40. Poésie et politique: Le Roman inachevé d’Aragon, avec Romain Ducoulombier

L’invité : Romain Ducoulombier, historien et enseignant

L’œuvre discutée : Louis Aragon, Le roman inachevé, 1956

La discussion : le contexte de l’année 1956 et d’une remise en question du stalinisme, avec notamment le rapport secret de Khrouchtchev au XXe Congrès du PCUS (2’25) ; la position intellectuelle et politique d’Aragon à cette date (4’35) ; le statut du recueil, entre roman, autobiographie, fiction (7’05) ; les thèmes du masque, du double, et les formes de dérobade dans l’ouvrage (9’25) ; l’importance du long séjour en URSS dans les années 1930 (12’20) ; un rapport au communisme marqué par une tension vers l’avenir (13’45) ; l’absence de Staline du recueil (15’50) ; l’importance de la Grande Guerre pour Aragon (17’50) ; ses origines familiales complexes et déguisées (21’30) ; un passage dans les troupes d’occupation en Allemagne (22’50) ; la période surréaliste (24’30) ; l’entrée en communisme vécue sur le mode de la croyance (27’45) ; la tension entre engagement politique et expérience amoureuse, avec Elsa Triolet (29’45) ; la présence de la Résistance dans le recueil, à travers en particulier les “Strophes pour se souvenir” (32’40) ; l’évocation du 6 février 1934 et du Front Populaire (37’25) ; les formes de désenchantement vis-à-vis du communisme (39’50).

Les références citées dans l’émission:

– colloques lycéens : Héros et monstres ; Rêves et cauchemars
– Romain Ducoulombier, Histoire du communisme, Paris, PUF, “Que sais-je?”, 2014.
– Romain Ducoulombier et Jean Vigreux (dir.), Le PCF, un parti global (1919/1989). Approches transnationales et comparées, Dijon, Editions Universitaires de Dijon, 2019.

Les conseils de lecture :
– Nicolas Patin, Krüger, un bourreau ordinaire, Paris, Fayard, 2017.
– Fabrice Grenard, Une légende du maquis: Georges Guingouin, du mythe à l’histoire, Paris, Vendémiaire, 2018.

 

36. Super-héros, une histoire politique, avec William Blanc

L’invité : William Blanc, historien

Le livre : Super-héros, une histoire politique, Montreuil, Libertalia, 2018La discussion : les origines de ce travail sur les super-héros (1’20), et le lien entre médiévalisme et super-héros via la table ronde notamment ; l’imaginaire du château lié aux villains que combattent les super-héros (3’45) ; la fluidité des supports (dessins, films, jeux) à prendre en compte (5’20) ; la naissance de super-héros et leurs créateurs souvent immigrés et progressistes (6’50) ; des premiers comics dotés d’une conscience sociale (8’) ; l’opposition entre les créations d’Edgar Rice Burroughs (Tarzan, John Carter) et les héros de comics comme Superman (9’) ; l’ambiguïté constitutive de ces personnages (11’05) ; Wonder Woman et son créateur original, féministe à son époque, William Marston (13’15) ; l’évolution du personnage et le tournant conservateur qui lui est imprimé (16’) ; la mobilisation antifasciste des super-héros dans la Seconde Guerre mondiale, dont Captain America créé par Jack Kirby, dans un contexte de présence nazie aux États-Unis (17’40) ; les restrictions apportées par la loi française de 1949 et le Comics code de 1954 (22’20) ; les transformations liées aux comics de Marvel dans les années 1960, autour de la présidence Kennedy (26’55) ; la naissance de Black Panther en lien avec le mouvement des droits civiques (30’20) ; les doutes des années 1970 liés à la guerre du Vietnam et au Watergate (35’50) ; le personnage du Punisher, reflet de ces évolutions et symbole du vétéran traumatisé comme d’un changement de rapport aux armes à feu (37’15) ; un désenchantement vis-à-vis de l’État aussi marqué durant la période (41’20) ; les usages récents du Punisher par des soldats ou des policiers (45’30); que se passera-t-il dans Avengers Endgame ? (48’10).

