2002, Belin, coll. « socio-histoires », 2006
– Mathieu Marly, Distinguer et Soumettre. Une histoire sociale de l’armée française (1872-1914), à paraître aux Presses Universitaires de Rennes en août 2019.

Le conseil de lecture :
– Nicolas Mariot, Tous unis dans la tranchée ? 1914-1918, les intellectuels rencontrent le peuple, Éd. du Seuil, coll. « L’Univers historique », 2013.

 

31. Ecclésiastiques en débauche à Paris au XVIIIe siècle, avec Myriam Deniel Ternant

L’invitée : Myriam Deniel Ternant, docteure en histoire, enseignante.

Le livre : Ecclésiastiques en débauche, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2017.

La discussion : les origines du travail, entre représentations littéraires de la sexualité des ecclésiastiques et curiosité pour les mutations religieuses du XVIIIe siècle (1’30), le thème de l’inconduite sexuelle du clergé, qui existe depuis le Moyen âge (5’50), la difficulté d’une mesure diachronique de la « débauche » ou de la « moralisation » du clergé (6’50), le travail mené sur les sources policières parisiennes, et leurs spécificités (8’25), des registres plus ou moins loquaces, au langage inégalement policé (9’20), Paris, observatoire des mœurs et lieu de convergence de clercs d’horizons variés (12’20), les normes de chasteté qui sont censées être observées par le clergé (14’50), une « chasse aux abbés » autour de 1750, aux causes multiples, discutées et compliquées dont le conflit autour du jansénisme (17’30), un arrière-plan troublé par l’attentat de Damiens en 1757 (20’30), le vocabulaire assez vague des rapports d’arrestation et la difficulté d’une étude sérielle (22’15), un corpus où clergé régulier et haut clergé restent peu visibles (23’30), une géographie de la prostitution centrée sur le Palais-Royal, et dont des ecclésiastiques s’échangent les adresses (24’35), un rapport particulier au corps et à la nudité (26’10), des pratiques sexuelles marquées par les attouchements, par la flagellation parfois (27’10), des rapports sexuels avec des prostituées qui alternent avec des pratiques de couple ou de concubinage (29’30), les réactions de la société à ce qui est perçu, parfois, comme déviance ou scandale, et les éléments déclencheurs d’éventuelles poursuites (31’30), les liens entre ces déviances du clergé et la thèse discutée d’une “déchristianisation” au XVIIIe siècle (36’45), la difficulté de mener de front une thèse et l’enseignement dans le secondaire (38′).

Sources et références mentionnées dans le podcast :
– Boyer d’Argens, Thérèse philosophe, in Patrick Wald Lasowski, Romanciers libertins du xviiie siècle, Paris, Gallimard, 2000 [1748].
– Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, Genève, Slatkine Reprints, 1979 [1782]
– Erica-Marie Benabou, La Prostitution et la police des mœurs au xviiie siècle, Paris, Perrin, 1987.
– Robert Muchembled, Les Ripoux des Lumières. Corruption policière et Révolution, Paris, Seuil, 2011.
– Clyde Plumauzille, Prostitution et révolution, Paris, Champ Vallon, 2016.

Les conseils de lecture :
Sylvie Steinberg (dir.), Une histoire des sexualités, Paris, PUF, 2018.
Katrina Kalda, Arithmétique des dieux, Paris, Gallimard, 2013.

 

22. Histoire populaire de la France, avec Gérard Noiriel

Les intervenants : Gérard Noiriel, directeur d’études à l’EHESS ; Philippe Olivera, historien, enseignant, éditeur (Agone)