Les références citées dans le podcast :
Le podcast Villains de Shea Serrano.
– William Blanc, Le Roi arthur , un mythe contemporain de Chrétien de Troyes à Kaamelott en passant par les Monty Python, Montreuil, Libertalia, 2016.
– Jill Lepore, The Secret History of Wonder Woman, Random House, 2015.

35. Contraception interdite dans la France des années 1950, avec Danièle Voldman et Annette Wieviorka

Les invitées : Danièle Voldman et Annette Wieviorka, directrices de recherche au CNRS

Le livre : Tristes grossesses. L’affaire des époux Bac (1953-1956), Paris, Seuil, 2019.

La discussion : présentation rapide de l’affaire des époux Bac (1:00) et des origines de cette recherche ; le contexte des années 1950 et d’un drame familial lié à une forme de misère sociale (6:10) ; un « drame du Baby-Boom » (Annette Wieviorka) ; retour sur la loi de 1920 qui interdisait la contraception et sa « propagande » et renforce la répression de l’avortement (11:55) ; les failles des pratiques contraceptives à l’époque (14:05) ; les avancées d’autres pays en la matière, et le parcours de la gynécologue Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé (16:00) ;  des procès qui révèlent une justice plutôt équilibrée, et soucieuse de ne pas dédouaner le mari de ses responsabilités (18:45) ; le parcours carcéral des époux (21:25) ; un arrière-plan à l’affaire : le catholicisme encore enraciné dans la France des années 1950 (23:05) ; la convergence conservatrice en matière de contraception du monde médical, de l’Église catholique, mais aussi du parti communiste (25:50) ; le rôle du journaliste Jacques Derogy au sein du petit cercle qui commence à militer en faveur de la contraception, et à porter l’affaire sur la place publique dans les pages de Libération en 1955 (28:15) ; la naissance de l’association Maternité heureuse dans la foulée (31:00) ; les ressemblances et différences entre les contextes de cette affaire et de la loi Veil sur l’IVG en 1975 (34:15) ; le parcours de l’enquête et les difficultés liées aux sources parfois introuvables et aux dérogations pour consulter les archives (37:00) ; la dimension personnelle du travail et le fait d’avoir en partie vécu à la même période que cette affaire (42:55) ; l’écho du  film d’Henri Verneuil avec cette enquête (45:15).

Le conseil de film : Des gens sans importance d’Henri Verneuil (1956)

 

 

34. Conseils de lectures et coups de cœur 2018

Les conseils de Dimitri Tilloi d’Ambrosi (histoire antique, à 55 secondes dans le podcast) :

  • Jean-Paul Demoule, Alain, Schnapp, Dominique Garcia, Une histoire des civilisations (La Découverte/INRAP)
  • Neil McGregor, Une histoire du monde en 100 objets (Les Belles Lettres)
  • Véronique Boudon-Millot, Au temps de Galien, catalogue de l’exposition du musée royal de Mariemont (éd. Somogy)
  • Catherine Virlouvet, Patrice Faure et Nicolas Tran, Rome, cité universelle, de César à Caracalla (Belin)

Les conseils de Raphaëlle Leyris (littérature, à 5 minutes 25) :

Les conseils d’Etienne Anheim (histoire médiévale, à 9 minutes 45) :

Les conseils de Caroline Callard (histoire moderne, dans un café hélas un peu bruyant, à 19 minutes 20) :

  • Sanjay Subrahmanyam, L’Inde sous les yeux de l’Europe (Alma)
  • Liesbeth Correns, Confessional Mobility and English Catholics in Counter-Reformation Europe (Oxford UP)
  • Charlotte Guichard, La griffe du peintre (Seuil / « Univers historique illustré »)
  • Timothy Tackett, Anatomie de la Terreur (Seuil)

Le conseil de Florent Georgesco (essais, à 33 minutes 50) :

  • Umberto Eco, Sur les épaules des géants (Grasset)

Les conseils de Delphine Diaz (histoire du XIXe siècle, à 39 minutes 30) :

  • Thomas Bouchet, De colère et d’ennui. Paris, chronique de 1832 (Anamosa)
  • Mathilde Rossigneux-Méheult, Vies d’hospice. Vieillir et mourir en institution au XIXe siècle (Champ vallon)
  • Michel Biard (et. al.), Déportation et exils des conventionnels (Société des études robespierristes)

Les conseils de Pierre Grosser (histoire du XXe siècle / histoire internationale, à 51 minutes) :

Les conseils d’André Loez (podcast « Paroles d’histoire »)

  • Claude Gauvard, Condamner à mort au Moyen âge (PUF)
  • Renaud Morieux, Une mer pour deux royaumes (Presses universitaires de Rennes)
  • Gisli Pàlsson, L’homme qui vola sa liberté (Gaïa éditions)
  • Sylvain Venayre et Pierre Singaravélou, Histoire du monde au XIXe siècle (Fayard)
  • Renaud Meltz, Pierre Laval (Perrin)

32. Le « Maitron », un monument de l’histoire sociale désormais en libre accès, avec Paul Boulland

L’invité : Paul Boulland, ingénieur de recherches au CNRS, Centre d’Histoire Sociale du XXe siècle.

L’événement : le site et dictionnaire Maitron passe en libre accès !

La discussion : présentation du Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier (0’50) ; la journée Maitron du 5 décembre 2018 et la mise en ligne en libre accès du site et du dictionnaire (1’50) ; la vie, le travail et le militantisme (principalement au PCF) de Jean Maitron (4’00) ; la genèse du projet de dictionnaire dans les années 1950 (8’40), et sa dimension initiale d’histoire mondiale ; autour du « Maitron » et de la revue Le mouvement social, l’entrée de l’histoire sociale et ouvrière à l’université dans les années 1960-1970 (10’35) ; un dictionnaire qui fait se rencontrer univers militant et histoire scientifique (13’) ; la « dignification » (Bernard Pudal) du monde ouvrier qui en résulte ; les archives et sources plus denses du XXe siècle et notamment du PCF (19’30) ; l’élargissement du Maitron à d’autres thèmes et corpus, par professions ou moments (cheminots, fusillés de la 2e GM…) ; la place des femmes dans le Maitron, en partie tributaire de leur (in)visibilité dans les sources policières et militantes (25’) ; le passage du dictionnaire papier au CD-Rom puis au site internet (27’15) ; les questions d’indexation et de métadonnées (28’00) ; les usages à venir du Maitron pour les chercheurs-ses et enseignant-e-s du secondaire (31’45) ; un outil historiographique avec la présence de beaucoup d’historien-ne-s dans le Maitron, ainsi que d’artistes (33’35) ; un dictionnaire ouvert et encore en voie d’enrichissement , au-delà de la date butoir de 1968 (34’) ;

Les conseils de lecture :

Javier Cercas, L’imposteur, Arles, Actes sud, 2015
Michelle Perrot, Mélancolie ouvrière, Paris, Grasset, 2012. Biographie de Lucie Baud sur le Maitron.
Paul Boulland, Des vies en rouge. Militants, cadres et dirigeants du PCF (1944-1981), Éditions de l’Atelier, 2016

22. Histoire populaire de la France, avec Gérard Noiriel

Les intervenants : Gérard Noiriel, directeur d’études à l’EHESS ; Philippe Olivera, historien, enseignant, éditeur (Agone)

Le livre : Une histoire populaire de la France, de Jeanne d’Arc à nos jours, Marseille, Agone, 2018
La discussion : Les origines du livre, au regard du genre « histoire de France » et de l’ouvrage d’Howard Zinn, Histoire populaire des États-Unis (1’00) ; le « populaire » comme catégorie prise dans les relations entre dominés et dominants (5’20) ; l’idée d’écrire pour un public plus large que celui de la profession historienne (7’00) ; l’importance de s’approprier des objets comme l’histoire de France parfois monopolisés par des auteurs réactionnaires (11’20) ; le point de départ de cette histoire et le choix de démarrer à la fin du Moyen âge, en lien avec la construction d’un État monarchique (12’45) ; les singularités de la construction nationale française au regard des exemples britannique et allemand (15’50) ; le choix d’écrire une histoire sociale, et de faire de la question sociale la clef de lecture fondamentale des évolutions, par rapport aux questions identitaires (19’30) ; l’application de cet angle d’approche pour le XVIe siècle : les guerres de religion comme expression d’enjeux sociaux (26’25) ; les césures mises en lumière dans cette histoire de France (30’20) : les années 1750 (32’30), les années 1880 avec la Grande Dépression et les débuts de la IIIe République (34’25), l’attention portée dans le livre aux regards portés sur l’autre (colonisé, domestique, ouvrier, paysan…) et la question de la reconnaissance de l’autre, qui permet de « se rendre étranger à soi-même » (39’50), la capacité à toucher d’autres publics en sortant de ses habitudes historiennes, en travaillant avec des artistes (43’50).