Le livre : Une histoire populaire de la France, de Jeanne d’Arc à nos jours, Marseille, Agone, 2018
La discussion : Les origines du livre, au regard du genre « histoire de France » et de l’ouvrage d’Howard Zinn, Histoire populaire des États-Unis (1’00) ; le « populaire » comme catégorie prise dans les relations entre dominés et dominants (5’20) ; l’idée d’écrire pour un public plus large que celui de la profession historienne (7’00) ; l’importance de s’approprier des objets comme l’histoire de France parfois monopolisés par des auteurs réactionnaires (11’20) ; le point de départ de cette histoire et le choix de démarrer à la fin du Moyen âge, en lien avec la construction d’un État monarchique (12’45) ; les singularités de la construction nationale française au regard des exemples britannique et allemand (15’50) ; le choix d’écrire une histoire sociale, et de faire de la question sociale la clef de lecture fondamentale des évolutions, par rapport aux questions identitaires (19’30) ; l’application de cet angle d’approche pour le XVIe siècle : les guerres de religion comme expression d’enjeux sociaux (26’25) ; les césures mises en lumière dans cette histoire de France (30’20) : les années 1750 (32’30), les années 1880 avec la Grande Dépression et les débuts de la IIIe République (34’25), l’attention portée dans le livre aux regards portés sur l’autre (colonisé, domestique, ouvrier, paysan…) et la question de la reconnaissance de l’autre, qui permet de « se rendre étranger à soi-même » (39’50), la capacité à toucher d’autres publics en sortant de ses habitudes historiennes, en travaillant avec des artistes (43’50).

Une évocation plus large du travail de Gérard Noiriel, par Nicolas Offenstadt, est à écouter dans l’épisode 11 du podcast.

21. Revoir “La Reine Margot”, avec Jérémie Foa

L’invité: Jérémie Foa, maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille

Le film: La Reine Margot, de Patrice Chéreau (1994)
La discussion: voir et revoir La Reine Margot pour un spécialiste du XVIe siècle (2’00); retour sur les origines du film, un projet porté par le producteur Claude Berri (3’30); les sources d’inspiration du cinéaste, et les liens avec le roman de Dumas (5’55); un ton plus sombre dans le film que dans le roman (7’45); une esthétique opposant le rouge catholique et le noir protestant, loin des réalités de la période (8’45); les responsabilités de la Saint-Barthélémy, et la tradition de diabolisation de Catherine de Médicis dont s’éloigne en partie Chéreau (9’40); la place de l’expédition des Flandres comme arrière-plan au massacre (14’45); filmer la violence de la Saint-Barthélémy, entre images contemporaines et réalités d’époque (16’35); l’astrologie (20’15) et le poison (22’20) comme thèmes clefs (et pour le poison, profondément révélateur: arme de la guerre civile) pour la représentation de la Renaissance ; l’importance de la chasse à la cour de Charles IX et dans le film (24’25); la conversion forcée d’Henri de Navarre et le sens d’une telle pratique (26’05), le rapprochement de Coconnas et La Mole, illustration d’une possible cohabitation entre catholiques et protestants? (28’45); la question de la succession royale, obsession des contemporains (33’30); la place de la sexualité dans le film et dans l’image des Valois (36’00); l’absence du peuple, de la dimension de proximité des violences, dans le film de Chéreau, centré sur les grands (40’20)

Les conseils de lecture et références pour aller plus loin:
– Denis Crouzet, Les guerriers de Dieu, la violence au temps des troubles de religion, vers 1525-vers 1610, Seyssel, Champ Vallon, 1990.
– Denis Crouzet, Le haut cœur de Catherine de Médicis, Paris, Albin Michel, 2005.
– Gaspard Delon, Sandra Provini, La Reine Margot de Patrice Chéreau, Neuilly, Atlande, 2015.
– Jérémie Foa, Le tombeau de la paix. Une histoire des édits de pacification, Limoges, Presses universitaires de Limoges, 2015.
– Jérémie Foa, “Protestants et catholiques n’ont-ils rien en commun? Politisations ordinaires au temps des guerres civiles de Religion”, Politix, 2017/3 (n° 119)
– Arlette Jouanna, La Saint-Barthélemy. Les mystères d’un crime d’État, Paris, Gallimard, 2007.
– Violette Rouchy-Lévy, La Reine Margot de Patrice Chéreau. Genèse et réalisation d’un film historique, Thèse de l’Ecole des Chartes, 2006
– Eliane Viennot, Marguerite de Valois. « La reine Margot », Paris, Perrin, 2005, coll. « Tempus », 660 pages.
– émission “Rembobinage” sur Radio Aligre