Une évocation plus large du travail de Gérard Noiriel, par Nicolas Offenstadt, est à écouter dans l’épisode 11 du podcast.

20. Rêves, inconscient et histoire, avec Hervé Mazurel

L’invité : Hervé Mazurel, maître de conférences à l’université de Bourgogne

La parution : « la société des rêves », n°4 de la revue Sensibilités, dirigé par Hervé Mazurel et Bernard Lahire

La discussion : ce qui, dans son parcours d’historien, l’a conduit à s’intéresser aux rêves et à l’inconscient (1’00), l’importance du travail de Bernard Lahire pour ouvrir le champ du rêve aux sciences sociales (2’40), la variété des approches et des terrains figurant dans le numéro, du Chili à la Nouvelle-Calédonie (5’30), l’étonnant cas du somniloque américain Dion McGregor [extrait audio] (8’50), un retour sur les rapports compliqués entre histoire et psychanalyse (12’45), l’importance de l’article écrit par Peter Burke en 1973 pour penser historiquement le rêve (15’40), et du livre de Charlotte Beradt, Rêver sous le IIIe Reich (17’45), les difficultés pour les historiens et les limites des sources quant aux rêves (19’10), le rêve médiéval, lieu où se déploie le processus d’individuation sur la longue durée ? (20’15), rêver dans l’empire britannique dans l’entre-deux-guerres (22’50), les objections possibles à des enquêtes historiennes sur les rêves : quelles preuves, quels apports ? (25’00), les rêves ou plutôt les fantasmes des philhellènes dans les années 1820, leurs désillusions (27’55), à relier à la « nostalgie », mal des soldats au XIXe siècle (29’15).

Les références citées dans le podcast (classées par date) :

– Charlotte Beradt, Rêver sous le IIIe Reich, Paris, Rivages, 2002 [1966].
– Emmanuel Le Roy Ladurie, Les paysans de Languedoc, Paris, Flammarion, 1969.
– Alain Besançon, Histoire et expérience du Moi, Paris, Flammarion, 1971 ; L’Histoire psychanalytique : une anthologie, Paris / La Haye, École des hautes études / Mouton, 1974.
– Peter Burke, « L’histoire sociale des rêves », Annales ESC, 28/2, 1973, p. 329-342.
– Jacques Le Goff, « Les rêves dans la culture et la psychologie collective de l’Occident médiéval », Pour un autre Moyen Âge, Paris, Gallimard, 1977.
– Saul Friedländer, Histoire et psychanalyse, Paris, Seuil, 1978.
– Michel de Certeau, Histoire et psychanalyse entre science et fiction, Paris, Gallimard, 1987.
– Norbert Elias, Au-delà de Freud. Sociologie, psychologie, psychanalyse, trad. de l’allemand par Nicolas Guilhot, Marc Joly et Valentine Meunier, Paris, La découverte, coll. Textes à l’appui, 2010.
– Jérôme Baschet, Corps et âmes. Une histoire de la personne au Moyen Âge, Paris, Flammarion, 2016.
– Hervé Mazurel, Vertiges de la guerre. Byron, les philhellènes et le mirage grec, Paris, Les Belles lettres, 2013.
– Bernard Lahire, L’interprétation sociologique des rêves, Paris, La découverte, 2017.
– Jean-Claude Schmitt, Gisèle Besson, Rêver de soi: les songes autobiographiques au Moyen Âge, Toulouse, Anacharsis, 2017.
– Thomas Dodman, What Nostalgia Was: War, Empire, and the Time of a Deadly Emotion, Chicago, University of Chicago Press, 2018.

Les enregistrements du somniloque Dion McGregor sont notamment à écouter ici.

Lire ici les extraits de l’interview de Nabokov (1966) citée en introduction

Les conseils de lecture :
Roger Bastide, Le rêve, la transe, la folie, Paris, Flammarion, 1972.
– Daniel Bergez, Peindre le rêve, Paris, Citadelles / Mazenod, 2017.

19. Sur les traces de la RDA, avec Nicolas Offenstadt

L’invité : Nicolas Offenstadt, maître de conférences (HDR) à l’université Paris-I, membre de l’IHMC

Le livre : Le pays disparu. Sur les traces de la RDA, Paris, Stock, 2018.La discussion : trouver des archives dans des bâtiments abandonnés de l’ex-RDA (2’05), avec ces archives, retrouver une vie de RDA, et ses à-coups, celle de Heidrun (7’05), la nécessité de dépasser une image de la RDA réduite à la dictature et à la répression (11’), de même pour le terme « Ostalgie » qui déforme le rapport au passé, suivant un grand récit valorisant la réunification (14’35), les traces du passé socialiste, valorisées à l’époque de la RDA, et en voie d’effacement (18’45), l’enquête de terrain qui permet de comprendre la disparition de mémoriaux ou de plaques portant cette mémoire (22’10), l’exploration urbaine (Urbex) et ses enjeux pour l’histoire (24’10), les gisements d’objets, dont la biographie peut s’écrire historiquement (29’05), la spécificité du rapport à l’objet dans le passé est-allemand (31’40), le débat sur l’effacement plus ou moins grand du passé et de ses lieux symboliques (34’40), la muséographie spécifique de la RDA et la multitude de petits musées faisant exister ce passé (38’10), l’origine du travail sur la RDA et le goût pour l’histoire des lieux (40’30), les liens à interroger entre passé est-allemand, et montée contemporaine du racisme et de l’extrême-droite dans l’est de l’Allemagne (44’10).

Archives éparpillées dans l’usine chimique abandonnée à Bernsdorf évoquée à 7’40 (cliché NO)

Les références citées dans le podcast :
-Sonia Combe, Une société sous surveillance. Les intellectuels et la Stasi, Paris, Albin Michel, 1999.
-Emmanuel Droit, Vers un homme nouveau ? L’éducation socialiste en RDA (1949-1989), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009.
-Sandrine Kott, Le communisme au quotidien. Les entreprises d’État dans la société est-allemande, Paris, Belin, 2001.
-Bradley Garrett, Explore Everything. Place-Hacking the City, Londres, Verso, 2013.
-Leonie Beiersdorf, Die Doppelte Krise. Ostdeutsche Erinnerungszeichen nach 1989, Berlin, Deutscher Kunstverlag, 2015.

Le conseil de lecture : Eugen Ruge, Quand la lumière décline, 2012.

Usine abandonnée à Bernsdorf

13. Radio Lorraine cœur d’acier, avec Ingrid Hayes

L’invitée: Ingrid Hayes, maîtresse de conférences à l’Université Paris-X Nanterre

Le livre: Radio Lorraine cœur d’acier, 1979-1980. Les voix de la crise, Presses de Sciences Po, 2018, 348 p.

La discussion: bref historique de “Radio Lorraine cœur d’acier” (1′), les origines de cette recherche (2’15), le contexte très particulier de la fin des années 1970, tournant historique pour le monde ouvrier (4′), “la classe ouvrière n’est plus ce qu’elle n’a jamais été”, expression de Roger Cornu (5’45) le travail sur la source radiophonique, les particularités des archives et du matériau sonore, leurs manques (8′), les dimensions concrètes de la diffusion d’une radio libre alors illégale (11’15), les contradictions d’une radio fondée par la CGT, mais prônant et pratiquant l’ouverture (13’45), extrait audio: lancement de la radio par Marcel Trillat le 17 mars 1979 (14’15), les débats ambigus à l’antenne concernant les pays de l’est (17’15), la tension entre culture ouvrière et culture dominante/légitime à l’antenne (21’15), la place forte et limitée à la fois de la parole ouvrière (24′), l’émergence d’une place spécifique pour les femmes (27’05), extrait audio: débat sur l’accouchement, 5 avril 1979 (29’50), la parole des immigrés et la vocation antiraciste de la radio (32’40), extrait audio: introduction de l’émission “la parole aux immigrés” (33’35), la reprise en main de la radio par la CGT (36’50), les mémoires locales fortes autant que dissonantes de “LCA” (40’20).

Les références citées dans le podcast :
Roger Cornu, “Nostalgie du sociologue.La classe ouvrière n’est plus ce qu’elle n’a jamais été”, in J. Deniot & C. Dutheil (dir.), Métamorphoses ouvrières, t. I, Paris, L’Harmattan, 1995.
Gérard Noiriel, Longwy, Immigrés et prolétaires (1880-1980), Paris, Presses Universitaires de France, collection « Pratiques Théoriques », 1984.
Coffret “un morceau de chiffon rouge” avec extraits à écouter sur le site.

Le conseil de lecture:
Michel Verret, Chevilles ouvrières, Paris, éditions de l’Atelier, 1995.

12. Histoire et mémoire du Goulag, avec Juliette Cadiot et Marc Elie

Les invités : Juliette Cadiot (directrice d’études à l’EHESS) et Marc Elie (chargé de recherches au CNRS)

Le livre : Histoire du Goulag, Paris, La découverte, « Repères », 2017, 128 p.

La discussion : le Goulag, un sujet qui arrive à maturité historiographique, permettant d’écrire une synthèse (1’15), l’apport récent des archives sur l’histoire du Goulag, complétant les témoignages et le travail de l’association Memorial (2’45), les traces matérielles et l’archéologie du Goulag (4’40), l’inscription du Goulag dans le temps plus long de la relégation pénale puis de la Grande Guerre (6’10), le tournant que constitue l’avènement de Staline (8’20), le renouvellement historiographique pour l’analyse de la violence d’état stalinienne, dont on sait désormais qu’elle frappe surtout des pauvres et des gens ordinaires (10’05), la variété des lieux et des formes de relégation, qui ne se résument pas au camp entouré de barbelés (15’), le Goulag comme lieu central de l’économie stalinienne (16’50), la variante du Goulag que sont les charachki, laboratoires de recherche (18’10), la comparaison entre Goulag stalinien et d’autres formes concentrationnaires au XXe siècle (19’20), la gestion des camps par des condamnés et criminels eux-mêmes (22’45), ce qu’on savait du Goulag dans la direction stalinienne et plus largement dans la société soviétique (25’35), les stratégies de survie et la révolte des détenus du Steplag en 1954 (30’), la mémoire compliquée du Goulag dans la Russie contemporaine (33’20).

Les références citées dans le podcast :
Musée en ligne du goulag
-Marta Craveri, Anne-Marie Losonczy, Enfants du Goulag, Paris, Belin, 2017.
-Luba Jurgenson, Nicolas Werth, Le goulag. Témoignages et archives, Paris, Robert Laffont, « Bouquins », 2017.
-Eric Lohr, Nationalizing the Russian Empire: The Campaign Against Enemy Aliens during World War I , Cambridge, MA : Harvard University Press, 2003
-Peter Gatrell, A Whole Empire Walking: Refugees in Russia during World War 1,  Bloomington, Indiana University Press, 1999
-Peter Holquist, Making War, Forging Revolution: Russia’s Continuum of Crisis, 1914-1921, Cambridge, MA: Harvard University Press, 2002
-Terry Martin, The Affirmative Action Empire: Nations and Nationalism in the USSR, 1923–1939, Ithaca, Cornell University Press, 2001
-Nicolas Werth, La Terreur et le désarroi : Staline et son système, Paris, Perrin, coll. “Tempus”, 2007.

Les conseils de lecture :

-Varlam Chalamov, Récits de la Kolyma, Lagrasse, Verdier, 2003 [1978].
-Vanessa Voisin, L’URSS et ses traîtres, l’épuration soviétique (1941-1955), Paris, Publications de la Sorbonne, 2015.
-Tal Bruttmann, Auschwitz, Paris, La découverte, « Repères », 2015.